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«Le dernier des snoreaux» d'Abla Farhoud: un roman sensible sur le thème de la folie

Abla Farhoud
Photo Mathieu Rivard Abla Farhoud

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L’écrivaine montréalaise Abla Farhoud s’est inspirée du quotidien de feu son frère, aux prises avec la maladie mentale, pour écrire un roman sensible, tendre, traitant à la fois de la vieillesse, des liens familiaux, d’un corps et d’un esprit qui se délabrent dans ses derniers jours... Le dernier des snoreaux.

Le personnage principal de ce roman s’appelle Ibrahim Abou-Snobara, mais tout le monde le surnomme Snoreau.

Il est vieux. Et fou. Dans sa chambre d’hôpital, il pense à ses cinq sœurs et s’inquiète pour elles. Que deviendront Madone, Doctoresse, Musicienne, Présidente et Écrivaine quand il ne sera plus là?

Abla Farhoud, avec une écriture empreinte d’humanité et une grande maîtrise du style littéraire, donne une voix unique à ce fameux Snoreau, à ses peines, à ses joies, à ses délires.

«Ça part d’une histoire vraie, dit-elle. Moi, personnellement, j’ai un frère qui a fait partie de mon écriture depuis longtemps, qui est ce qu’on appelle un fou. Naturellement, comme c’était dans la famille, j’ai traité ce problème dans plusieurs pièces de théâtre ou romans, parce qu’un malade mental, dans une famille, ça perturbe beaucoup. Ça en fait beaucoup, d’émotions de toutes sortes.»

Dans Le dernier des snoreaux, elle met un point final à ce personnage de Snoreau. «C’est un peu pour faire le tri de toute une vie. Ce n’est ni une autobiographie ni une biographie que je fais de lui. Ce sont les émotions qu’il a vécues, qu’il nous a fait vivre... revues et corrigées par moi.»

<i>Dernier des snoreaux</i></br>
Abla Farhoud</br>
VLB éditeur, 188 pages
Photo courtoisie
Dernier des snoreaux
Abla Farhoud
VLB éditeur, 188 pages

Écriture réaliste

Son écriture est réaliste et les descriptions sont très précises. Et Snoreau était un homme instruit, cultivé.

«J’ai vécu ça. Mais ce qui est dans le livre, dans les détails, c’est inventé. Ce qui est tout à fait vrai, c’est d’avoir un fou dans la famille. Ça, je connais ça. Mais les cinq sœurs, sa vie, c’est du roman.»

Elle poursuit. «C’est l’émotion qui est vraie, et cette expérience, unique, d’avoir un membre de sa famille qui tombe dans la maladie. La maladie mentale, il y en a beaucoup. Ça frappe fort. Ça perturbe beaucoup les gens. Et elle est encore plus difficile à saisir parce que c’est l’esprit qui change.»

Abla Farhoud trouve que cette situation, difficile, était néanmoins faite pour être romancée. Et elle montre à travers l’histoire tous les dommages que la maladie crée dans la famille.

«D’après ce que je vois autour, ça fait plus de dommages dans la famille qu’un malade physique. Ça va, ça vient, c’est jamais pareil. Ce qui est difficile à saisir, c’est que l’esprit du malade mental change complètement, donc on ne sait plus à qui on a affaire.»

«L’humour l’emporte»

Toutefois, elle ne voulait pas traiter du sujet avec lourdeur et a écrit pendant une période où elle rendait souvent visite à son frère, dans une résidence pour personnes âgées.

«Ce qui est important, dans ce livre, c’est qu’on finit par rire de tout ça. Je ne pensais pas que j’aurais été capable de faire un livre aussi léger avec un sujet aussi grave. Comme il est plus vieux et qu’il sait qu’il va mourir, il finit par être plus léger. L’humour l’emporte.»


■ Abla Farhoud est née au Liban.

■ Elle s’est installée à Montréal après avoir fait des études en théâtre à l’université de Vincennes.

■ Elle se consacre à l’écriture depuis 1990 et ses romans ont remporté de nombreux prix.