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Elle plonge dans l’inconnu

Valentine Thomas plaque sa vie d’avocate à Londres pour vivre en profondeur sa passion : la pêche au harpon

Valentine Thomas
Photo Chantal poirier En 2016, Valentine Thomas a tout plaqué pour se consacrer à la pêche en apnée.

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Valentine Thomas a laissé derrière elle une lucrative carrière dans la finance, à Londres, pour se consacrer à la pêche au harpon. 

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Rien ne la prédestinait à devenir « une aventurière des mers ». Après des études en droit, elle a mis le cap sur Londres, où elle a travaillé pendant six ans en développement des affaires pour des sociétés d’investissement. Elle faisait un très bon salaire, roulait en voiture de luxe et mangeait dans les restaurants branchés. L’image de la réussite, quoi ! « En surface, oui. Mais ma vie manquait de profondeur », dit-elle sans faire de jeu de mots. 

Une révélation 

Le point tournant a été une expédition de pêche en haute mer avec des amis, en 2011. Elle qui n’avait pratiquement pas d’expérience en plongée s’est pourtant élancée, pieds par-dessus tête, dans l’océan Atlantique. Il ne lui a fallu que quelques minutes pour attraper son premier poisson. Ce jour-là, elle est tombée amoureuse de la plongée en apnée et de la pêche. 

Mme Thomas lors d’une plongée en Nouvelle-Calédonie.
Photo courtoisie
Mme Thomas lors d’une plongée en Nouvelle-Calédonie.

Cette expédition a été suivie de quelques autres, dont un voyage de cinq semaines à Zanzibar, sur la côte de la Tanzanie, pendant lequel elle s’est nourrie du fruit de sa pêche et a vécu dans une cabane rudimentaire. C’est là qu’elle a compris que passer sa vie dans un bureau, même au cœur de la City, ce n’était plus pour elle. 

« J’ai réalisé qu’il était possible d’être rémunérée tout en faisant quelque chose que j’aime. Il fallait que j’apporte des changements à ma vie, pour ne pas passer à côté d’elle. Je travaillais pour m’acheter des choses dont je n’avais pas besoin, finalement », raconte-t-elle. 

En 2016, elle a tout plaqué et a mis le cap sur Miami, avec ses deux chiens et 2000 $ en poche. 

« Je suis partie sans trop savoir vers quoi je m’en allais. J’avais une carrière à inventer autour d’un job qui n’existait pas vraiment : plongeuse professionnelle. » 

Frapper son mur 

Les premiers mois ont été plutôt difficiles. Ses économies ont rapidement fondu, elle a dormi dans son auto plus souvent qu’à son tour. « J’ai frappé mon mur, mais je n’ai pas lâché. L’important, c’était que je faisais ce que j’aimais. » 

Entre ses voyages de plongée, elle a pratiqué différents métiers, dont guide de pêche. Elle a animé des conférences et a participé à des émissions télévisées. 

En 2017, elle a fondé sa maison de production. Elle est en contact avec des producteurs américains pour un nouveau concept d’émission de télévision. Elle est associée avec sa sœur, Frédérique, dans le lancement d’une nouvelle collection de maillots de bain faits dans un tissu à base de plastique recyclé des océans. 

Elle vient de publier un livre intitulé À contre-courant : récits et recettes d’une aventurière des mers, et a un autre projet de livre en tête, qui se voudra un guide de consommation sur les poissons et les fruits de mer. « Il y a tellement d’informations contradictoires sur l’industrie de la pêche que cela devient difficile pour les gens de savoir comment faire les bons choix. » 

Elle vit de ses voyages de pêche, des conférences qu’elle donne un peu partout, de ses commandites. Et elle alimente les réseaux sociaux, dont Instagram, où plus de 200 000 abonnés suivent ses aventures. 

Elle l’avoue candidement, ses revenus sont fluctuants, et elle a appris à vivre avec ça. Elle n’a pas vraiment de chez-soi, elle squatte régulièrement le divan de ses amis, n’a pas de voiture. 

« Ma seule dépense régulière, c’est mon cellulaire. » 

Une fois par année, elle compense l’impact de ses nombreux voyages en avion sur l’environnement. 

Son modèle d’affaires ? Il s’articule autour de plusieurs axes. « Je me situe quelque part entre Martha Stewart et Anthony Bourdain, en passant par Greta Thunberg, l’adolescente suédoise qui milite pour le climat. Je veux créer un impact en défendant la préservation de la nature et conscientiser les gens sur la provenance des aliments. » 

Valentine Thomas a dû faire preuve d’une grande force mentale pour concrétiser son nouveau projet de vie. Elle a dû affronter le regard interrogateur, voire inquiet, de sa famille et de ses amis qui ne comprenaient pas trop sa décision. 

Dépasser ses limites 

Elle a aussi été confrontée à des dangers lors de ses plongées. Elle a été traquée par des requins et a bien failli se noyer un jour, alors qu’elle n’avait plus assez d’air pour remonter à la surface. 

Au-delà de tout ça, son mode de vie actuel lui permet de transcender plusieurs de ses peurs. Elle qui a déjà souffert d’agoraphobie et tremblait à l’idée de prendre l’avion parcourt aujourd’hui le monde. Elle était aussi terrorisée par l’eau et fait maintenant de la pêche en haute mer son activité professionnelle. 

« Tout était contre moi, lance Valentine en riant. Chacune de mes plongées, chacune de mes expériences de travail, que ce soit les conférences ou les documentaires, est une nouvelle occasion de me connaître et de dépasser mes limites. »