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Être un sportif de fin de semaine: bon ou dangereux?

Female runner tying her shoes preparing for a jog
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Voilà une question qui intéresse les chercheurs depuis fort longtemps. Dans la littérature scientifique pourtant sérieuse, on utilise le terme weekend warriors (guerriers de fin de semaine ou sportifs de fin de semaine) pour décrire ces individus qui, pour des raisons diverses, n’ont pas le temps (ou ne prennent pas le temps) de faire de l’activité physique de loisir durant leur semaine de travail, mais qui profitent de la fin de semaine pour s’adonner à des sports parfois intenses comme le soccer ou le hockey.

Cette pratique de l’activité physique s’éloigne de nos conseils où l’on vous suggère d’étaler l’activité physique recommandée (150 à 300 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée) sur toute la semaine plutôt que de la concentrer sur un ou deux jours.

Dans les études antérieures sur les guerriers de fin de semaine, on utilisait des questionnaires pour évaluer leur activité physique.

Mais, plus tôt cette année, une équipe de chercheurs d’un des instituts de recherche des National Institutes of Health américains (le Dr Eric Shiroma du National Institute on Aging) a de nouveau examiné cette question dans la fameuse étude National Health and Nutrition Examination Survey.

Ils ont ainsi mesuré de façon précise les patrons d’activité physique en utilisant des accéléromètres (petits appareils qui mesurent les mouvements, les pas, etc.).

Les chercheurs ont par la suite comparé la mortalité mesurée sur une période moyenne de suivi de 77,4 mois chez les individus qui ne faisaient de l’activité physique qu’un à deux jours par semaine (les weekend warriors) à celle des personnes qui étaient sédentaires.

Comme on s’y attendait, sur la base de nombreux travaux de recherche antérieurs, les participants qui suivaient les recommandations quant à l’activité physique de loisir (150 à 300 minutes par semaine réalisées sur une base régulière) montraient une réduction du taux de mortalité de 60 %.

Toutefois, même les guerriers de fin de semaine montraient une réduction importante du taux de mortalité comparativement aux personnes qui étaient sédentaires (réduction de 69 %).

Leçons à tirer

Quelles sont les leçons à tirer de cette étude récente ? La recherche montre clairement que bouger un peu, c’est mieux que de ne pas bouger du tout et confirme encore une fois que la sédentarité tue prématurément.

Tout le monde devrait être actif ! Ainsi, si votre travail vous empêche de bouger la semaine (trop d’heures supplémentaires, horaires irréguliers, voyages, déplacements, contraintes familiales, etc.) et que vous ne pouvez faire de l’activité physique et du sport que la fin de semaine, ne vous découragez pas !

La science nous dit que cela apporte également des bénéfices !

Facteurs à surveiller

Cela dit, un petit conseil, surtout si vous avancez en âge : ménagez votre monture et portez attention, entre autres, à certains facteurs :

1. Ne vous surmenez pas et prenez le temps de dormir. L’entraînement exigeant de la fin de semaine impose à un corps qui manque de sommeil un stress potentiellement dangereux. Ne brûlez donc pas la chandelle par les deux bouts !

2. Avec l’âge, l’apparition des facteurs de risque (cholestérol, hypertension, prédiabète) et l’athérosclérose qui s’installe pernicieusement (les vaisseaux sanguins qui nourrissent le cœur et le cerveau commencent à s’endommager et à se fragiliser), un exercice intense et vigoureux représente un stress pour votre cœur (pensez au pelletage l’hiver, source d’infarctus). Prenez donc le temps de bien vous échauffer avant de réaliser un sport intense (hockey, soccer, course à pied) ;

3. Écoutez-vous : combien de sportifs qui ont fait des infarctus disent a posteriori que, depuis quelque temps, leur performance était diminuée. Il s’agit toujours d’un signal que quelque chose ne va pas. Il est donc important de s’écouter et de consulter un professionnel de la santé si nécessaire.

En résumé, voici encore une belle étude qui nous incite à bouger. Les bénéfices de l’activité physique n’ont jamais été aussi clairs, même si on n’en fait que la fin de semaine.

Pour ma part, je suggère à ceux d’entre vous dont l’horaire de la semaine est infernal d’essayer à tout le moins de couper votre semaine avec une bonne marche le mardi, mercredi ou jeudi ; votre corps et votre tête apprécieront. Enfin, écoutez-vous !


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.