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Fini l’hiver, c’est le grand dégel

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Photo d’archives, AFP

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Le monde bouillonne et nous n’en prenons souvent conscience qu’à l’éclatement d’éruptions ici et là. Justement, ces « pop-up » de tension se sont multipliés ces dernières semaines : en Afrique du Nord, au Proche-Orient, en Amérique centrale. Ça a tout l’air que le printemps sera chaud.

Il y a toujours ces poches de guerre pure et dure que restent la Syrie, le Yémen et l’Afghanistan. En Syrie, les islamistes ont été écrasés, mais huit ans après le déclenchement de la guerre civile, des rebelles résistent encore à l’armée syrienne, alors que les combattants kurdes n’ont pas l’intention de céder le territoire libéré.

Le Yémen ne se calmera pas de sitôt. Le Congrès américain a beau avoir voté en faveur d’un désengagement du conflit, le président Trump y a apposé son veto et les Saoudiens pourront continuer de compter sur tout l’équipement dont ils auront besoin. Pendant ce temps, les morts se comptent par milliers autant par les bombardements que par l’épidémie de choléra qui continue de faire rage.

Quant à l’Afghanistan, on finit par être à court de superlatifs pour décrire un bourbier où plus de 3800 civils ont perdu la vie et plus de 7000 autres ont été blessés l’année dernière seulement. Et c’est sans compter les pertes au sein des militaires afghans : 28 000 tués en trois ans, selon le président Ashraf Ghani.

DU TROUBLE DANS L’AIR

L’International Crisis Group, une ONG européenne qui travaille à prévenir les conflits, établit consciencieusement d’une année à l’autre une liste des régions et pays qui risquent de connaître des poussées de violence. L’alarme sonnée la semaine dernière va au-delà de Damas, Kaboul et Sanaa, la capitale yéménite.

Les Palestiniens, d’abord, sont à surveiller. Leur quotidien est fait de détresse économique et de frustration devant un horizon politique vide. La réélection de Benjamin Netanyahou en Israël, soutenu cette fois par une coalition de droite et d’extrême droite, ne leur offre aucun espoir.

Beaucoup plus près de chez nous, la violence générée par les cartels et les gangs au Mexique ne peut pas être prise à la légère. Vendredi encore, à Minatitlan, une ville moyenne de l’État de Veracruz, treize personnes ont été assassinées, dont un enfant, lors d’une fête familiale.

Andrés Manuel López Obrador, en poste à la présidence depuis décembre à peine, avait fait de la réduction de la violence son cheval de bataille. Les premiers mois de l’année ont toutefois mal commencé et au rythme actuel des meurtres commis, 2019 sera pire encore que les années précédentes.

TOUT N’EST PAS PERDU

Les experts de l’ICG s’inquiètent aussi du peu d’attention portée aux jeunes Syriens exilés en Turquie. Des 3,6 millions de réfugiés syriens partis vers le nord, 65 % ont moins de 24 ans. La pauvreté, le décrochage scolaire, le chômage et les traumatismes du conflit qu’ils ont fui les rendent extrêmement vulnérables.

Les organisations criminelles, les trafiquants et les militants islamistes s’activent dans le secteur, menaçant non seulement de créer de nouvelles poches d’extrémisme, mais risquant aussi de provoquer des chocs dangereux avec la population turque locale.

Heureusement, le ciel de ce printemps n’est pas fait que de lourds nuages ; on y voit des éclaircies encourageantes. En Algérie et au Soudan, par exemple, où on a fait le ménage de leaders indécrottables. On manifeste aussi au Maroc et il se trame quelque chose en Libye. On sent que l’hiver a été long, trop long pour tout ce monde. Il est temps de passer à autre chose.


♦ Mexique

  • 33 341 meurtres en 2018, 33 % de plus qu’en 2017
  • Entre 19 et 29 milliards $ par année : revenus des cartels de la drogue

♦ Yémen

Guerre civile depuis juillet 2014

  • 3,4 millions de déplacés
  • Plus de 10 000 morts et 60 000 blessés
  • 124 500 cas de choléra, responsables de plus de 2835 morts

♦ Syrie

Guerre civile depuis mars 2011

  • 13 millions de déplacés ou réfugiés
  • 370 000 morts, dont 21 000 enfants

♦ Afghanistan

Guerre entre extrémistes musulmans et une coalition internationale menée par les États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001

  • Plus de 110 000 Afghans (civils, soldats, militants) tués
  • 2,45 millions de réfugiés

♦ Réfugiés syriens

6,2 millions déplacés à l’intérieur de la Syrie

5,6 millions réfugiés ailleurs au Moyen-Orient

  • Turquie 3,6 millions
  • Liban 1,5 million
  • Jordanie 1,3 million