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Ils ont fait repousser 7 cm d’os

L’homme de 73 ans a évité l’amputation après avoir vu sa jambe éclater à la suite d’un accident de chasse

Ils ont fait repousser 7 cm d’os
Photo Martin Alarie

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Un homme de Brossard dont la jambe a éclaté lors d’un accident de chasse a été sauvé de l’amputation par un médecin de Montréal qui a réussi à faire repousser sept centimètres d’os. 

Jamais Réjean Desjardins n’aurait cru que l’os de sa jambe blessée repousserait douloureusement d’un millimètre par jour pendant trois mois. Sauvé in extremis de l’amputation, l’homme de 73 ans se considère comme un miraculé grâce à l’expertise de son chirurgien maîtrisant une rare technique appelée Ilizarov.  

Accident bête 

«Quand je suis tombé et que je voyais la blessure, le sang qui coulait... J’étais sûr que je n’allais pas m’en sortir», confie-t-il au Journal. Marié depuis 45 ans, M. Desjardins est père de quatre enfants et grand-père de six petit-enfants. Il a les larmes aux yeux quand il repense à ce qu’il a traversé.  

Le septuagénaire chassait l’orignal en Abitibi en octobre 2017 avec son frère. Quand celui-ci s’est penché pour dégager un sentier en forêt, la carabine qu’il portait en bandoulière s’est vraisemblablement accrochée dans une branche, tirant une balle sur la cheville de Réjean Desjardins.  

Son pied ne tenait que par des lambeaux de chair et son pantalon, dit-il. Malgré la douleur lancinante, il a vite pensé à demander à son frère de l’aider.  

«Je lui ai dit: “Fais-moi un garrot.” Il a pris sa ceinture et ç’a arrêté de saigner et de faire mal», dit-il.  

Mais les deux frères se trouvaient à 2 h 30 de route de l’hôpital le plus près. Ils ont réussi à embarquer sur leur VTT pour retrouver leur camion, puis ils sont partis en direction de Ville-Marie. Entre-temps, leur pourvoyeur, qui avait été alerté par d’autres chasseurs, a appelé les ambulanciers. Ils se sont rencontrés à mi-chemin.  

Couché sur la civière, Réjean Desjardins voyait son pied pendre, tourné vers l’extérieur et complètement inerte.  

Il a été transféré à Amos, où une opération de trois heures a permis de nettoyer sa plaie et empêcher les infections. Il a ensuite pris l’avion pour Longueuil. Mais devant la gravité de son état, les médecins l’ont dirigé vers l’Hôpital général de Montréal, spécialisé en traumatologie et en orthopédie.  

Trois médecins l’ont examiné, dont le chirurgien orthopédique Mitchell Bernstein. Deux sur trois jugeaient que l’amputation était nécessaire, mais le Dr Bernstein a offert à Réjean Desjardins de s’embarquer «dans un projet».  

«Je voulais garder ma jambe» 

Il a accepté sur-le-champ.  

«Je savais que ce serait long, qu’il y aurait beaucoup d’opérations, mais je voulais garder ma jambe», souffle-t-il.  

Malgré le trou béant dans sa jambe, son genou et son pied étaient intacts. Une «chance» selon le Dr Bernstein, prêt à tenter de faire repousser ses os, même si son patient était considéré comme trop vieux. Heureusement, le septuagénaire était en pleine forme, sans diabète ou cholestérol.  

Mais avant de pouvoir procéder, il fallait recouvrir la plaie, sinon aucune guérison n’aurait été possible. C’est alors que la chirurgienne plastique spécialisée en reconstruction, la Dre Stéphanie Thibaudeau, est arrivée à la rescousse.  

De la cuisse à la cheville 

«Avec une blessure par balle, il n’y a pas seulement l’impact, mais aussi une blessure thermique, une brûlure, et donc une grande surface est affectée», dit-elle. Elle a prélevé un lambeau de chair sur la cuisse gauche et a recouvert la cheville.  

L’opération de 12 heures était ardue, car la chirurgienne a dû reconnecter un par un tous les minuscules vaisseaux sanguins au microscope dans le lambeau de chair.  

Ensuite, à l’aide d’une technique appelée Ilizarov, inventée par un chirurgien russe du même nom, le Dr Bernstein a fait un «déplacement d’os». (Voir ci-dessous.

Un an et demi plus tard, Réjean Desjardins marche sur ses deux jambes. Il est même retourné à la chasse l’automne dernier, avec son frère. «Je ne lui en veux pas du tout», assure-t-il.    

Comment faire repousser des os en cinq étapes  

Ils ont fait repousser 7 cm d’os
Photo courtoisie

Jamais Réjean Desjardins n’aurait cru que de faire repousser ses os de sept centimètres pouvait être une façon de le guérir avant que son chirurgien ne le lui propose.  

Pendant près de trois mois, c’est lui-même à la maison qui devait enclencher le mécanisme de câbles et de poulies étirant l’os de sa jambe d’un millimètre par jour, lui permettant de se régénérer peu à peu. L’appareil autour de sa cheville, financé par la Fondation de l’Hôpital général de Montréal, vaut environ 30 000 $.

Autant pour lui que pour ses proches, la surprise était totale.  

«Ils ont découvert ça avec moi. Ils sont restés surpris, c’est un peu comme de la science-fiction», dit-il.  

Mais pour le Dr Mitchell Bernstein, une sommité dans le domaine, faire repousser des os est monnaie courante. L’an dernier, il a permis à ses patients de récupérer un total de 135 cm d’os. L’Hôpital général de Montréal, où il opère, gère le seul programme au Canada spécialisé en repousse osseuse et en correction de membres difformes.  

Voici comment il résume en cinq étapes la technique Ilizarov utilisée sur la jambe de Réjean Desjardins    

  1.   Refermer la plaie complètement, avec des tissus et de la peau pour éviter que l’os ne soit à l’air libre.  
  2.   Insérer une tige de métal dans la jambe. Couper complètement une partie de l’os en santé, sous le genou.  
  3.   À l’aide d’un mécanisme vissé dans la jambe, l’os est tiré vers le bas. Environ un millimètre par jour.  
  4.   Tranquillement, l’os va descendre dans la jambe pour venir combler le trou laissé par l’accident.  
  5.   Sous le genou, l’os se régénère lentement à l’endroit où il a été coupé. L’humain peut générer environ 1 mm d’os par jour.