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Omar Khadr, l’enfant-soldat...

Embrigadé de force dans les camps d'Al Qaïda à l'âge où, au Canada, les enfants sont toujours à l'école primaire...

Omar Khadr, l’enfant-soldat...
AFP

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La loterie de la vie. Certains naissent dans le confort douillet de familles aisées; d’autres d’un père radicalisé, dopé aux idéologies nauséabondes.   

Au cours des derniers jours, on fait circuler sur les réseaux sociaux toutes sortes de mèmes, de textes de sources pour le moins douteuses, à propos du fait que Guy A. Lepage et son équipe recevront en entrevue un certain Omar Khadr.    

On traite Khadr de «terroriste», on en fait un porte-étendard des exactions d’Al-Qaïda, voire même de toute la mouvance islamiste radicale.    

Ce à quoi on rajoute les stupides théories du complot: «on sait bin! Radio-Canada et Guy A. Lepage, des suppôts de l’islamisme...»   

Cr*sse que c’est con. Ce qui circule parfois au sein de groupes identitaires est tout à fait déprimant.    

Qu’on soit d’accord ou pas avec la compensation que le Canada a versée à cet homme; que l’on soit radicalement allergique aux mouvances islamistes ou encore que l’on fasse partie de ceux qui contestent la manière dont on a traité du cas d’Omar Khadr, il importe de prendre du recul avant de balancer toutes sortes de théories loufoques sur les réseaux sociaux.   

Un enfant-soldat  

Omar Khadr est né à Toronto en 1986 et il a grandi entre le Canada et le Pakistan. Son père dirige des orphelinats au Pakistan et en Afghanistan, où il rencontrera Oussama Ben Laden et se joindra à Al-Qaïda.    

Omar Khadr sera forcé de rejoindre les camps de Ben Laden à l’âge où ses semblables, au Canada, sont en 5e année du primaire (il venait d’avoir 11 ans). Il sera forcé de s’embrigader au sein du réseau Al-Qaïda, à ce jeune âge, notamment, car il parle déjà trois langues (lire ici , pour plus de détails).    

On connaît la suite, il sera capturé en 2002, en Afghanistan, soupçonné d’avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain.    

Il est alors âgé de 15 ans. Toujours mineur. Et confiné depuis quatre ans à ce réseau radical.   

Dès 2010, l’ONU et plusieurs organisations des droits de la personne partout dans le monde plaideront pour que Omar Khadr soit traité comme « enfant-soldat » puisque son cas répond à la définition que les ententes internationales établissent en pareille circonstance.   

Toutefois, les réseaux islamistes radicaux ne sont pas des «ennemis» au sens traditionnel de l’époque où l’on établissait les prédicats de ce que sont les « actants » des conflits entre nations. En ce sens, le cas de Khadr pose quand même certaines interrogations et la nécessité d’adapter ces définitions aux réalités des conflits contemporains.    

Roméo Dallaire
Photo d'archives Jean-François Desgagnés
Roméo Dallaire

L’appui de Roméo Dallaire  

Dès 2008, l’ex-Lieutenant-général des Forces canadiennes Roméo Dallaire s’est prononcé sur la cas d’Omar Khadr.   

En 2017, alors que le cas de Khadr fait beaucoup jaser au Canada, ce dernier reçoit un appui de taille, celui de Roméo Dallaire. Si quelqu’un en connaît un peu sur le dossier des enfants-soldats, c’est bien lui.    

En juillet 2017, il co-signe une lettre dans les médias pour insister sur le fait que le Canada a failli à sa tâche dans le dossier de cet enfant-soldat. Notamment pour l’avoir laissé croupir dans les geôles inhumaines de Guantanamo, jusqu’à y devenir le dernier ressortissant d’un pays occidental.   

Même si tous savaient très bien le sort qui était réservé à ceux qui étaient incarcérés à Guantanamo. Roméo Dallaire était justement l’un de ceux qui en avaient appelé dès 2008 pour que le Canada sorte Khadr de là.    

  

Omar Khadr, l’enfant-soldat...
Reuters

  

Des nuances s’imposent  

Je le répète, il ne faut pas faire de l’enfant-soldat Omar Khadr le porte-étendard de l’islamisme radical. C’est injuste.    

Ce texte n'est pas non plus une caution des actes de guerre ni un désaveu de la peine des proches du soldat américain tué lors des affrontements de 2002. Plutôt un nécessaire appel à la nuance. Au nom de tous les enfants qui subiront l'embrigadement à des idéologies radicales, au nom de tous les enfants qui seront plongés de force dans l'univers inhumain de la guerre, des conflits armés.   

La plus grande faute d’Omar Khadr aura été d’être malchanceux dans la loterie de la vie et de naître d’un père radicalisé.    

Certains diront qu’à 15 ans, il pouvait bien se rebeller, « choisir » de faire autre chose...    

Quand t’es « pogné » dans un camp d’Al-Qaïda, de force, depuis l’âge de 11 ans, ça réduit le champ des possibles, mettons.