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«Une drôle de fille» d'Armel Job: Secrets et jalousies après la Guerre

Armel Job
Photo courtoisie, Opal Armel Job

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Écrivain de talent, Armel Job raconte comment le bonheur apparent d’une famille ordinaire, les Borj, va éclater en mille miettes après l’arrivée d’une orpheline de guerre épileptique et pratiquement illettrée dans leur maison. Josée, personnage clé du roman Une drôle de fille, fera ressortir tous les secrets enfouis de la famille, bien malgré elle.

Armel Job plonge ses lecteurs dans le quotidien de la Maison Borj, une boulangerie d’une petite ville de Belgique, à la fin des années 1950.

Dans le contexte d’après-guerre, les habitants arrivent tant bien que mal à retrouver une vie paisible.

Les Borj ont tout pour être heureux : un couple sans histoire, deux ados charmants, un commerce qui va très bien.

Généreusement, ils acceptent de prendre pour apprentie une jeune orpheline de guerre, Josée.

Cette drôle de fille, gentille et obéissante, est tellement douée pour le chant qu’une prestation lui vaut une invitation au palais royal.

Cette invitation prestigieuse va tout faire exploser : le démon de midi du père, les rancunes de la mère, la jalousie de la fille. Sans le vouloir, Josée plonge la famille dans la tempête. En quelques semaines, tout va s’effondrer.

Très dense

Son roman, intéressant, touchant, très dense, montre à la fois la fragilité d’un pays blessé par la guerre et la fragilité des apparences.

«Je ne voulais pas faire un roman historique sur l’après-guerre, note Armel Job. Mon intention, c’était plutôt de faire un roman sur l’innocence, aux prises avec des gens ordinaires qui, a priori, ne sont pas de mauvaise volonté, mais qui vont se laisser peu à peu emporter par leurs vieux démons.»

Il a situé cette histoire à la fin des années 1950, une période qu’il trouve très intéressante et très riche.

«À cette époque, la guerre est encore présente dans tous les esprits. Je suis né après la guerre, mais mes parents, par exemple, parlaient très souvent de la guerre. C’était la période qui avait marqué le plus profondément leur vie. Mon père avait fait la campagne militaire de l’Armée belge, qui n’a pas été très longue, mais qui a quand même été très périlleuse, avec beaucoup de pertes.»

Il y avait réellement des organismes qui s’occupaient des orphelins de guerre.

«La bataille des Ardennes a causé des dommages épouvantables dans la région où j’habite, avec énormément de victimes civiles, qui étaient au moins aussi nombreuses que les victimes militaires. Il a fallu qu’on s’occupe des orphelins de guerre, quand ils sont devenus­­­ adolescents. Il fallait leur trouver du travail, une façon ou une autre de s’intégrer dans la société.»

Il est ému par l’espèce d’innocence de Josée. «C’est une fille un peu simple, mais qui a une grande sensibilité, qui se traduit par son goût pour le chant. C’est une victime, dès le début de sa vie : elle perd tous ses parents dans un bombardement, elle est traumatisée par ce bombardement, il lui en reste des séquelles. On pourrait espérer pour elle une vie qui rachèterait les débuts difficiles qu’elle a connus, et finalement elle va encore redevenir une victime quand elle sera accueillie dans ce commerce.»

Secrets de famille

On sent que l’honnêteté n’est pas présente à 100 % chez les Borj : il y a des secrets, des jalousies, des drames cachés sous les apparences de famille parfaite.

«J’aime bien l’histoire des gens ordinaires. J’essaie d’être l’auteur qui se penche sur la société des gens de la vie ordinaire, des petits artisans sans grand problème, des gens qui apparemment n’ont pas vraiment de problèmes, mais qui sont tout à coup amenés à montrer ce qu’ils ont au fond d’eux-mêmes.»


■ Armel Job est l’auteur d’une dizaine­­­ de romans parmi lesquels La Femme manquée (prix René- Fallet du premier roman), Helena Vannek (prix des Lycéens-Belgique­­­), Les Fausses Innocences (prix du jury Jean-Giono), Tu ne jugeras­­­ point (prix des Lycéens-Belgique et prix Simenon), tous publiés chez Robert Laffont.

Extrait

<i>Une drôle de fille</i></br>
Armel Job</br>
Éditions Robert Laffont, 288 pages
Photo courtoisie
Une drôle de fille
Armel Job
Éditions Robert Laffont, 288 pages

«Les moments de grand bonheur sont si rares dans la vie qu’on les compterait sur les doigts d’une main. Après, lorsqu’on en recherche le souvenir, le plus souvent, ils se dérobent, ils n’en rétrocèdent que le regret. Pour qu’ils reprennent vie vraiment, il faut une coïncidence miraculeuse ou la puissance de certains rêves. Alors, parfois, on peut retrouver jusque dans sa chair les émotions enivrantes éprouvées dans ces jours heureux.»

– Armel Job, Une drôle de fille, Éditions Robert Laffont