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Explosion du pot chez les vétérans

Un psychiatre trouve alarmante cette grande croissance de consommation d’un produit qu’on connaît trop peu

Vétérans
Photo d'archives

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En cinq ans, le nombre d’anciens combattants qui consomment du cannabis médical a été multiplié par 15. Le fédéral leur a ainsi remboursé une somme record de près de 75 millions $ en 2018-2019. 

Entre 2014 et 2019, le nombre de soldats à la retraite qui ont obtenu une ordonnance pour du cannabis médical est passé de 628 à 10 466, selon les données du ministère des Anciens Combattants. 

Le psychiatre Édouard Auger, directeur médical de la Clinique pour traumatismes liés au stress opérationnel pour ancien combattant à Québec, s’inquiète de cette augmentation. 

« Je trouve ça alarmant, dit-il. Il y a sûrement quelque chose dans le cannabis qui amène un certain bienfait et j’ai hâte qu’on le trouve, qu’on en fasse des traitements mieux calibrés et reconnus, mais on n’est pas rendus là. » 

Stress post-traumatique 

Les vétérans consomment du cannabis pour soulager des douleurs chroniques et des stress post-traumatiques, notamment. 

Malgré la légalisation du cannabis, ils ne semblent pas s’être tournés vers l’automédication par le pot « récréatif ». Entre 2018 et 2019, la quantité d’ordonnances a augmenté de plus de 40 % chez les vétérans. 

Ces derniers ont d’ailleurs tout intérêt à obtenir une ordonnance de cannabis médicinal puisque le coût de la substance est remboursé par l’État depuis 2008. 

Et en 10 ans, les sommes remboursées sont passées de 19 000 $ à 74,8 millions $. 

Le nombre de consommateurs et les dépenses augmentant sans cesse, le vérificateur général Michael Ferguson a sommé, en mai 2016, le gouvernement fédéral à mieux encadrer ce programme. 

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Nouvelles restrictions 

Cette année-là, le ministère des Anciens Combattants a réduit la quantité de grammes remboursés de 10 g à 3 g par jour et le prix maximal par gramme à 8,50 $. 

La majorité des vétérans, soit 7683 personnes, sont d’ailleurs autorisés par leur médecin à consommer 3 g ou moins par jour. 

« Ça reste encore beaucoup », affirme le Dr Auger avant d’ajouter qu’« en santé mentale, on n’a aucune indication que ça puisse être utile ou positif ». 

Même si les études sont insuffisantes selon lui, il souligne que certaines semblent pointer vers des effets négatifs à long terme. 

Le directeur du Groupe de défense des intérêts des anciens combattants, Sylvain Chartrand, s’oppose pour sa part à ces nouvelles restrictions et dénonce leurs effets pervers potentiels. 

Il constate que des vétérans qui se font prescrire de trop petites doses compensent en consommant davantage d’opioïdes. 

« Et pourtant, toutes les personnes que je connais qui sont au-dessus de 3 g ont toutes diminué leur consommation des autres médicaments », argue-t-il. 

Les restrictions ont aussi poussé certains vétérans à s’approvisionner sur le marché noir, pour compenser la baisse de quantité remboursée. 

« Le cannabis du marché légal est trop cher, alors ils vont dans la rue, mais la qualité n’est pas bonne », déplore M. Chartrand.