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Grand-mère aimait le p’tit lard salé

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Je voulais parler des attentats islamistes monstrueux contre des chrétiens au Sri Lanka, mais j’en suis incapable. Je suis trop écœurée et en colère de voir tout ce sang couler pour Dieu. Si elle/il existe, elle/il aurait intérêt à y voir.

Alors, je ferai léger en ce jour de congé pour plusieurs.

Après des mois d’inconfort et de douleurs, on m’a diagnostiqué un syndrome digestif qui va me forcer à changer radicalement mon alimentation, possiblement pour toujours. On ne guérit jamais de cette « condition », l’intestin irritable, fort désagréable.

J’aime manger. J’aime cuisiner. Je collectionne les livres de recettes depuis 40 ans. J’y tiens même si, dans la vie de tous les jours, je consulte Ricardo en ligne.

Les interdits

La liste des aliments proscrits est hallucinante : tout ce qui contient du blé, du lait (me voilà donc dans le camp des « sans gluten » et « sans lactose »), des choses aussi banales que des poires, du brocoli, de l’oignon, du yogourt, des légumineuses (aucune larme ici) et même, catastrophe et fin du monde, du chocolat !

Ce n’est pas de la tarte (interdite) : même la gomme sans sucre est verboten !

Et la famille ? Je ne peux pas leur imposer ma diète. Mon homme adore les pâtes. Pour moi, la pasta di mama, c’est terminé, à moins d’utiliser des pâtes sans gluten. J’y ai goûté et la mama conclut que c’est non buono.

J’ai envie de me fabriquer un bumper sticker (pour mon estimé collègue Antoine Robitaille, alias mononc’ 101 : autocollant de pare-chocs) qui dirait : « Attention, la complexification de la vie peut rendre fou ».

Le général Taouin

Nul besoin d’être malade, les curés de la santé imposent leurs diktats alimentaires, souvent contradictoires, à tout vent, en évacuant le plaisir. Personne ne disait à nos aïeux, champions de l’exercice physique en raison de l’absence d’appareils modernes pour leur « simplifier » la vie, que le « p’tit lard salé » était mortel !

Ma grand-mère Louisa en a mangé toute sa vie. Et des tartes et des gâteaux. Quand elle ne cuisinait pas, elle faisait des courtepointes. Je choisissais les carrés de tissus. Je l’adorais.

Louisa avait un « léger » (ouais) surpoids, mais elle est morte à 85 ans, dans son lit. Sans jamais lever d’haltères, courir après rien ou ingurgiter du tofu/quinoa/seitan, etc.

Ces gens du terroir – elle avait grandi sur une ferme avant de suivre son bel Arthur de Saint-Télesphore à Montréal-Est – étaient en symbiose avec leur milieu. Jamais ils ne mangeaient de fraises en janvier. Ou de poulet du général Taouin congelé.

Cuisine fadasse

Quand je consulte mes livres de cuisine anciens, La cuisine raisonnée ou le livre des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie (quand j’ai la rare nostalgie de la cuisine du pensionnat) proposent des recettes archi-simples sans épices ou alcool, des viandes pochées, pas tant de légumes que cela et du blanc-manger, une sorte de pana cotta dont raffolait Napoléon, pour dessert.

J’adore le blanc-manger.

J’ai toujours su que j’étais née au mauvais siècle...