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Un coup d’État militaire contre Trump: est-ce possible?

Un coup d’État militaire contre Trump: est-ce possible?
Photo officielle, Maison-Blanche

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On a appris dans le rapport Mueller que l’avocat de la Maison-Blanche a refusé d’obéir à l’ordre illégal de Trump de mettre fin à l’enquête.   

Don McGahn a ensuite démissionné. Il y a donc [encore?] des gens sensés dans son entourage qui nous protègent contre les sautes d’humeur du mégalomane narcissique malfaisant. Je dis «nous» parce que cet individu peut à tout moment mettre le doigt sur le «bouton rouge» et déclencher l’apocalypse nucléaire mondiale.   

Vous pensez que c’est une situation farfelue que j’évoque ici? Dans un texte de 2017 du prestigieux magazine Foreign Policy, Rosa Brooks, une ancienne cadre supérieure civile du Pentagone a estimé que les chefs militaires américains pourraient se révéler les seuls capables d’éviter une catastrophe au cas où des décisions ou des comportements erratiques de Trump mettaient en danger la paix mondiale.   

La professeure Brooks écrit: «Que feraient les meilleurs chefs militaires américains si on leur donnait un ordre qu’ils considéreraient non seulement comme mal avisé, mais comme dangereusement insensé? [...] La perspective que les chefs militaires américains réagissent à un ordre présidentiel avec un refus d’obéir est affolante. Mais la perspective d'une obéissance militaire à un ordre insensé est tout aussi effrayante. Après tout, les officiers militaires jurent de protéger et de défendre la Constitution des États-Unis, pas le président. Pour la première fois de ma vie, je peux imaginer des scénarios plausibles dans lesquels les hauts responsables militaires pourraient simplement dire au président: «Non, monsieur. Nous ne ferons pas ça...»    

Maintenant professeure à l’Université Georgetown de Washington, Mme Brooks a reçu des menaces de mort à la suite de son analyse.  

Un incident impliquant Trump a suscité des inquiétudes chez les généraux le matin du 26 juillet 2017. En effet, alors qu'il a tweeté qu’il s’apprêtait à annoncer une décision concernant les forces militaires des États-Unis, des responsables du Pentagone ont été immédiatement alertés. On craignait qu’il ne déclare la guerre à la Corée du Nord sans les consulter. Il a fallu neuf longues minutes entre son premier tweet et le second dans lequel il s’en est plutôt pris aux transgenres à qui il a interdit de servir dans les Forces armées. La hiérarchie militaire a carrément refusé d’appliquer cette politique discriminatoire.   

  

Le Pentagone a d’ailleurs cru bon de rassurer le public et les élus qu’il ne laisserait pas Trump faire à sa tête. En novembre 2017, le commandant en chef des forces nucléaires américaines, le général John Hyten, a déclaré qu'il résisterait au président Donald Trump s'il ordonnait un lancement «illégal» d'armes nucléaires. Ces commentaires du général Hyten faisaient suite à une audience d’un comité du Congrès où des sénateurs avaient pressé les responsables militaires d'expliquer les sauvegardes empêchant des frappes nucléaires inconsidérées à la suite de décisions incohérentes et impulsives de Trump.   

L'ancien chef du commandement stratégique américain, le général Robert Kehler a souligné que les généraux avaient le devoir de désobéir à un «ordre illégal» de première frappe, et qu'ils pourraient donc contrecarrer les diktats du président.  

On en arrive ainsi à la question: un coup d’État militaire est-il possible aux États-Unis, un pays qui aime se présenter comme la première démocratie de la planète?   

Les généraux pourraient compter sur l’appui d’un nombre surprenant d’Américains. Un sondage YouGov de septembre 2015 révèle que 29% des Américains affirment qu’ils pourraient, dans certaines conditions, soutenir un coup d'État militaire et ce chiffre monte à 43% si un président violait la constitution. Avec Trump, cela n’a rien d’une hypothèse insolite. C’est une menace claire et immédiate. Le sondage nous apprend aussi qu’aux États-Unis, les généraux sont tenus en plus haute estime que les politiciens. Les chefs militaires sont considérés comme ayant les intérêts supérieurs du pays à cœur par 70% des Américains. Pour ce qui est des membres du Congrès, un impressionnant 71% de leurs électeurs soupçonne qu'ils agissent avant tout par intérêt personnel.   

Voilà où en sont les États-Unis dont la mission est, selon le président Woodrow Wilson, «make the world safe for democracy».