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La haine des riches

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Les milliardaires français qui ont donné plus d’un milliard d’euros dans les 48 heures qui ont suivi le tragique incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour sa reconstruction ont été dénoncés par des haineux.

Ces derniers ont parlé de « concours de dons ». Ils ont vomi sur ces bienfaiteurs indécents qui, paraît-il, veulent être admirés pour leur fausse générosité ostentatoire, qui leur permettra de masquer le fait qu’ils ne paient pas d’impôts.

Cet élan spontané des grandes familles françaises, les Pinault, Bouygues, Arnault, Bettencourt, leurs détracteurs l’expliquent par leur désir de s’acheter encore une fois une image de sauveurs de chefs-d’œuvre. Ce faisant, aux yeux des envieux, ils humilient encore et toujours le pauvre peuple qu’ils exploitent.

Destruction

Cette haine des riches, les gilets jaunes l’expriment depuis des mois en détruisant le mobilier urbain, en brûlant les voitures et les commerces – ceux-là n’appartiennent pas vraiment aux nantis, précisons-le – et en défigurant les lieux historiques français.

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C’est un péché d’affirmer que sans le mécénat, celui de la royauté, de l’aristocratie et de l’Église pendant des siècles et ensuite celui des nantis en démocratie, les arts en général n’auraient jamais connu le même épanouissement. Les mécènes permettent aux artistes d’exprimer une vision esthétique, musicale, théâtrale et architecturale de la vie.

Les riches ont le dos large, si l’on peut dire. Au Québec, en particulier, où le nombre de multimillionnaires est très limité contrairement au Canada anglais et bien sûr aux États-Unis.

Le mécénat est perçu à travers l’idéologie de gauche comme une façon aussi d’échapper à l’impôt. Mais sans le mécénat, le monde des arts ne survivrait pas. Sans le mécénat, les coffres des fondations des centres hospitaliers et des universités seraient misérables. Et ces mécènes, en particulier les francophones, sont sollicités en permanence.

Partage

Bien sûr, grâce à la fiscalité, les riches se créent des fondations et y transfèrent une partie de leur capital. Mais en finançant les arts, la recherche médicale, l’enseignement supérieur, les activités sportives, ces citoyens remettent à la société une partie de leur richesse.

Dans les systèmes politiques totalitaires, où règne le capitalisme à la sauce communiste, comme en Chine, il y a moins de mécènes que d’entrepreneurs corrompus. L’art est sous surveillance et la nouvelle classe de milliardaires forcément favorable au régime redistribue une partie de ses avoirs aux élites politiques à travers le pays avant de protéger le patrimoine architectural des siècles précédents. C’est ainsi qu’on a éradiqué des centaines de milliers d’habitations qui dataient du temps des empereurs pour construire des gratte-ciel qui s’élèvent dangereusement vers le ciel en le défiant.

La richesse peut être indécente, certes, mais elle peut être salvatrice, comme on le voit une semaine après que le feu a défiguré Notre-Dame de Paris, ce bijou de l’architecture du Moyen Âge.

Cracher sur le mécénat est absurde, imbécile et irresponsable. Dans quelques années, la cathédrale renaîtra en retrouvant sa splendeur d’antan. En privilégiant des dons modestes, on risquerait d’attendre cent ans l’achèvement de la reconstruction de ce lieu sacré de la civilisation occidentale et universelle.

Pourquoi vomir les mécènes ?

Photos AFP et Facebook