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Sables bitumineux: des émissions de CO2 jugées beaucoup plus importantes

Sables bitumineux
Photo d'archives

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OTTAWA - Les émissions de gaz carbonique produites par des sites albertains de sables bitumineux sont largement sous-estimées, estiment des scientifiques du gouvernement fédéral dans un rapport dévoilé mardi.

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Pour cette raison, le Canada pourrait s’éloigner encore plus de ses cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES).

«Les résultats indiquent que les intensités d’émissions de CO2 pour [ces] installations de sables bitumineux sont [...] plus importantes que celles estimées en utilisant les données accessibles publiquement», écrivent des experts principalement à l’emploi d’Environnement Canada dans une étude parue dans la publication scientifique «Nature Communications».

Les émissions mesurées sont 64 % plus élevées que celles officiellement rapportées par l’industrie au gouvernement fédéral, conclut-on.

Les scientifiques ont analysé des échantillons d’air captés au-dessus de quatre importants sites d’exploitation de sables bitumineux à ciel ouvert situés dans le nord de l’Alberta. Cette méthode de calcul des émissions est différente de celle généralement employée.

Plus grands que prévu

«Je soupçonnais qu’il allait y avoir une légère différence, comme il y en a toujours quand on compare un type de mesure à un autre. Je ne m’attendais toutefois pas à ce que les écarts soient aussi grands», a dit en entrevue John Liggio, chercheur principal ayant piloté l’étude.

Ces écarts font en sorte que les sables bitumineux pourraient avoir un poids plus grand qu’anticipé dans le calcul des GES émis au Canada. On estime à l’heure actuelle que leurs émissions comptent pour 10 % de tous les GES, proportion qui pourrait avoir à être revue à la hausse «de quelques points de pourcentage», a précisé M. Liggio.

En tenant compte des quantités de dioxyde de carbone détectées par le chercheur et son équipe, la totalité des émissions de GES du Canada pourrait être de 17 millions de tonnes plus élevées que leur niveau officiellement rapporté. Selon des données dévoilées la semaine dernière, le Canada a généré 716 millions de tonnes de GES en 2017, une hausse de 8 millions de tonnes par rapport à l’année d’avant. En vertu de l’Accord de Paris, Ottawa s’est engagé à réduire ses émissions à 511 millions de tonnes d’ici 2030.

«Ultimement, la plupart des politiques nécessitent des informations exactes en termes d’émissions, a relevé M. Liggio. La prochaine étape est donc de travailler de pair avec l’Alberta et l’industrie afin de comprendre pourquoi il y a des écarts dans les chiffres.»

L’expert se dit optimiste quant à cette éventuelle collaboration.

Précisons que la sous-estimation des émissions n’est pas attribuable au fait que l’industrie veuille minimiser son empreinte écologique, selon l’étude publiée mardi, mais plutôt aux défaillances de la méthode de calcul pour l’heure privilégiée.

«Il y a un potentiel existant qu’il y ait plus d’émissions de GES non comptabilisées», concluent par ailleurs les spécialistes. Il reste encore à prélever des échantillons atmosphériques des sites d’exploitations de sables bitumineux in situ, expliquent-ils alors qu’ils se sont pour leur part penchés uniquement sur des installations à ciel ouvert.