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Troisième lien, un dogme

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La façon dont le gouvernement Legault mène le dossier du troisième lien, dans lequel il envisage d’investir des milliards de dollars sans même avoir déterminé s’il y avait un besoin, est totalement déconcertante.

Lors de l’étude des crédits budgétaires, la semaine dernière à l’Assemblée nationale, le projet a fait l’objet de nombreuses questions, mais très peu de réponses ont pu être apportées par le ministre des Transports, François Bonnardel.

Il ne faudrait quand même pas démontrer que le projet n’a pas sa raison d’être...

Après avoir reconnu que son gouvernement avait eu recours à une mesure d’exception pour accélérer le projet, et ce, sans connaître le coût, le besoin, ni même la forme du lien, M. Bonnardel a comparé le projet à celui du système de transport structurant de Québec.

Les deux projets n’ont pourtant rien de comparable dans les faits. Une route n’a pas d’effet sur la congestion routière à moyen et long terme, disent les scientifiques, mais elle aggrave le phénomène d’étalement urbain en incitant les gens à s’établir toujours plus loin, ce qui augmente l’achalandage sur les routes. C’est un cercle vicieux maintes fois vérifié.

Au contraire, le système de transport structurant a fait l’objet d’une étude de faisabilité, et l’impact d’un tel outil d’aménagement est largement documenté de manière scientifique.

Pour le moment, le gouvernement a le beau jeu, et la ministre Geneviève Guilbault peut bien lancer aux libéraux qu’ils sont juste « jaloux ou choqués du fait que [le gouvernement caquiste] réussit à faire ce qu’eux ont échoué à faire ».

Mais une telle déclaration représente une preuve de plus que les caquistes ne se sont même pas donné la peine de réfléchir au bien-fondé du projet avant de l’ériger en dogme. Au lieu de faire preuve d’une vision porteuse pour le développement de la région, on tombe dans la facilité.

Québec mérite mieux que ça.

Encore flou

Les élus de Québec Solidaire organisent une assemblée contre le troisième lien qui aura lieu au début de mai, à l’île d’Orléans. L’initiative est louable, étant donné cette mauvaise utilisation des fonds publics et toutes les questions qui restent sans réponse.

Sauf que le dossier a déjà été trop utilisé par des politiciens, et ce sont les citoyens qui devront prendre la balle au bond en temps opportun, pour faire reculer le gouvernement.

Pour le moment, il est trop tôt pour voir poindre de telles initiatives, le projet étant entouré du plus grand flou, et ce, même si on y dilapide 325 millions de dollars pour des plans et devis. Mais il finira par se préciser. Alors, les gens réaliseront que la solution miracle n’était que de la poudre aux yeux.

Lorsqu’on en saura plus sur les coûts, les gens qui ont à cœur la bonne gestion des fonds publics et l’intérêt commun s’opposeront.

Lorsqu’on apprendra que l’effet immédiat sera d’encombrer encore davantage les routes déjà congestionnées pour les citoyens de Beauport et de l’est de la région, il y aura des levées de boucliers.

Lorsque les automobilistes coincés dans leurs voitures à l’approche des ponts, dont la plupart habitent dans l’ouest de Lévis et travaillent dans l’ouest de Québec, verront que le projet ne fait rien pour eux, ils auront raison de protester.

Ce n’est qu’un début.