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Des espions canadiens à l’étranger, ça s’peut pas, voyons !

Pont de la rivière Yalou
Photo Wikipedia Pont de la rivière Yalou

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J’ai évoqué dans un blogue récent les opérations des services secrets canadiens à l’étranger. Plusieurs ont été surpris que le Canada soit engagé dans ce genre d’ac tivités. Pour quelles missions et quels pays pourraient être ciblés ?  Voici trois cas qui soulèvent des interrogations.  Allez-y, faites votre propre analyse. 

•           Kevin Garratt et sa femme étaient des missionnaires protestants canadiens dans le sud de la Chine depuis des décennies quand ils ont décidé, il y quelques années, d’ouvrir un café dans le nord du pays. Pas n’importe où. Tout près d’un pont stratégique sur le fleuve Yalou qui relie la Chine à la Corée du Nord. Garratt, un photographe amateur, selon les services de sécurité chinois, captait des images du pont alors que des convois militaires le traversaient. Et, de temps en temps, en bon cafetier, il accueillait des agents du SCRS de l’ambassade canadienne venus de Pékin siroter un expresso en admirant le paysage.  Arrêté par le contre-espionnage chinois, le couple passera deux ans en prison avant d’être expulsé vers le Canada. Dans une initiative hautement inhabituelle, ledirecteur du SCRS, Michel Coulombe, s’est rendu à Pékin pour rencontrer son homologue chinois afin de l’assurer que les Garratt ne travaillaient pas pour son service. Les Garratt ont toujours proclamé leur innocence. Il s soupçonnent qu’ils ont servi de pions dans une tentative de Pékin pour empêcher le Canada d’extrader un espion chinois vers les États-Unis. Affaires mondiales Canada, a refusé de commenter la question d’un échange.

•           En janvier 2015, plusieurs médias turcs publient une nouvelle sensationnelle : Mohammed al-Rashed, un syrien de 28 ans travaillant pour les services secrets canadiens, a été arrêté par le contre-espionnage turc pour avoir aidé trois jeunes femmes britanniques à aller rejoindre l’État islamique. Un espion canadien au service de l’État islamique ? Al-Rashed  affirme qu’il a été recruté par des espions canadiens lorsqu’il a demandé l’asile politique à l’ambassade du Canada à Amman en Jordanie. On lui a fait comprendre qu’il obtiendrait la citoyenneté canadienne à condition qu’il retourne à Raqqa en Syrie, alors la capitale de l’État islamique pour pénétrer les réseaux qui facilitent le passage de la frontière turque aux djihadistes étrangers voulant combattre pour le Califat. Al- Rashed donne même les prénoms des deux agents secrets qu’il a rencontrés à l’ambassade canadienne, Matt et son supérieur Claude. Il dit qu’il est venu quelques mois au Canada pour une formation intensive d’agent secret. À Ottawa on s’est refusé à tout commentaire. Mais une source officieuse a déclaré au Ottawa Citizen que Rashed n’était pas un employé du SCRS... ce qui n’exclut pas, bien sûr, qu’il soit un « collaborateur externe » du service. 

 •           Âgé de 27 ans, l’Ontarien Colin Rutherford a été capturé en octobre 2010 par les talibans qui l’accusent d’être un espion canadien. Il prétendait faire du tourisme culturel dans l’une des régions les plus périlleuses d’Afghanistan alors que le Canada menait des opérations militaires dans le pays. Rutherford possède une formation universitaire en science et en mathématique. Pendant sa détention, Ottawa n’a jamais voulu commenter la capture de Rutherford.   Finalement en janvier 2016, le ministre des Affaires globales du Canada, Stéphane Dion a annoncé sa libération tout en refusant de donner d’autres explications. Ni Rutherford ni le gouvernement du Canada n’ont voulu commenter de quelques façons que ce soit les conditions de sa libération ou donner des explications sur ses activités au moment où il a été capturé par les talibans. Dans un communiqué laconique, le ministre Dion s’est contenté de remercier le gouvernement du Qatar pour son aide. Aucune information n’a été donnée sur les allées et venues de Rutherford depuis son retour au pays. J’ai encore demandé, fin 2018, à Affaires globales Canada des détails sur sa libération et sur ce qu’il est devenu depuis. Le porte-parole du ministère, Brendan Sutton, m’a répondu : « Le gouvernement du Canada ne commentera ni ne divulguera aucune information supplémentaire sur cette affaire pour des raisons de confidentialité. »