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Gonflage de notes?

Le nouveau bulletin scolaire qui sera implanté au Québec l'an prochain est peut-être un peu trop simple.

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Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a émis une directive aux commissions scolaires leur interdisant d’hausser la note à 60% pour les élèves qui auraient obtenu 58% ou 59% aux épreuves ministérielles. C’est beaucoup de flafla pour une peccadille, mais la politique étant ce qu’elle est, le ministre soigne les apparences.

Aussi loin que je puisse remonter dans ma carrière d’enseignant, l’évaluation a toujours fait objet de débats et rarement de consensus. La nature des évaluations et des bulletins des différents systèmes d’éducation à travers le monde permet de constater qu’il n’y a pas de science exacte et que les approches peuvent varier d’une contrée à une autre. Entre les tenants d’une évaluation discriminante qui classe les élèves les uns par rapport aux autres et ceux qui logent à l’enseigne d’une évaluation formative guidant l’élève dans ses apprentissages, les procédés sont multiples. 

La note de passage en Ontario est de 50% alors qu’elle est de 60% au Québec. Les Suisses mettent une note sur l’ensemble des matières qu’à la fin du primaire. Les Scandinaves attendent au secondaire. L’auteur et conférencier américain Alfie Kohn, spécialiste du domaine de l’éducation, de la parentalité et du comportement humain, affirmait : « que les notes sont inutiles et que s’il fallait en mettre une, de faire en sorte qu’elle soit la moins nuisible possible». La tendance lourde de la recherche en éducation tend à démontrer que la réussite éducative se construit sur de petits succès bien en avant des échecs.

Entre exiger des enseignants de faire accroire aux parents que le parcours de leur enfant se déroule à merveille en produisant un bulletin qui ne correspond pas à leur réalité et d’ajouter 1% ou 2% à une épreuve ministérielle pour permettre à l’élève d’atteindre la note de passage, il y a un monde. Si la plupart des Québécois trouveraient ridicule de se voir imposer une contravention pour avoir excéder la vitesse permise d’un ou deux km/h, il est tout aussi ridicule de recaler un élève pour 1% ou 2% en moins. 

Par ailleurs, il est paradoxal de dénoncer la gestion par résultats, mais de focaliser sur l’importance de la note exacte à une décimale près.

Bien qu’inconséquente, la décision du ministre est en toute logique avec son refus d’entendre les doléances du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) sur le bulletin, qui désapprouvait des notes en pourcentage et le classement des élèves. Comme ses prédécesseurs, il aime parler de réussite éducative et de données probantes fournies par la recherche en autant que cela ne bouscule pas son idéologie. Cette nouvelle directive du ministre est tout à fait contreproductive, n’apporte pas de solutions à l’échec et fournit encore moins de ressources utiles au cheminement de l’élève.

Enseigner, c’est d’accepter de relever le défi d’éducabilité de tous les enfants et on s’attend minimalement de la part d’un ministre qu’il soit le moins nuisible possible en ne faisant pas un plat avec le rehaussement d’une note de 1% ou 2%. Après tout, c’est au moins 8% de plus qu’en Ontario pour la note de passage!