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Le Soudan ou la révolution au féminin

Alaa Salah, icône de la révolution, s’adressant aux manifestants, le 8 avril 2019, à Khartoum, au Soudan, contre le régime du dictateur déchu, Omar el-Béchir.
Photo Twitter, Lana H. Haroun Alaa Salah, icône de la révolution, s’adressant aux manifestants, le 8 avril 2019, à Khartoum, au Soudan, contre le régime du dictateur déchu, Omar el-Béchir.

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Le 8 avril dernier, les médias sociaux et internationaux avaient relayé l’image et la vidéo d’une jeune femme, toute de blanc vêtue, debout sur le toit d’une voiture, au milieu d’une immense foule de manifestants, en plein cœur de Khartoum, la capitale du Soudan.

Une icône de la révolution

L’image devenue virale est celle d’une jeune de 22 ans, Alaa Salah, étudiante universitaire en architecture. Elle ne se doutait pas qu’elle deviendrait une icône de la révolution contre le régime militaro-islamiste d’Omar el-Béchir, président du Soudan depuis 30 ans.

Avec sa frêle silhouette, sa tunique blanche, son doigt levé vers le ciel, on dirait la statue de la Liberté haranguant les foules. Elle a défié le régime en rappelant que « la balle ne tue pas, ce qui tue, c’est le silence des hommes ».

Il y avait de la puissance dans ses paroles quand elle chantait l’appel à la « Thawra » (révolution en arabe). Et cette foule qui lui répondait, en chœur, « Thawra ».

Figure emblématique malgré elle, elle symbolise aussi cette longue marche des Soudanaises vers la liberté. Elles luttent depuis quatre mois, à visage découvert, pour réclamer de leur dictateur de président qu’il « dégage ».

Surnommée la « Kandaka » en référence aux reines nubiennes qui avaient instauré un régime matriarcal, Alaa Salah s’est réjouie de voir que la vidéo de sa chanson a sensibilisé l’opinion publique internationale au sort du peuple soudanais.

Quant à sa tenue blanche, elle y voit « un symbole de force, de pureté et de courage. Les femmes ont un grand rôle dans ces manifestations », avait-elle déclaré à Leral.net de Dakar.

Un dictateur tyrannique

Les Soudanaises de toutes les générations ont été sur la ligne de front de toutes les manifestations réclamant le départ d’Omar el-Béchir. Jusqu’à 70 % de ces cortèges étaient composés de femmes, selon la BBC.

Il leur fallait du courage pour affronter un régime aussi brutal. Omar el-Béchir, c’est trois décennies de dictature impitoyable.

Arrivé au pouvoir le 30 juin 1989, à la faveur d’un coup militaire et de l’appui de son mentor, Hassan al-Tourabi, représentant des Frères musulmans au Soudan, il s’est autoproclamé chef de l’État, premier ministre, ministre de la Défense et chef des forces armées.

Il s’était fait un point d’honneur d’accueillir plusieurs terroristes, dont Oussama Ben Laden, de 1992 à 1996.

En 2003, il a lancé les Janjawid, ses milices arabes armées contre les populations du Soudan du Sud. Bilan : 300 000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés.

La Cour pénale internationale avait lancé contre lui des mandats d’arrêt pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide au Darfour.

Il a imposé la charia dans toute sa rigueur même aux non-musulmans : amputations, lapidations et condamnations à la pendaison pour conversion au christianisme. La journaliste Loubna Ahmed al-Hussein échappera de justesse à la flagellation publique pour avoir porté un pantalon.

Alaa Salah et son peuple parviendront-ils à ébranler les colonnes du temple ? « On ne veut pas juste changer ce dictateur, on veut changer le monde », dira-t-elle.

Certes, le dictateur Omar el-Béchir a été chassé du pouvoir, mais son régime militaire demeure intact. La démocratie peut attendre...