/opinion/columnists
Navigation

Le cerveau du mal

Le cerveau du mal
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Le carnage revendiqué par Daech au Sri Lanka est d’abord surprenant par son horreur : 360 morts en date d’hier soir.

Mais il est aussi surprenant par sa logistique sophistiquée, qui tranche avec la simplicité des derniers attentats.

Le terrorisme avait en effet muté.

Changement

Les attentats complexes à organiser, avec de gros moyens logistiques, comme ceux du 11 septembre 2001 à New York et du 13 novembre 2015 à Paris, étaient devenus exceptionnels.

Les attentats islamistes les plus récents étaient le fait d’un ou deux individus armés de couteaux, de véhicules, de pistolets ou de bombes artisanales.

Leur liste est interminable : Nice, Londres, Barcelone, Toulouse, Berlin, Boston, Strasbourg, Liège, etc.

C’est facile à organiser, peu coûteux, presque impossible à prévenir, et efficace, puisque cela sème effectivement la terreur.

Ce « djihad de proximité », comme l’appellent les spécialistes, a son théoricien : Abou Moussab Al-Souri, dont le vrai nom est Moustafa Setmariam Nasar, un Syrien né en 1958, dont on ne sait pas s’il est vivant ou mort.

En 2005, il met en ligne un pavé de 1500 pages intitulé Appel à la résistance islamique mondiale.

C’est le texte fondateur, la matrice intellectuelle et programmatique de cette nouvelle phase du terrorisme islamique.

Laissons faire, dit-il, les opérations complexes, souvent infiltrées par les services secrets des pays occidentaux.

Prenons plutôt appui, dit-il, sur des éléments radicalisés au sein des très nombreuses communautés musulmanes en Europe, alimentés par les réseaux sociaux, qui attaqueront « les mécréants » les plus proches d’eux.

Les cibles prioritaires ? Juifs, églises, foules, militaires, policiers, etc.

Quel est le raisonnement derrière cela ? Il glace le sang.

On espère une riposte, une répression de la part des autorités, qui renforcera le sentiment de tous les musulmans d’être collectivement visés, stigmatisés, marginalisés, ce qui les fera basculer dans le radicalisme.

La stratégie est de les forcer à choisir entre une société qui se durcit à leur endroit et l’islamisme.

L’islamologue Gilles Kepel, dans son ouvrage Terreur dans l’Hexagone (2015), l’exprime ainsi : « Daech vise à fomenter en Europe, ventre mou de l’Occident (...), une guerre de tous contre tous, destinée à faire imploser le Vieux Continent et à y instaurer son califat. »

Bref, il s’agit de faire éclater une guerre civile. Délirant ? Si on veut, mais c’est leur plan, et ils agissent en conséquence.

Guerre

Évidemment, les musulmans, dans leur immense majorité, ne veulent rien savoir de ces fanatiques, mais ils sont intimidés, et les leaders modérés, au mieux, publieront un communiqué de presse pour dire leur peine après chaque attentat.

Pourquoi l’Europe est-elle le terrain privilégié ? Parce qu’on y trouve d’importantes communautés musulmanes, parce qu’elle est proche du Moyen-Orient, et parce qu’elle est le berceau de la civilisation occidentale.

Beaucoup parmi nous peinent à comprendre que nous sommes en guerre parce que c’est une guerre non conventionnelle, et parce qu’ils se demandent ce qu’ils ont bien pu faire pour être haïs à ce point.

Mais c’est bel et bien une guerre qu’on nous a déclarée.