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Le ministre fait la farce

Le ministre fait la farce
Photo d'archives Jean-François Desgagnés

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Tel un remake du vieux film américain où l’agent Frank Drebin s’avère un véritable monsieur catastrophe, le ministre du Travail, Jean Boulet, s’est gouré en voulant jouer au conciliateur dans le conflit ABI après que son chef François Legault ait miné le terrain. Tristement pour lui, sa crédibilité prend une sérieuse dégelée pour la suite de son mandat.

Le conflit à l’usine ABI, propriété d’Alcoa et de Rio Tinto de Bécancour, dure depuis 15 mois à la suite du lock out décrété par la partie patronale. C’est évidemment une source de préoccupation pour toute la région à commencer par les travailleurs de l’usine. On comprend facilement l’empressement des élus municipaux et provinciaux de vouloir que l’usine reprenne la totalité de ses activités le plus rapidement possible pour la santé économique de la région. Malheureusement, le premier ministre a disqualifié son gouvernement pour pouvoir intervenir dans ce conflit et œuvrer à rapprocher les parties lorsqu’il a éhontément pris position pour la compagnie. Il a manqué du jugement et de la discrétion nécessaire pour mettre fin au litige.

Poursuivant dans cette folle cavalcade, le ministre du Travail s’est transformé en médiateur-négociateur en proposant un projet de règlement qu’il prétendait avoir concocté lui-même. Le syndicat lui rétorque que ce n’est ni plus ni moins qu’un copier-coller de la dernière offre globale de la partie patronale et que cela ne saurait constituer une base de règlement. La compagnie de son côté voyait une piste intéressante dans les avancées du ministre sans doute parce qu’elle y reconnaissait ses propositions.

Nous ne disposons pas évidemment du texte proposé par le ministre, pas plus que du texte de la dernière offre patronale, mais j’ai tendance à croire à la véracité des propos du syndicat, considérant le pragmatisme qui caractérise les syndicats FTQ et la longueur de l’arrêt de travail. La moindre lueur qui aurait pu émerger du texte du ministre aurait été accueilli comme une ampoule de 400 watts par un syndicat qui ne peut que rêver d’en finir avec le lock out. Ce n’est d’ailleurs pas le premier conflit lourd auquel la FTQ est confrontée dans l’industrie de l’aluminium et la centrale syndicale n’a pas hésité à faire quelques concessions dans les conventions collectives de la région du Saguenay-Lac-St-Jean pour mettre fin à certains arrêts de travail.

Il était douteux que le ministre Boulet, issu de cabinets d’avocats pratiquant le droit du travail du côté patronal comme Heenan, Blaikie ou Lavery, Obrien, puisse présenter l’apparence neutre d’un conciliateur qui travaille à arracher des compromis aux deux parties afin de les faire converger vers un règlement. Son passé et les déclarations du premier ministre ne pouvaient que le hanter et le fragiliser dans un rôle qui aurait pu s’avérer déterminant pour la paix industrielle et sociale dans la région de Bécancour. 

La suite s’annonce compliquée quand les deux plus importantes cartouches du gouvernement ont été tirées avec les interventions du ministre du Travail et du premier ministre. Espérons que pour l’avenir ils s’inspireront de la maxime de la SAQ, « la modération a bien meilleur goût ».