/opinion/columnists
Navigation

Un président traqué

Coup d'oeil sur cet article

À la suite de la sortie du rapport Mueller, le président Donald Trump cherche plus que jamais à imposer sa version des conclusions de l’enquête et à bloquer toute tentative de faire la lumière sur les coins sombres de son passé. Ses stratégies et ses actions ne sont pas sans risque.

Le congé pascal aurait pu marquer une pause dans la tourmente politique aux États-Unis, mais le président Trump a préféré en découdre avec ses opposants.

Déterminé à imposer sa vision édulcorée des faits exposés par l’enquête Mueller, il a déclaré sans ambages qu’il fermera désormais la porte à toutes les enquêtes du Congrès.

Trump souhaite offrir à ses partisans l’image d’un leader combatif, mais c’est plutôt l’image d’un président isolé et en proie à l’insécurité qui prédomine, alors que ses agissements prennent des tangentes inquiétantes.

Obfuscation et saturation

Le mensonge et la déformation des faits pour modeler les perceptions de ses partisans et définir les termes du débat politique sont des outils familiers pour Donald Trump.

Encore plus typique de sa stratégie est la saturation de l’espace médiatique. Dimanche, il faisait flèche de tout bois en expédiant une cinquantaine de tweets en 24 heures pour s’auto-exonérer de toute faute et relancer la balle aux démocrates.

Pourtant, le rapport Mueller montre clairement que Trump est vulnérable à des accusations d’entrave à la justice, sans parler des autres allégations, qui sont encore l’objet d’enquêtes, que le Congrès pourrait légitimement inclure dans un éventuel procès en destitution.

Cachotteries et fuite en avant

Pour échapper aux contrôles du Congrès, Trump fait aussi appel à une autre tactique que les sportifs connaissent bien : run the clock.

Sommé de transmettre ses rapports d’impôts au comité Ways and Means de la Chambre des représentants, Trump cherche à repousser aux calendes grecques la révélation d’informations potentiellement embarrassantes.

Trump affirme qu’il va désormais contester devant les tribunaux toutes les assignations à comparaître ou à fournir des documents au Congrès. Il a même déclaré qu’il refuserait d’obtempérer si le Congrès entame des procédures de destitution.

Évidemment, ces tactiques anticonstitutionnelles sont vouées à l’échec, mais elles lui permettront de gagner du temps.

Le fait que ces stratégies axées sur le mensonge et le mépris des règles constitutionnelles soient tolérées par les républicains n’augure rien de bon pour la démocratie américaine.

Risques de dérapages

À court terme, l’immense pression qui pèse sur le président et le pousse parfois à adopter des comportements erratiques pourrait aussi le mener à prendre des décisions irréfléchies ou dangereuses, notamment en politique étrangère.

Par exemple, en réponse à des accrochages mineurs à la frontière sud, le président vient d’annoncer de nouveaux déploiements militaires qui risquent d’aggraver la crise migratoire.

Si la marmite du président continue de surchauffer, il n’est pas impensable qu’il saisisse l’occasion d’une crise ou d’un conflit à l’étranger pour détourner l’attention, avec tous les risques de dérapage qui s’ensuivraient.

Heureusement pour ses opposants, c’est aussi lorsque Donald Trump est sous pression qu’il commet les fautes politiques les plus coûteuses pour lui.