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Joe Biden est-il le démocrate qui pourrait déloger Trump?

Joe Biden est-il le démocrate qui pourrait déloger Trump?
AFP

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Le vingtième candidat à se lancer officiellement dans la course à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020, l’ex-vice-président Joe Biden, est déjà en tête des favoris pour l’emporter, mais de nombreux doutes subsistent sur sa candidature. Au moins, la mission qu’il s’est donnée dans sa vidéo d’introduction a le mérite d’être claire.

Dans sa vidéo d’introduction, Joe Biden n’y va pas par quatre chemins: la mission historique qu’il se donne en se lançant dans la course à la présidence est de déloger Donald Trump et d’éviter que sa réélection vienne entacher de façon indélébile l’identité du peuple américain. Cette vidéo commence par les images inquiétantes des manifestations à saveur néonazie de Charlottesville, en août 2017, dont les auteurs s’étaient sentis légitimés par la réaction controversée du président Trump. 

Joe Biden est-il le démocrate qui pourrait déloger Trump?
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Cliquez ici pour voir et entendre la vidéo d'introduction de la campagne de Joe Biden.   

La mission

On a beaucoup critiqué cette vidéo d’introduction de campagne pour son ton sombre et alarmiste, ainsi que pour le manque de détails qu’elle fournit sur le programme de gouverne que propose Biden. Ce n’est pas faux, mais il est aussi vrai que l’un des plus grands défis que doit relever toute personne qui se juge apte à occuper le plus haut poste politique de son pays est d’expliquer clairement et simplement pourquoi il se lance dans une telle course. Dans le cas présent, Biden est allé droit au but en identifiant son objectif, qui est probablement le seul qui fasse l’unanimité parmi tous les démocrates et un bon nombre d’indépendants et de républicains effrayés par la perspective d’une réélection de Donald Trump. 

Le candidat Biden aura bien le temps de préciser le contenu de son programme politique, qui ne fera sans doute pas la même unanimité, mais il serait étonnant qu’on oublie le message qu’il a lancé au jour un de sa campagne: dans son esprit, déloger Donald Trump de la Maison-Blanche et redonner une chance à une vision de l’identité américaine fidèle aux idéaux des fondateurs est un objectif bien plus important que les réformes de politiques publiques qu’il pourrait proposer. 

Des atouts et des défis

Si Joe Biden est le favori parmi les démocrates dans cette course et celui à qui les sondages donnent à l’heure actuelle les meilleures chances de défaire Donald Trump, c’est largement à cause qu’il est le candidat le plus familier et le plus expérimenté, sans oublier son association étroite avec Barack Obama, qui demeure de loin le politicien le plus populaire aux États-Unis. Entre autres atouts, ses partisans ne manquent pas de souligner sa capacité de communiquer efficacement avec les électeurs des classes ouvrières du centre du pays, ceux-là mêmes que Donald Trump a réussi à subtiliser au Parti démocrate en 2016.

Même s’il part en tête avec environ 30% des intentions de vote parmi les électeurs des primaires démocrates et même si les sondages lui donnent une marge de victoire sur Donald Trump assez systématiquement plus élevées que celle de tous ses opposants dans la course à l’investiture, Biden devra quand même relever des défis importants pour obtenir la nomination de son parti. D’abord, son âge avancé pourrait poser problème pour certains électeurs, mais comme son principal opposant dans la course est encore plus âgé que lui et que le président Trump lui-même ne passe pas vraiment pour un modèle de jeunesse et de santé, ce facteur pourrait ne pas être déterminant. 

Sa longue expérience politique, qui vient avec des décisions prises à une autre époque qui risquent de faire tiquer beaucoup de jeunes démocrates, sera probablement un fardeau plus lourd à porter. Son image de centriste dans un parti où la gauche prend de plus en plus de place risque d’être encore plus problématique, mais il pourrait s’en tirer assez bien s’il démontre suffisamment d’ouverture d’esprit à l’égard de cette garde montante progressiste pour l’écouter et intégrer ses demandes dans son programme politique. 

Lors de cette longue campagne des primaires qui s’amorce pour Biden, la soif de renouveau des membres de son parti pourrait être son principal obstacle, même s’il part en tête. Il devra donc simultanément convaincre l’électorat des primaires qu’il est le mieux placé pour déloger Donald Trump de la présidence, tout en rassurant ceux qui réclament des réformes majeures qu’un leader d’expérience relativement pragmatique comme lui peut offrir les meilleures chances aux idées de réforme de vaincre les résistance réelles que continueront de poser les républicains après 2020. Il ne faut pas sous-estimer les chances de Bernie Sanders de se rallier les appuis de cette aile plus progressiste du Parti démocrate, mais Biden compte sur un noyau important de partisans plus modérés, qui pourraient voir d’un moins bon œil le fait que Sanders persiste à ne pas s’identifier entièrement au parti qu’il cherche à diriger en 2020. 

L’imprévisible est à prévoir

Il ne faut pas non plus sous-estimer les chances qu’un candidat moins connu finisse par se démarquer par la force de ses arguments ou de sa personnalité. Ce deuxième peloton dont chacun des membres pourrait éventuellement talonner Biden et Sanders est composé de Kamala Harris, Beto O’Rourke, Elizabeth Warren, Pete Buttigieg, auxquels j’aurais tendance à ajouter les sénateurs Cory Booker et Amy Klobushar, en plus du gouverneur de l’État de Washington Jay Inslee, méconnu comme la plupart des gouverneurs mais capable d’articuler un message clair qui pourrait plaire à bien des démocrates. 

Évidemment, le président Trump a répondu à l’entrée en course de Joe Biden en se disant confiant de le défaire et en déballant les surnoms et les insultes. On verra bien si ça lui suffira pour avoir le dessus en 2020, mais pour le moment, le véritable défi de Joe Biden est de résister aux attaques qui lui viendront des 19 autres candidats (ou plus) qui ne manqueront pas de cibler le meneur pour se tailler une place dans une course qui s’annonce imprévisible.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM . On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM