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La «Reconquista»: ce que craignent Trump et ses partisans

Omar Ramirez - Oxfam
Photo courtoisie Omar Ramirez - Oxfam

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Pour exciter l’ardeur de ses partisans, Trump n’a qu’à parler de son « mur des Lamentations» mexicain. C’est son obsession. Autant que le rapport Mueller. Promettre d’endiguer le flot migratoire latino, c’est payant électoralement pour lui. Mais la bataille contre l’«hispanisation» des États-Unis est perdue, la défaite déjà scellée dans l’histoire.  Il n’y a plus rien à faire. Ça enrage l’extrême-droite «trumpienne» et cette colère populiste menace actuellement la démocratie américaine. Rappelons les faits et les chiffres.

 À l’origine, les États-Unis sont constitués de 13 colonies anglaises agglutinées sur la côte est de l’Amérique. C’est avant tout par la guerre que le pays s’est étendu jusqu’au Pacifique. Les indigènes des grandes plaines furent asservis ou exterminés. Puis le Sud-Ouest fut pris du Mexique à la pointe des baïonnettes : Le Texas, le Nouveau-Mexique, le Nevada, le Colorado, l’Arizona et la Californie devinrent ainsi américains. 

Les Mexicains n’ont jamais vraiment accepté cette perte du tiers de leur territoire. La reconquête des territoires perdus est un rêve et une ambition nationale. Par l’immigration clandestine et la fécondité, elle est commencée depuis longtemps. Maintenant, elle s’accélère. Et Trump n’y peut rien.

Les États-Unis comptent actuellement 58,9 millions d’hispanophones, soit 18,1 % de la population totale. Il y aura très bientôt, en pourcentage, plus d’hispanophones aux États-Unis que de francophones au Canada. Il est déjà plus facile de se faire servir en espagnol dans les grandes villes américaines qu’en français dans celles du Canada anglais, dont Toronto.

De New York à Los Angeles en passant par Chicago ou Houston, le bilinguisme anglais-espagnol est de plus en plus la pratique courante : des renseignements sont disponibles dans les deux langues dans les administrations publiques et privées. Des réseaux de radio et de télé émettent en espagnol qui est également la langue de plusieurs médias écrits populaires. L’affichage commercial dans cette langue est répandu.

La pression démographique latino ne va que s’accentuer. L'Amérique latine est l’une des régions les plus inégalitaires de la planète. Plus de 70 millions de personnes y vivent dans des conditions d'extrême pauvreté. De nombreuses zones d’Amérique centrale souffrent des effets du réchauffement planétaire. Les rendements décroissants de l’agriculture et la criminalité galopante incitent un nombre toujours grandissant de personnes à vouloir fuir aux États-Unis.

Dans l’ensemble, les Hispaniques représentent plus de la moitié de l’augmentation de 40 millions d’habitants des États-Unis depuis 2000, la population hispanique américaine faisant un bond fulgurant de plus de 45% depuis. Les Américains blancs ont un âge médian de 41 ans contre 27 ans pour les Hispaniques. Dans les écoles américaines, un élève sur cinq est Latino. Au niveau de la maternelle, c’est un sur quatre. En Californie, plus de 50 % des enfants sont d’origine hispanique .Le Nouveau-Mexique a le plus fort pourcentage de résidents hispaniques (48,5 %), suivi par le Texas (39.1 %) et la Californie (38,9 %), de l’Arizona 30.9% et du Nevada 28.5%.  

Au nombre de 47.4 millions, les Afro-Américains cons tituent le deuxième groupe minoritaire en importance avec 14.6 % de la population. 

Même dans certains de leurs États traditionnels du sud, la population hispanique a plus que doublé. C’est le cas au Kentucky, en Alabama, au Mississippi, en Arkansas, en Caroline du Sud et en Caroline du Nord. Vous l’avez remarqué, ce sont des États qui appuient Trump. Le pourcentage des Hispaniques s’accroît également dans le Massachusetts, le Rhode Island, New York, le New Jersey, l’Illinois et la Louisiane. 

Cette explosion démographique latino explique le soutien inconditionnel qu’apportent à Trump les blancs pauvres et sous-éduqués qui constituent sa base électorale. 

Les projections démographiques indiquent que les minorités ethniques et raciales seront majoritaires aux États-Unis en 2050 et que le tiers des résidants des États-Unis sera alors hispanique. Trump est l’ultime tentative des WASP (White Anglo-Saxon Protestants) de s’accrocher au pouvoir. Jusqu’où iront-ils pour l’y maintenir ?