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Taxis : enlevons de l’argent

L’industrie choisit d’envoyer paître le ministre et de lever le nez sur 814 millions $.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard L’industrie choisit d’envoyer paître le ministre et de lever le nez sur 814 millions $.

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Ainsi, les chauffeurs de taxi ont rejeté dans une proportion de 75 % la dernière offre du gouvernement. Plusieurs points méritent d’être soulignés.

Selon les chiffres qui ont circulé, ce sont 2000 chauffeurs qui ont participé à la consultation. Or, on ne cesse de nous répéter que 22 000 familles seront cavalièrement jetées à la rue en raison du projet de loi 17 (rappelons que dans les faits, ce sont quelque 6000 propriétaires de permis qui seront directement touchés, puisque les autres chauffeurs louent chèrement un volant à conduire pour générer des revenus).

Participation

On parle d’un taux de participation avoisinant les 9 %. Ouf ! Il me semble que lorsque l’enjeu est si grand, tous, sans exception, devraient vouloir se faire entendre, non ?

Qui plus est, des chauffeurs auraient avoué sur les médias sociaux avoir voté plusieurs fois. Convenons qu’il y a lieu de se questionner sur la valeur de l’exercice et sur les efforts déployés par l’organisation pour véritablement favoriser l’engagement.

On repassera pour la crédibilité de l’exercice.

Conditionnement

Il ne faudrait pas oublier que les bons dirigeants ont finalement décidé de soumettre la nouvelle proposition à l’appréciation des gens qu’ils sont censés représenter quelques jours après avoir carrément démoli l’initiative du ministre.

Rappelons-nous qu’au moment même où François Bonnardel annonçait les 270 millions supplémentaires, l’industrie faisait paraître un communiqué traitant le gouvernement de tueur et de voleur. Rien de moins. On repassera pour la présentation objective des faits.

Fausse prémisse

On parle beaucoup aussi du « rejet de l’offre ». Dans les faits, il ne s’agit pas d’une « offre » à proprement parler. Il n’y a pas de négociation, au sens traditionnel du terme. Ce n’est pas comme si une convention collective était échue, et que la partie patronale offrait de nouvelles conditions. Non. On est en présence d’un gouvernement qui a pris une décision, soit celle de moderniser le commerce du transport de personnes.

Conscient des impacts pour une minorité, l’État a pris ses responsabilités et a décidé d’octroyer de généreuses compensations, et subséquemment de les bonifier, jouant même dangereusement avec le degré de tolérance du payeur de taxes. Car s’il est vrai que d’un côté le gouvernement souhaite apaiser le climat en ouvrant les goussets, de l’autre, il joue avec la patience du contribuable qui trouve qu’il en a déjà fait en masse.

Malgré tout, l’industrie choisit d’envoyer paître le ministre et de lever le nez sur 814 millions $. Pas même un « vous savez, c’est fort louable comme effort, mais nous pensons qu’il y a lieu de se pencher sur certains aspects... » Non, c’est plutôt « maudit tueur, tu vas nous en donner plus, as-tu compris ? » Très constructif...

Alors le temps est venu pour le gouvernement d’agir. Par exemple, il pourrait réduire progressivement le montant qui est sur la table. Enlever, genre, 10 millions $ par jour, tant que l’industrie n’accepte pas ce qui a été proposé. Certains diront que c’est drastique, mais dans les faits, qui a dit que les montants annoncés devaient être tenus pour acquis ? La farce et le manque de considération ont assez duré.