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Eugenie sans «Genie»

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Photo AFP Les commandites et les millions se font rares pour Eugenie Bouchard depuis un an.

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Pauvre Eugenie. Pauvre femme un peu pas mal perdue. Tout s’écroule autour d’elle et même ceux et celles qui n’ont eu de cesse de la protéger au cours de cette monstrueuse descente de cinq ans se font piétiner par la joueuse.

Les polis parleront de manque de jugement et d’honnêteté. Les autres seront justifiés de parler d’énormes conneries.

On le sait, Eugenie Bouchard s’est fait larguer par un quatrième agent en quatre ans. C’était en mars 2018, il y a un an, et la firme qui l’a laissée tomber a juste dit que cette collaboration ne répondait plus à ses normes et qu’on n’approuvait pas ce qui se passait dans son entourage. Depuis, les commandites et les millions se font rares.

C’est la journaliste québécoise Stephanie Myles qui a écrit l’article dans le New York Times. Depuis, notre Genie nationale n’a pas reparlé à Mme Myles et s’acharne à lui compliquer la vie.

« Fake news »

Je vous parlerai plus longuement de Stephanie Myles dans une couple de paragraphes. Mais d’abord, que je vous raconte à quel point la pauvre « Genie » peut manquer de jugeote.

Le 9 avril, Stephanie Myles, rédactrice en chef de Tennis.Life, un magazine internet spécialisé, a écrit quelques lignes. Toute simples. Sans aucune méchanceté : « Genie » Bouchard, qui en arrache, s’est retirée de deux tournois ce mois-ci et va prendre un repos d’une durée indéterminée pour se refaire une santé ».

La réplique de « Genie » Bouchard a été cinglante : « Fake news ». Publié le jour même. Réplique destinée aux deux millions de « fidèles » qui la suivent.

Imaginez la réaction d’une journaliste professionnelle, pigiste, qui paye elle-même ses dépenses pour voyager à travers le monde pour son travail, quand elle se fait démentir de la sorte par une « star » mondiale. Dans ce métier, tout est fondé sur la crédibilité. Et se faire garrocher un « fake news » à la Donald Trump, c’est difficile à encaisser.

Sauf que le 25 avril, la même Genie, qui avait démenti la nouvelle de Mme Myles, écrivait pour ses fidèles : « Hey guys ! Je travaille encore sur la réadaptation de mes abdominaux, merci à mes fans pour leur soutien. J’espère être de retour bientôt. »

Comment peut-on être assez sans génie pour confirmer « soi-même » la nouvelle qu’on a démentie « soi-même » deux semaines plus tôt ? Non, mais faut-y être mêlée...

C’était fait pour que les deux millions de suiveurs sur les réseaux sociaux vomissent sur la journaliste. Pourtant, je vous le dis, Stephanie Myles a été plus que correcte avec Eugenie Bouchard.

Stephanie Myles, Une pro

Depuis des années, elle est la seule Québécoise et Canadienne à couvrir les tournois de l’ATP et de la WTA. Elle sera en Hollande avant Roland-Garros, elle était à Miami, et ça fait des années que ça dure. Elle écrit en anglais pour The Guardian à Londres et The New York Times, sans parler d’autres magazines internationaux, et c’est elle qui pose les questions en français pour RDS après les matchs des Québécois. Une pro.

Elle a travaillé pour le Sporting News à St. Louis et a couvert les Expos pour The Gazette. C’est une amante passionnée du tennis et quand elle a été tannée de faire du pupitre à The Gazette, elle a plongé comme pigiste dans la grande aventure du tennis.

C’est une bible du tennis et quand j’arrive dans un tournoi, par exemple il y a quatre ans à Paris ou il y a deux ans à New York, c’est la première collègue que je vais rencontrer. Pour me faire mettre au parfum des vraies histoires.

À Roland-Garros, après trois ou quatre jours et une série d’entrevues, le portrait qu’on me faisait de « Genie » Bouchard se résumait en quelques mots. Une petite baveuse. Stephanie Myles avait tenté de m’expliquer le pourquoi et le comment de son comportement. Elle la protégeait. Même à New York, elle trouvait encore le moyen de l’excuser.

Et c’est quand même sur elle que « Genie » déverse tout le fiel de ses frustrations ? Ça va pas en l’air ?

Un monde qui s’écroule

C’est malheureusement à la fois complexe et simple à expliquer. Complexe parce qu’il faudrait entrer dans la vie privée d’Eugenie et de sa mère Julie Leclair, et simple parce que les résultats sur le court éclairent la panique de la jeune femme.

À Newport Beach, le 25 janvier, Eugenie a affronté Bianca Andreescu pour la première fois de sa carrière. Elle s’est fait torcher 6-2 et 6-0 en 53 minutes.

Elle a cruellement réalisé que même sa place de première Canadienne du tennis était compromise. Que Bianca, plus jeune, plus forte et plus vaillante, allait la bousculer du revers de la main si les blessures ne la ralentissaient pas.

Le 25 mars, la dernière fois où elle a pris une raquette de tennis, Bouchard s’est fait lessiver par une jeune Japonaise, 125e au monde. C’est un monde qui s’écroule.

Eugenie Bouchard a 25 ans. Elle a connu des succès rapides avec un style qui exige une confiance absolue en ses moyens. Prendre la balle dans le rebond comme savait le faire Andre Agassi et accélérer ainsi les échanges. Elle doit jouer ainsi parce qu’elle n’a ni la puissance ni le service pour jouer autrement.

Sauf que des jeunes joueuses débarquent chaque année. Elles ne sont pas intimidées. Elles travaillent plus, elles sont bien encadrées et savent s’accrocher. « Genie » en finale à Wimbledon, c’était il y a cinq ans. Pour une fille de 19 ans, c’était il y a un siècle.

C’est malheureusement vrai aussi pour Eugenie Bouchard.