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Kanata, avant le scandale

Kanata
Photo courtoisie, Filmoption International Le film nous emmène dans les coulisses de la création du spectacle controversé Kanata

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« Mon film ne fera pas l’unanimité », lance d’entrée de jeu la réalisatrice Hélène Choquette au sujet de son nouveau documentaire, Lepage au Soleil : à l’origine de Kanata. Tourné sur près de deux ans, ce long métrage nous emmène dans les coulisses de la création du spectacle Kanata de Robert Lepage et du Théâtre du Soleil, plusieurs mois avant que l’œuvre ne fasse l’objet d’une controverse.

Hélène Choquette avait déjà terminé un premier montage de son film quand la polémique entourant le spectacle Kanata de Robert Lepage a éclaté l’été dernier. Dans une tempête médiatique qui avait été provoquée par l’annulation de SLAV (un autre spectacle de Lepage), le réputé metteur en scène québécois avait été accusé d’appropriation culturelle, parce qu’il avait choisi de raconter la rencontre (imaginaire) entre des Européens et des membres des Premières Nations du Canada sans avoir recours à des comédiens autochtones.

Cette polémique a évidemment pris Hélène Choquette de court :

« Quand le scandale a éclaté, on a regroupé [...] des gens issus du milieu du théâtre, de la diversité culturelle, des autochtones, des compères documentaristes, et on a regardé ensemble le premier assemblage du film », explique la réalisatrice en entrevue au Journal.

« On leur a ensuite demandé ce qu’ils en retenaient et ce qui manquait au film selon eux. On voulait surtout savoir si le documentaire restait pertinent. Et à mon grand bonheur, la réaction a été très forte et positive. Évidemment, il y a des points sur lesquels les gens voulaient avoir des réponses. Mais je savais que ces réponses, je les avais dans mon matériel de tournage et que je pouvais aller les intégrer au film. On a retravaillé le montage en fonction de cela. »

Après avoir longuement réfléchi à la question, Hélène Choquette a donc décidé de ne pas filmer la polémique entourant la pièce ni les représentations qui ont eu lieu à la Cartoucherie, à Paris, en décembre dernier.

« Je sais que je vais me faire critiquer pour cela, mais j’ai fait ce choix parce que j’avais envie de garder toute l’authenticité de cette expérience-là, indique-t-elle. J’avais fait 48 jours de tournage, avec trois grandes entrevues avec Robert [Lepage]. On avait déjà parlé de tous les thèmes qui ont été abordés pendant la polémique. Enfin, je n’ai pas senti le besoin de filmer ce qu’ils allaient faire à la Cartoucherie en décembre dernier, parce que ce n’était pas la pièce que Robert avait en tête pendant les trois années de création. »

« C’est sûr que mon film aura ses sympathisants et ses détracteurs. Mais je crois qu’il pourrait servir d’outil intéressant pour voir ce qui a été bien fait dans ce processus de création et ce qui pourrait être mieux fait à l’avenir. »

« Un film juste »

La réalisatrice Hélène Choquette en compagnie de Robert Lepage. 
Photo courtoisie, Filmoption International
La réalisatrice Hélène Choquette en compagnie de Robert Lepage. 

Le tournage du film Lepage au Soleil : à l’origine de Kanata a eu lieu d’août 2016 à février 2018. Hélène Choquette a eu un accès privilégié aux artistes de la mythique troupe française du Théâtre du Soleil pendant la création de Kanata. Elle a aussi pu rencontrer Robert Lepage à quelques reprises et l’accompagner dans l’Ouest canadien, où il est allé à la rencontre de diverses communautés autochtones.

Selon la réalisatrice, Robert Lepage n’avait aucun droit de regard sur le film. Il a vu le film en privé il y a quelques mois :

« On a d’abord montré le film à Robert tout seul, un après-midi au Cinéma du Parc. Puis, en janvier dernier, on est allés en France pour montrer le film à la troupe de théâtre. C’était important pour nous, parce qu’ils ont été très ouverts et très généreux pendant le tournage. »

« Tout le monde le sait, et Robert ne s’en est pas caché : cette controverse a été très difficile pour lui. Surtout qu’avec l’histoire de SLAV, il y en a eu deux, une à la suite de l’autre. Ce que je peux vous dire, c’est que Robert nous a dit qu’il avait trouvé le film juste. À partir du moment où il nous a dit cela, j’ai eu l’impression que j’avais rempli mon mandat de documentariste. »


►Le film Lepage au Soleil : à l’origine de Kanata a pris l’affiche hier.