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Moscou avance, Washington recule

RUSSIA-NKOREA-DIPLOMACY
Photo AFP Vladimir Poutine

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Dans le merveilleux monde de la diplomatie de Donald Trump, les revers sont présentés comme de grands succès. Rien d’étonnant quand on sait que son administration n’hésite pas à parler de « vérités alternatives ».

Rien d’étonnant non plus quand on connaît la propension de Trump à s’attribuer les plus grands mérites dans tous les domaines, toutes catégories confondues. La rencontre d’hier entre Vladimir Poutine et Kim Jong-un n’a rien de rassurant pour les États-Unis. Plutôt que de saisir le problème à bras-le-corps, Trump adopte sur la Corée du Nord comme dans bien d’autres dossiers sa nouvelle tactique favorite : reculer le plus possible l’échéance des négociations pour passer le cap des élections de 2020, en espérant que d’ici là les électeurs ne se rendront pas trop compte de son échec.

1• Quelles sont les nouvelles positions que Trump devrait critiquer ?

Il est incroyable que Kim Jong-un refuse désormais de négocier avec le secrétaire d’État américain et que le président des États-Unis n’y trouve rien à redire. Ou encore que Poutine déclare que le retour à une approche multilatérale est probable, étant donné la paralysie de négociations avec les États-Unis, et que Trump se félicite des propos du président russe. Enfin quelqu’un a-t-il signalé à Trump que Kim vient d’accuser les États-Unis de négocier de manière déloyale ?

2• Que veulent les Russes ?

Le président russe montre que le problème de la Corée du Nord ne pourrait pas être résolu sans son aide. C’est une nouvelle façon de signaler que la Russie est en train de retrouver une partie de son influence d’autrefois. Officiellement, Poutine appuie toujours les demandes internationales de dénucléarisation de la Corée du Nord. En théorie, le rapprochement entre Moscou et Pyongyang constitue un argument supplémentaire pour convaincre la Corée du Nord de renoncer à son armement nucléaire. En effet, la Russie pourrait faire contrepoids à l’influence grandissante de la Chine en Corée du Nord. Mais dans les faits, il demeure douteux que les Nord-Coréens renoncent à leur armement atomique, et les Russes le savent. Ils recherchent des avantages géostratégiques et commerciaux.

3• Que cherchent les Nord-Coréens ?

Le rapprochement entre la Moscou et Pyongyang rappelle le vieil équilibre qui existait pendant la Guerre froide. À cette époque, la Corée du Nord jouait la Russie contre la Chine. Durant ces années, les dirigeants nord-coréens sont assez bien parvenus à obtenir de l’un ce que l’autre lui refusait. Grâce à ce rapprochement, Kim Jong-un bénéficie d’une nouvelle option de marchandage si jamais les négociations se gâtent avec les États-Unis. Il faut aussi rappeler que Pékin a promis son soutien militaire à la Corée du Nord si elle se faisait attaquer la première. Le sujet a probablement été abordé avec Poutine.

4• Que risquent les États-Unis ?

Les États-Unis sont en train de montrer qu’ils ne constituent plus une superpuissance. Ils peuvent de moins en moins régler seuls les problèmes internationaux importants, y compris ceux qui impliquent de petites puissances comme la Corée du Nord.

5• Que risque la Corée du Sud ?

La Corée du Sud a déjà beaucoup perdu. La réduction des exercices militaires entre son armée et l’armée américaine affaiblit son alliance avec les États-Unis. Les négociations nucléaires se font aussi dans la perspective plus lointaine d’une éventuelle réunification des deux Corées. Or, plus les États-Unis seront faibles, meilleures seront les conditions de réunification pour la Corée du Nord.