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Qui sont les Patriotes?

Portraits de patriotes 1837-1838
Photo courtoisie Portraits de patriotes 1837-1838
Jonathan Lemire
VLB éditeur

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Les patriotes de 1837-1838 sont incontournables dans notre histoire nationale. Aujourd’hui, les autorités les appelleraient « terroristes », car ils ont osé prendre les armes contre le conquérant britannique. Pour d’autres, comme moi, ce sont des révolutionnaires, des héros dont il faut honorer la mémoire à jamais.

Il est vrai qu’on en sait peu sur les patriotes de 1837-1838. L’historien Jonathan Lemire a eu la bonne idée de rééditer ces portraits d’une centaine de patriotes, dessinés par le notaire Jean-Joseph Girouard, lui-même arrêté et incarcéré à quelques reprises pendant les insurrections. C’est justement pendant sa première incarcération dans la prison du Pied-du-courant, du 26 décembre 1837 au 16 juillet 1838, qu’il réalisera la majorité des portraits au crayon et au fusain des prisonniers politiques incarcérés avec lui et qui allaient être condamnés à l’exil. Cette activité artistique, comme il le souligne lui-même dans une lettre à son épouse, lui permet de mieux supporter la prison et ne lui laisse « guère le temps de faire de la bête noire ».

Jonathan Lemire raconte également la petite histoire de ces documents iconographiques, qui « donnent une excellente idée des costumes et des coiffures de l’époque » et qui ont traversé de multiples embûches, passant de succession en succession, de collectionneur en collectionneur, d’une famille à une autre, jusqu’à aboutir finalement et majoritairement à la Bibliothèque et Archives du Canada. Malheureusement, plusieurs portraits ont été perdus, dont celui de Ludger Duvernay, ainsi que de Joseph-Narcisse Cardinal et François-Stanislas Nicolet, qui seront tous deux pendus en 1939.

Ces portraits, comme on pourra le constater, sont des plus simples et dépourvus de tout artifice. On dira qu’ils sont d’une réalité désarmante. Leur intérêt n’est pas dans l’esthétisme, mais plutôt dans leur « valeur archivistique ». La majorité des dessins sont signés de la main du portraituré, avec date et lieu d’incarcération, ce qui ajoute à la valeur de ce trésor national. Plus de quatre-vingt-dix dessins représentent les patriotes de profil et trois seulement sont dessinés de face, dont Wolfred Nelson.

L’historien nous indique également le lieu d’origine de ces patriotes, ainsi que la date de leur incarcération, et recense leurs professions et métiers. Le quart des portraiturés provient de la profession marchande, dix-sept sont médecins, onze sont cultivateurs, dix avocats, neuf députés et tout autant notaires. On trouve aussi deux maçons et deux journalistes, un arpenteur menuisier, un prêtre et un seigneur, Pierre-Amable Boucher de Boucherville.

Cette centaine de portraits de patriotes ne serait qu’accessoire, si on peut dire, si elle n’était accompagnée de notices biographiques détaillées. Bien sûr, le dessin au crayon peut permettre de découvrir l’âme derrière les révolutionnaires de 1837-1838, mais il est tout aussi important de savoir qui sont ceux qui ont pris les armes et mis leur vie au service de la démocratie, d’où ils viennent, quels étaient leur statut social et leurs activités dans l’organisation politique de l’époque, et quand et comment ils sont morts.

Prisonnier politique

J’ai ainsi appris que le patriote François Jalbert, qui a une soixante d’années au moment des insurrections, a eu « 25 enfants, dont 19 étaient des garçons ». Arrêté et accusé de la mort d’un militaire, le lieutenant George Weir, il refuse de répondre aux questions du tribunal. Il ira même jusqu’à refuser de signer tout document judiciaire, tout en affirmant fièrement savoir écrire. Ses avocats plaident que leur client a commis « des actes de guerre et non des actes criminels » et qu’il doit par conséquent être traité comme un prisonnier politique. Le procès se conclura par un non-lieu.

Ce qui étonne, à la lecture des notices biographiques, c’est la structure militaire des patriotes. On y retrouve la hiérarchie propre à toute organisation militaire, avec bataillon, compagnie, milice d’élite, Fils de la Liberté, et la panoplie des grades militaires. Il ne faut pas perdre de vue que la majorité de ces patriotes ont fait le coup de feu, sentant les balles siffler autour d’eux, dans la vallée du Richelieu comme à Saint-Denis et Saint-Charles, ou un peu plus au nord, à Saint-Eustache.