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Ras-le-bol des illuminés

Ras-le-bol des illuminés
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

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L'indifférence est une voie bien plus reposante que celle de l'indignation. Un simple haussement d'épaules nécessite peu d'énergie. Il protège aussi notre cerveau contre les attaques incessantes des illuminés.  

Mais bon, malgré la fatigue, je suis incapable de rester impassible lorsqu'on parle d'éducation.      

Depuis mercredi, je suis de mauvaise humeur.      

Le déclencheur?  

« La Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ) paiera une bonne partie des 285 000 $ qu’il en coutera pour illuminer le Collège de Champigny, une école secondaire privée située sur la route de l’Aéroport, à Québec. »      

Pardon ? 285 000 $ pour illuminer une école ?       

Je lis sûrement le Journal de Mourréal sans le savoir. Fake news ?  

Je respire calmement. Je reprends la lecture de l’article.      

Ben non ! C’est une vraie nouvelle.      

J’ai le feu au Luc (voir le 3e évangile).      

Un délire  

Bof ! Si des gens nantis ont un portefeuille inversement proportionnel à leur imagination, qui suis-je pour juger ? Ils ont le droit d'encourager le vice plutôt que la vertu.       

Je relis le paragraphe. J’ai soudain une question.       

Pour le contribuable que je suis, qu'est-ce que ça veut dire payer une partie?      

Suite de l'article : « La ministre responsable de la Capitale-Nationale, Geneviève Guilbault, a annoncé mercredi une contribution au projet de 100 000 $ puisée à même le fonds de mise en valeur de la CCNQ. »      

Pardon ? 100 000 $ de fonds publics pour éclairer une école.       

Si au moins l’objectif était de les brancher sur l'Hydro parce qu'ils fonctionnent encore à la chandelle et au poêle à bois.      

S’il s’agissait d’un monument historique.      

S’il s’agissait uniquement d’un délire philanthropique ou de la folie dépensière d’un hurluberlu.      

Ben non !      

Est-ce que Mme Guilbault a un mot à dire ?       

« Je suis fière que notre gouvernement contribue à ce projet phare »       

Soupir.      

Pour votre information, un projet phare indique que quelque chose sert de modèle.      

On parle ici d’un modèle de quoi ?      

À l'aide  

Ça doit être mon côté rationnel de prof de math-sciences : j'ai besoin de comprendre.      

Est-ce que quelqu'un, au gouvernement, pourrait m'éclairer svp ? Je cherche un phare dans toute cette obscurité.      

1) À l’aide, Benoit Charette, ministre de l'Environnement :       

L'économie d'énergie, c'est un concept du 21e siècle que vous connaissez ? Ce projet va à l'encontre des suggestions faites par Hydro-Québec (Quand éclairer – Des bonnes habitudes à adopter).       

Vous savez ce qu'est la pollution lumineuse ? Il y a une page web pour les jeunes -œuvre utile de votre propre ministère- intitulée La pollution lumineuse ? Éclaire ta lanterne ! 

Bref, l'illumination d'une école me semble un projet paradoxal selon une perspective environnementale.       

Des commentaires M. Charette ?      

2) À l’aide, Jean-François Roberge, ministre de l'Éducation :       

Subventionner grassement l'école privée est déjà suffisant. Pourquoi faut-il abuser à ce point ? La pseudo-théorie du libre choix (votre préférée) n’explique pas cette dépense inutile.       

Il y a trop d'argent disponible dans les coffres de l’État ? On pourrait financer davantage les sorties culturelles. En passant, le 50e anniversaire de mon école arrive à grands pas. Est-ce qu’on pourrait recevoir 100 000 $ pour illuminer nos élèves ?       

Des commentaires M. Roberge ?      

3) À l’aide, Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration, de la diversité et de l'Inclusion :       

Je vous cite : « La laïcité de l'État, il n'y a pas d'accommodement pour ça. »       

Ah ? J'ignore encore pourquoi les écoles presque publiques peuvent faire ce qu’elles veulent dans ce dossier et voilà (déjà !) qu'on subventionne l’illumination d’une école affirmant que « tous (s)es programmes s’inscrivent dans le caractère confessionnel de l’établissement, fier héritier de ses fondateurs, les Frères du Sacré-Cœur. » 

Une école qui veut que « la vie spirituelle de l’élève soit riche et harmonieuse, qu’elle soit un moteur d’accomplissement. »       

Spiritualité ou religion : telle est la question. Serait-ce une école financée par les Premières Nations ? Il semble que non... Parmi les missions de l’institution, on retrouve « les valeurs humaines et chrétiennes. »      

De mémoire, le retrait du crucifix du Salon bleu fut toute une histoire. Je suis fort heureux de constater que l’illumination d’un clocher et d’une belle croix nous ferons oublier ce péché.      

Des commentaires M. Jolin-Barrette ?      

P.-S. Comme je suis un homme économe et spirituel, je profite de l’occasion afin de vous demander 75 000 $ dans le but d’installer un sapin de Noël (style New-York) sur le terrain de mon école l’hiver prochain. Je prépare une surprise pour notre 50e anniversaire. Petit détail : puis-je placer une étoile à la cime de l’arbre et une superbe crèche sous celui-ci ? C’est qu’il s’agit d’un projet phare pour la Capitale-Nationale.      

Je suis patient messieurs. J’attendrai toutes les réponses à mes questions.      

En attendant, seul mon ami Albert a risqué une explication à la brillante idée d’illuminer une école :      

« Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »