/news/society
Navigation

Des services d’urgence en péril

Bell cesse son service de téléavertissement dans une centaine de municipalités sans réseau cellulaire

régis des incendies
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin

Coup d'oeil sur cet article

AMHERST | Une centaine de municipalités craignent de perdre leur système de communication d’urgence à un moment où le Québec est aux prises avec des inondations catastrophiques.  

Bell Canada mettra fin à son service de téléavertisseurs — plus connu sous le nom de pagette — à travers le Québec le 30 juin. La compagnie de téléphonie mise sur les applications pour téléphone intelligent parce que «l’utilisation du téléavertissement est en baisse» et n’est donc plus rentable.  

Le téléavertisseur envoie des messages numériques avec une bien plus grande portée que les téléphones cellulaires.  

Or, des pompiers ou des professionnels de la santé de centaines de petites municipalités utilisent ce service de messagerie qui date des années 1960 parce qu’elles ne sont pas desservies par un réseau cellulaire.  

«Les services d’incendie et d’urgences fonctionnent tous avec des pagettes et des téléphones cellulaires dans la MRC de Témiscamingue. Ça va être un gros problème ici si Bell ne change pas d’idée», explique Claire Bolduc, préfète de la MRC de Témiscamingue.  

C’est le cas à Amherst, où des bénévoles venus prêter main-forte aux victimes des inondations ne peuvent utiliser leur portable en raison de la mauvaise couverture cellulaire et du relief montagneux (voir texte ci-bas).  

Intervention demandée  

La Fédération québécoise des municipalités (FQM), dont la plupart des membres seront touchés par cette mesure, implore Ottawa de convaincre ou de forcer Bell Canada à retarder l’interruption de ce service pour donner le temps aux municipalités de s’organiser.  

«On demande au ministre [de la Sécurité publique Ralph] Goodale d’intervenir. Il pourrait y avoir des morts. C’est possible... C’est très préoccupant. Cela met la population en danger dans certains secteurs», avance Jacques Demers, président de la FQM et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley en Estrie.  

Pauline Raymond, qui habite le secteur de Vendée, à Amherst, dans les Laurentides, affirme qu’elle ne s’y sentira plus en sécurité puisqu’il n’y a pas de réseau cellulaire dans son secteur.  

«Je vais être obligée de vendre et d’aller rester ailleurs», dit la femme de 73 ans qui y habite à temps plein avec son conjoint depuis une vingtaine d’années.  

Le maire d’Amherst, dont le nombre d’habitants double l’été à cause du tourisme, est très inquiet pour ses citoyens.  

«C’est de la sécurité des citoyens et des touristes dont il s’agit. Même un blessé dont l’état empire à cause des délais, c’est encore trop. On doit avoir l’aide des gouvernements», s’insurge Jean-Guy Galipeau.  

Il affirme que la municipalité ne peut pas vraiment construire sa tour cellulaire en raison du coût élevé.  

«On nous demande 600 000 $, et on ne l’a pas encore exploité à ce prix», affirme celui qui gère un budget de 3,5 millions $.  

«Il y a d’autres solutions, mais ça va être difficile à mettre en place et elles ne sont pas gratuites. Ça peut coûter entre 50 000 $ et 100 000 $, voire plus», ajoute Daniel Cantin, de l’Association des chefs en sécurité incendie de Sainte-Catherine-de-Hatley.  

Les municipalités peuvent installer leurs propres antennes cellulaires ou opter pour des antennes radio conventionnelles. Il est aussi possible d’y réintroduire la technologie des téléavertisseurs actuels en réseau privé.  

Trop court délai  

Mais il rappelle que les autorités doivent trouver des fonds, faire analyser le relief du terrain, aller en soumission et faire installer les équipements.  

«On a besoin de temps. C’est trop court comme délais», dit-il.  

Dans un courriel, Bell affirme «prendre des dispositions avec des petits fournisseurs de services de messagerie pour les clients qui souhaitent continuer à utiliser ces services».  

La compagnie ajoute qu’elle « travaille à leur proposer des solutions de rechange, comme la messagerie mobile ».  

RÉGIONS TOUCHÉES  

  •  Abitibi-Témiscamingue   
  •  Bas-St-Laurent   
  •  Beauce   
  •  Côte-Nord   
  •  Estrie   
  •  Gaspésie   
  •  Hautes-Laurentides   
  •  Laurentides   
  •  Mauricie   
  •  Montérégie   
  •  Saguenay-Lac-St-Jean 

Le manque de communication leur fait perdre un temps fou  

Les inondations des derniers jours dans la municipalité d’Amherst, dans les Laurentides, qui n’est pas desservie par une tour cellulaire, démontrent que la fin du service de téléavertisseur de Bell Canada cause de nombreux maux de tête aux autorités.  

«Le pont menaçait de partir avec le courant et personne ne pouvait me joindre», dénonce Stéphane Monette, un bénévole qui vient en aide à la population inondée ou isolée à Amherst.  

État d’urgence  

Il y a 200 maisons inondées et 40 maisons isolées sur le territoire de la municipalité d’Amherst en raison du débordement de la rivière Maskinongé.  

Le maire Jean-Guy Galipeau a décrété l’état d’urgence et a organisé les secours pour venir en aide aux gens. Mais les cellulaires et les radios conventionnelles fonctionnent par intermittence, quand ils fonctionnent, ce qui cause de nombreux problèmes, notamment en raison du relief montagneux de la région.  

Stéphane Monette fait des patrouilles depuis le début des inondations. Comme il a un véhicule tout terrain de type Argo, il va secourir les gens. Mais il n’a qu’un cellulaire.  

Jeudi matin, alors que l’eau menaçait le pont Ouimet d’être emporté par le courant et donc d’isoler une trentaine de personnes dans la municipalité, il a roulé 70 km pour rien, alors que la direction du poste de commandement essayait de le joindre en vain.  

Anormal en 2019  

«Je n’ai pas pu aller évacuer une trentaine de personnes, ce n’est pas normal en 2019», dit-il.  

«C’est déjà le bordel avec les inondations qui nous ont forcés à nous mettre en état d’urgence, je n’ose pas imaginer ce que ce sera après le 30 juin. Ça va être catastrophique, ça, on en est certain», affirme le maire d’Amherst.  

«J’ai un “booster” pour mon téléphone cellulaire, et dans certains endroits la réception est nulle ou épouvantable. En cas d’urgence, je dois me déplacer pour chercher le signal ou retourner au centre de commandement pour donner ou prendre les informations», explique Stéphane Monette.  

«La vraie solution, c’est d’avoir une tour cellulaire. Ça va régler ben des problèmes», a conclu le maire Galipeau.