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L’Iran, en attendant que ça passe

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Les États-Unis veulent mettre l’Iran à genoux. Finis les contacts diplomatiques et les échanges commerciaux, les Américains ordonnent maintenant au reste du monde de ne plus acheter de pétrole iranien. Les tambours de la confrontation n’ont pas résonné aussi fort depuis 2002, la veille de l’invasion de l’Irak.

Nous avons passé la semaine à absorber l’horreur des attentats contre les chrétiens au Sri Lanka le jour de Pâques. À l’autre bout du monde, les Nord-Coréens, encore une fois, faisaient monter la tension, en testant une nouvelle « arme tactique guidée », tout en accusant la Maison-Blanche d’avoir fait preuve de mauvaise foi lors du sommet de février à Hanoï, au Vietnam. Rien de rassurant.

Pourtant, c’est contre Téhéran que Washington s’est acharné cette semaine. Il faut dire que c’est une obsession que nourrissent depuis des années Mike Pompeo, le secrétaire d’État, et John Bolton, le conseiller du président en matière de sécurité nationale.

Et comme Donald Trump a décidé de donner le Bon Dieu sans confession aux Saoudiens, ennemis jurés des Iraniens, c’est comme si tout se justifiait pour nuire au régime des Ayatollahs. Dernière décision en date : les huit pays qui bénéficiaient d’une dérogation exceptionnelle pour contourner l’embargo américain et acheter du pétrole iranien vont devoir rentrer dans le rang.

PAS FACILE DE RÉSISTER À L’ONCLE SAM

Des Italiens aux Sud-Coréens, tous ont espéré se négocier un prolongement de leur exemption, certains, comme les Turcs, criant haut et fort que la décision américaine était injustifiée et illégale. La peur toutefois des sanctions américaines a suffi à faire plier les derniers récalcitrants, Ankara réduisant aussi à zéro ses importations pétrolières iraniennes.

Seuls les Chinois semblent décider à résister, mais la taille de leur économie et la volonté de Donald Trump de conclure une colossale entente commerciale avec Xi Jinping leur offrent cette liberté. Cela dit, l’agressivité de Washington à l’égard de Téhéran ne se limite pas au pétrole.

Plus tôt en avril, le Corps des gardiens de la Révolution islamique a été désigné organisation terroriste par l’administration Trump, la première fois de l’Histoire qu’une branche d’une armée étrangère est associée aussi directement au terrorisme. Quiconque fera affaire avec le CGRI – dont l’influence dans l’économie iranienne est prépondérante – pourra être accusé de promouvoir le terrorisme et devenir une cible de sanctions américaines.

SE SERRER TOUJOURS PLUS LA CEINTURE

L’Iran, on ne le répétera jamais assez, n’est pas un enfant de chœur. Les Iraniens ont les mains couvertes de sang de Syriens, tués par leur allié, Bachar al-Assad. Le défi posé aux Saoudiens en armant les Houthis au Yémen a fait des milliers de morts et provoqué une épouvantable crise humanitaire. Enfin, le soutien apporté au Hezbollah libanais contribue à l’instabilité régionale.

Washington affirme ne pas chercher, avec ses sanctions, un changement de régime à Téhéran, mais un changement de comportement. Pour l’instant, c’est plutôt la population qui subit les conséquences les plus lourdes : la taille de l’économie recule, l’inflation a atteint 40 % à la fin de 2018, pendant que le rial, la monnaie nationale, perdait 60 % de sa valeur face au dollar américain.

La détermination des autorités iraniennes reste, malgré tout, intacte et leurs réactions, modérées. Leur patience, on le sent, a un objectif : novembre 2020. Comme tant d’autres – ailleurs dans le monde et aux États-Unis – ils comptent sur une défaite électorale de Donald Trump à la prochaine élection présidentielle pour voir les tensions s’atténuer. Autrement, la situation risque d’empirer, en Iran comme ailleurs au Moyen-Orient. Comme si c’était possible.

IRAN, PUISSANCE RÉGIONALE

  • 82 millions d’habitants, 18e au monde
  • 89 % musulmans chiites, 10 % musulmans sunnites
  • Plus d’un million de réfugiés, surtout d’Afghanistan et d’Irak
  • Plus de 5 millions d’expatriés à la suite de la Révolution islamique de 1979
  • Superficie : 1 628 550 km², comparable au Québec (1 542 056 km²)
  • Budget militaire 16 milliards $ US (2017)

En comparaison...

Israël = 18,5 milliards $ US

(+ 3,5 milliards $ d’aide militaire américaine)

Arabie saoudite = 76,7 milliards $ US

États-Unis = 639 milliards $ US (718 milliards $ en 2020)