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Carey Price: les conséquences

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Sergei Bobrovsky s’approche de plus en plus de son objectif. Évidemment, il aimerait terminer son séjour à Columbus en remportant la coupe Stanley, mais il se prépare avant tout au marché des joueurs autonomes alors qu’il sera le gardien le plus convoité.  

Si Carey Price gagne 10,5 M$ par saison, pourquoi pas moi, se dit-il. Il faudra confirmer que ma valeur est égale à celle de Price, mes actions étant pratiquement les mêmes que le gardien du Canadien. Surtout depuis le début des séries éliminatoires.  

Et Bobrovsky pourrait ajouter qu’il compétitionne toujours alors que Price est en vacances. Il pourrait ajouter qu’il a «volé» le deuxième match de la série contre les Bruins, permettant ainsi à son équipe de prendre l’avantage de la patinoire dans une série trois de cinq.  

Il n’y a pas de doute. Le gardien russe va trouver preneur. Le contraire serait très étonnant.  

Obtiendra-t-il son prix ?  

Voilà la question.  

Dans le hockey d’aujourd’hui, alors que la parité change totalement la donne et oblige les décideurs à revoir constamment leur plan d’attaque, un investissement aussi important risque d’avoir des conséquences sur les années à venir.  

Lou Lamoriello disait récemment, lorsqu’invité à discuter des étonnants succès des Islanders de New York : «Quand on regarde trop en avant, il y a de fortes chances que tu vas demeurer derrière le peloton.»  

Intéressant. La philosophie de Lamoriello est avant tout basée sur le quotidien, sur le présent. L’avenir, tu peux t’y attarder mais dans une certaine mesure. Les nouvelles règles du jeu, le plafond salarial, le repêchage des joueurs amateurs plongent les organisations dans un monde où la moindre erreur risque d’avoir de lourdes conséquences.  

La plupart des huit équipes impliquées dans la course pour le championnat ont toutes pris des décisions en fonction du présent. L’avenir, on s’en occupera quand il se traduira par le présent.  

L’exemple de la NFL  

Avec la flambée des salaires, va-t-on éventuellement plagier ce qui se fait dans la NFL par exemple? Le football américain a adopté depuis longtemps le plafond salarial mais il fournit aux décideurs l’opportunité de modifier les contrats après un an d’activité. Pourquoi? Parce que la perfection n’existe pas, par conséquent, on veut donner aux propriétaires la possibilité de corriger des erreurs au niveau de l’évaluation des joueurs. Au hockey, ça n’existe pas. Tu paies un joueur et il en sera ainsi jusqu’à la fin de l’entente... à moins que tu rachètes son contrat à gros prix, aux deux tiers de la somme.  

Est-ce à dire que les équipes vont chercher à faire des ententes avec les patineurs, de façon à mieux gérer le plafond salarial? Pourrait-on demander à Bobrovski, de prendre moins d’argent afin que l’équipe puisse embaucher d’autres joueurs de haut niveau, et qu’on trouvera éventuellement une compensation par le biais de commandites, etc.?  

Saviez-vous que Tom Brady, le meilleur quart de l’histoire du football occupe le 17e rang chez les plus hauts salariés pratiquant cette profession. Vraiment, le 17e rang.    

  1.  Russell Wilson Seattle 35 M$  
  2.  Ben Roethlisberger Pittsburgh 34 M$  
  3.  Aaron Rodgers Green Bay 33,5 M$  
  4.  Matt Ryan Atlanta 30 M$  
  5.  Kirk Cousins Minnesota 28 M$  
  6.  Jimmy Garoppolo S. Francisco 27,5 M$  
  7.  Matt Stafford Detroit 27 M$  
  8.  Derek Carr Oakland 25 M$  
  9.  Drew Brees Nouvelle-Orléans 25 M$  
  10.  Andrew Luck Indianapolis 24,5 M$  
  11.  Alex Smith Washington 23,5 M$  
  12.  Joe Flacco Baltimore 22,2 M$  
  13.  Nick Foles Caroline 22 M$  
  14.  Eli Manning NY Giants 21 M$  
  15.  Philip Rivers LA Chargers 20,8 M$  
  16.  Cam Newton Jacksonville 20,8 M$  
  17.  Tom Brady N-Angleterre 20,5 M$    

À chaque saison, ou presque, les Patriots revoient les modalités du contrat de Brady et entament des négociations afin de récupérer quelques millions de dollars pour l’embauche de nouveaux joueurs. Brady accepte à chaque fois, mais on peut être assuré qu’à la fin de sa carrière, les Patriots ne l’oublieront pas dans l’échelle salariale des administrateurs.  

Marge de manœuvre  

Chez le Canadien, Marc Bergevin bénéficie d’une marge de manœuvre intéressante. Plus de huit millions de dollars et le plafond salarial devrait augmenter de quelque trois millions de dollars. Peut-il se payer à gros prix un joueur autonome sans compensation? Assurément. La liste des joueurs autonomes sans restriction toujours impliqués dans les séries éliminatoires est en partie la suivante :  

 Joueurs autonomes sans compensation   

  •  Jason Spezza 36 ans 7, 5 M$  
  •  Sergei Bobrovsky 30 ans 7, 4 M$  
  •  Erik Karlsson 29 ans 6,5 M$  
  •  Jordan Eberle 29 ans 6 M$  
  •  Matt Duchene 28 ans 6 M$  
  •  Joe Pavelski 34 ans 6 M$  
  •  Artemi Panarin 27 ans 6 M$  
  •  Joe Thornton 39 ans 5 M$  
  •  Gustav Nyquist 29 ans 4,8 M$  
  •  Marcus Johansson 28 ans 4,6 M$  
  •  Mats Zuccarello 31 ans 4,5 M$  
  •  Justin Williams 37 ans 4,5 M$  
  •  Brock Nelson 27 ans 4,2 M$    

Si jamais il se lance dans la surenchère qu’occasionne le marché, il devra par la suite se montrer très habile sur la façon de composer avec le plafond salarial. En aura-t-il vraiment le choix ? C’est à ce moment-là qu’un contrat comme celui de Price pèse très lourd dans les opérations de l’équipe. Et, de plus en plus, on s’interrogera sur la perspective de verser un salaire aussi imposant à un gardien alors que certaines équipes se fient présentement à des gardiens touchant un salaire annuel de 1,5 M$.  

C’est un pensez-y-bien.  

Il y a aussi un autre élément qu’on ne peut écarter bien que les directeurs généraux respectent l’omerta dans le dossier des joueurs autonomes avec restriction.  

Joueurs pouvant recevoir une offre hostile   

  •  Mitchell Marner Toronto  
  •  Brayden Point Tampa Bay  
  •  Mikko Rantanen Colorado  
  •  Sebastian Aho Caroline  
  •  Matthew Tkachuk Calgary  
  •  Timo Meier San Jose  
  •  Patrik Laine Winnipeg  
  •  William Karlsson Vegas  
  •  Zach Werenski Columbus  
  •  Jacob Trouba Winnipeg  
  •  Charlie McAvoy Boston    

Seriez-vous tenté de faire une offre hostile à Mitch Marner? Ou encore à Brayden Point? Ou à Sebastian Aho?  

L’équipe a toujours le dernier refus à savoir si elle égale l’offre ou encore si elle préfère les conditions attachées au règlement.  

Croyez-vous que Kyle Dubas, des Maple Leafs de Toronto, aurait des décisions à prendre si jamais une équipe déposait une offre sur le bureau de Marner? Il devrait alors égaler l’offre, verser un salaire similaire à celui de Austin Matthews et pour équilibrer la masse salariale, il aurait à échanger quelques joueurs.  

Mais, parfois, la compétition devrait être aussi intense dans les bureaux administratifs que sur la surface de jeu.