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Les inondations et la nécessaire centralisation

GEN - INONDATIONS SAINTE-MARTHE-SUR-LE-LAC  2019
Photo Martin Alarie

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L’eau. Au Québec et au Canada, nous nous en soucions assez peu, parce que nous en avons beaucoup. Trop, à en juger par les inondations des derniers jours. Des inondations qui font ressortir les lacunes de nos organisations politiques, ici comme ailleurs dans le monde.

Quelques pays comme le Canada, l’Islande ou le Gabon disposent de plus de 100 000 mètres cubes d’eau par habitant. À l’autre extrême, plus de 29 pays n’ont pas même 1000 mètres cubes d’eau par habitant. Près de 5 milliards d’humains habitent des endroits ou l’accès à l’eau potable est difficile. Seulement 8 % de l’eau est utilisée à des fins personnelles. L’industrie en accapare 22 % et l’agriculture consomme le reste, soit 70 %.

Il y a donc quelque chose de farfelu et d’injuste dans les propositions de certains environnementalistes qui recommandent d’économiser l’eau utilisée à des fins personnelles. À moins d’habiter un endroit où l’eau est rare, la consommation personnelle d’eau n’a qu’un impact négligeable sur la ressource. Bien plus, dans les grandes agglomérations, restreindre la consommation d’eau rend plus difficile le traitement des eaux usées, en plus d’augmenter les risques sanitaires.

Le problème de l’eau est sa gestion. Sa répartition entre entreprises, agriculteurs et individus. Partout, l’incompétence et la corruption provoquent des catastrophes.

Pourquoi des municipalités autorisent-elles la construction dans des zones inondables ? Nous connaissons tous la réponse : parce que ces terrains sont bon marché et que les immeubles qui y sont bâtis augmentent les revenus des villes. Les élus municipaux ferment donc les yeux. Au pire, ils reçoivent des pots-de-vin des promoteurs immobiliers. Le même scénario se répète partout dans le monde, en Chine, en Europe, aux États-Unis et ici.

Les changements climatiques ne font que commencer. Les catastrophes qu’ils provoquent vont survenir de plus en plus fréquemment.

Comment réagir ?

On peut penser, comme Donald Trump, que le marché va trouver des solutions. Que de nouvelles découvertes vont résoudre nos problèmes. Curieusement, les partisans de l’extrême droite et de l’extrême gauche se rejoignent sur ce terrain. Pour eux, les changements climatiques sont en quelque sorte une opportunité de développement. Eux veulent continuer comme avant et laisser le développement du territoire entre les mains des municipalités. Mais que se produira-t-il si de nouvelles technologies ne sont pas développées ou si elles arrivent trop tard ?

On peut aussi agir de manière intelligente et pragmatique, c’est-à-dire sans attendre de solutions miracles. Au Québec, cette approche implique un encadrement plus strict des promoteurs immobiliers, le transfert aux municipalités de nouveaux pouvoirs de taxation et la construction de digues élevées à certains endroits. Elle implique malheureusement aussi le déménagement de plusieurs milliers de personnes, là où ériger des digues serait trop onéreux.

Centraliser

Cette approche pragmatique nécessite une meilleure coordination entre les responsables de la construction et ceux des transports, de l’énergie, de l’éducation, des hôpitaux, etc. Une telle coordination est impossible avec les structures politiques très décentralisées que nous avons. En fait, les inondations montrent que le gouvernement du Québec doit centraliser certains pouvoirs de décision. Un discours qui n’est pas très à la mode...