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Une digue cède à Sainte-Marthe-sur-le-Lac: la Ville attendait une... subvention

Un rapport déposé en novembre 2017 recommandait de renforcer la digue, mais la bureaucratie s’en est mêlée

FD-DIGUE STE-MARTE-SUR-LE-LAC
Photo TVA Nouvelles, Kariane Bourassa

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La Ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac est au courant depuis 18 mois que la digue qui a cédé samedi exige d’importantes rénovations. Mais elle n’avait toujours pas commencé les travaux parce qu’elle espérait obtenir une subvention. 

À la suite de la crue printanière de 2017, la Ville avait demandé à une firme d’experts de tester la solidité de la digue qui la protégeait depuis 1980.

Axio Environnement a remis son rapport en novembre 2017. Elle recommandait notamment à Sainte-Marthe-sur-le-Lac d’enrocher le bas de la barrière végétale et d’augmenter sa hauteur de deux pieds.

Depuis, le projet n’a pratiquement pas avancé. Le ministère de l’Environnement n’a reçu qu’en février dernier la demande de la Ville pour un certificat d’autorisation. L’appel d’offres pour les travaux, lui, n’a toujours pas été lancé.  

Des militaires jetaient un œil hier sur la brèche de la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Des militaires jetaient un œil hier sur la brèche de la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Elle attendait de l’argent

Questionnée à ce sujet hier soir par notre Bureau d’enquête, la mairesse Sonia Paulus a blâmé la bureaucratie pour expliquer les délais.

« Honnêtement, vous voulez le savoir ? On essayait d’avoir une subvention. On sait très bien que dans les municipalités, si on commence quoi que ce soit, on n’est plus admissible [...] La réponse a finalement été “non” après maintes démarches », a-t-elle expliqué. 

« Honnêtement, quand je dois faire assumer plus de deux millions de dollars à mes citoyens, si je peux avoir une subvention, c’est bien. »

La firme Axio, qui a également eu le mandat de réaliser les plans pour le renforcement de la digue, n’a même pas encore en main tous les éléments nécessaires pour compléter le devis.

« Il y a tout le temps beaucoup de délais là-dedans. Ce ne sont pas des dossiers simples », a indiqué le directeur d’Axio, Marc Desmarais.

« Le dossier n’a pas été rondement », a-t-il admis.

Travaux d’urgence en 2009

En 2009, la Ville avait été beaucoup plus rapide à réagir. À l’époque, un rapport du ministère de l’Environnement faisait état de travaux urgents à exécuter. Les experts de Québec anticipaient qu’une rupture de la digue serait une véritable « catastrophe » pour la ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

On craignait alors une répétition des inondations survenues à la suite de crues centenaires en 1974 et en 1976.

Les documents consultés par notre Bureau d’enquête démontrent que la digue s’est continuellement fragilisée au fil des ans, nécessitant des travaux à quelques reprises. Seulement sous l’égide de la mairesse Paulus, depuis 2005, la digue a dû être réparée deux fois. 

La mairesse affirme que ni les travaux passés ni ceux à venir n’ont un lien avec la brèche qui s’est formée dans la digue végétale samedi.

Mais les explications de la Ville ne convainquent pas tous les citoyens de la ville inondée.

« Ils le savaient. Ça, je ne le prends pas », rage Jonathan Pitre, qui demeure sur la 24e Avenue. Ils ont joué avec le feu [...] Tu ne peux pas prendre du temps, il faut que tu le fasses », ajoute-t-il.


♦ Années 1970

FD-DIGUE STE-MARTE-SUR-LE-LAC
Photo d'archives

Deux crues centenaires affectent la ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, en 1974 et 1976. En 1979 (photo), une autre crue inonde une centaine de résidences.

♦ 1980

Construction de la digue de 3,5 km dans le cadre d’un programme fédéral sur les inondations.

♦ 2008

Les autorités constatent que la digue est endommagée sur environ 387 mètres. Des travaux, notamment l’ajout de pierres sur l’empierrement existant, sont effectués en mars 2009.

♦ Juillet 2009

Dans un rapport, le ministère de l’Environnement reconnaît l’urgence d’agir. « Nous estimons qu’il est établi que les dommages, qui pourraient être causés par une rupture de la digue, sont du domaine de la catastrophe », peut-on y lire.

♦ Printemps 2009

Une inspection effectuée par la Ville démontre qu’une autre section importante de la digue, au nord du parc de la Frayère, présente « des dommages majeurs mettant en danger son intégrité ».

♦ Septembre 2009

Les travaux sont jugés si urgents que la Ville est soustraite aux procédures habituelles exigées par le ministère de l’Environnement. Ils sont complétés en 2010.

♦ Printemps 2017

Après une crue des eaux anormalement élevée, la Ville donne le mandat à la firme Axio Environnement d’inspecter la digue.

♦ 17 novembre 2017

Axio dépose son rapport final d’inspection. La firme recommande de rehausser la digue de deux pieds.

♦ Mars 2018

La Ville octroie à Axio un contrat pour concevoir les travaux de rehaussement et de protection de la digue.

♦ Fin 2018

Axio envoie les plans des travaux à la Ville de Sainte-Marthe pour obtenir ses commentaires.

♦ Février 2019

La Ville dépose une demande au ministère de l’Environnement pour obtenir un certificat en vue de faire les travaux, prévus pour l’automne 2019, alors que le rapport a été remis en novembre 2017.

♦ Mars 2019

Le ministère de l’Environnement renvoie la Ville faire ses devoirs puisque des documents sont manquants. La Ville répond avec les informations manquantes.

♦ 27 avril 2019

La digue cède et inonde 2500 résidences à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

♦ 30 avril 2019

Le ministère de l’Environnement confirme que le dossier de Sainte-Marthe-sur-le-Lac est toujours sous analyse.­­

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria, Hugo Duchaine et TVA Nouvelles