/news/green
Navigation

Des sinistrés sous le choc en rentrant à la maison

Des mois de travail pour tout nettoyer attendent les résidents touchés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

Coup d'oeil sur cet article

SAINTE-MARTHE-SUR-LE-LAC | Des sinistrés des Laurentides ont eu un choc en regagnant leur domicile mardi : plusieurs n’ont pu s’empêcher de pleurer et un homme en crise a dû être transporté à l’hôpital en ambulance.

« C’est catastrophique, je ne m’attendais pas à [autant de dommages] », a soufflé Mylaine Plante, avant d’éclater en sanglots.

Mylaine Plante était émotive en constatant les dégâts dans son sous-sol.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Mylaine Plante était émotive en constatant les dégâts dans son sous-sol.

L’eau a monté si haut dans sa maison de la 28e Avenue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac que le plafond de son sous-sol s’est affaissé, flottant dans une eau brunâtre.

En fin d’après-midi, un résident s’est effondré au sol, en crise, après avoir visité sa demeure. Il est resté inconsolable durant plus de 30 minutes, la tête dans le gazon, se lamentant d’avoir tout perdu.

Ce résident s’est effondré au sol après avoir visité sa maison, se lamentant d’avoir tout perdu.
Photo Martin Alarie
Ce résident s’est effondré au sol après avoir visité sa maison, se lamentant d’avoir tout perdu.

Des intervenants l’ont pris en charge, mais son état a nécessité l’appel d’une ambulance et son transport à l’hôpital.

Plusieurs résidents du secteur ont confié avoir assisté tout au long de la journée à des scènes déchirantes.

Toute la journée, mardi, les autorités accompagnaient des sinistrés afin qu’ils puissent récupérer quelques effets personnels dans leurs résidences inondées. C’est le cas de Gilles Laplante, qui avait de l’eau jusqu’aux genoux dans son salon.

En allant récupérer quelques effets personnels, Gilles Laplante avait de l’eau jusqu’aux genoux, dans son salon.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
En allant récupérer quelques effets personnels, Gilles Laplante avait de l’eau jusqu’aux genoux, dans son salon.

Sous-sols remplis d’eau

« Mon beau sous-sol tout neuf », se désole Mme Plante.

Victime d’un refoulement d’égouts en 2017, elle venait de finir de le rénover. Son dossier n’était réglé que depuis trois semaines, laisse-t-elle tomber.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Elle fait partie des résidents qui ont pu retourner chez eux, mardi, afin d’entamer de longs travaux de nettoyage et de pompage. Le bruit assourdissant des pompes vidant des sous-sols remplis d’eau résonnait le long des rues jonchées de meubles et de déchets détrempés.

Une digue a cédé samedi dans cette petite municipalité des Laurentides, forçant des centaines de résidents à évacuer leur maison en seulement cinq minutes, avant que l’eau n’engouffre leur foyer.

Les résidents qui regagnent tranquillement leur domicile n’ont toujours aucun service, ont cependant prévenu les autorités, donc pas d’eau potable ou d’électricité. Ceux rencontrés par Le Journal devaient toujours passer la nuit chez des proches.

Heureusement, l’entraide était au rendez-vous. Olivier Lamanque Galarneau attendait que son voisin finisse de sortir l’eau de son sous-sol inondé pour qu’il lui prête sa pompe.

« J’ai cinq poubelles qui ne sont pas à moi dans ma cour », fait-il remarquer, alors que la crue a laissé derrière elle des débris un peu partout.

La force de l’eau a aussi surpris Guy St-Jacques, qui a retrouvé son sous-sol sens dessus dessous. Des meubles pesant une tonne, comme son cinéma maison, ont été renversés et une porte a été arrachée par l’eau.

Servir de leçon

Ce résident de la 28e Avenue a l’impression que le bris de la digue causant tout ce saccage servira de leçon aux autorités.

« Nous sommes comme le viaduc de la Concorde [qui s’est effondré à Laval en 2006]. Probablement qu’ils vont regarder toutes les digues maintenant », dit-il.

Même si plusieurs se retroussaient les manches, la tristesse et l’épuisement se lisaient sur leur visage.

Découragée par les dégâts et le travail à accomplir, Jocelyne Deschênes a néanmoins regagné son domicile avec un certain soulagement.

« C’est la première journée que je respire », dit la femme de 69 ans.

Cette digue sur la 23e Avenue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, construite à la hâte après l’inondation qui a ravagé le tiers de la ville samedi, sépare désormais la zone sacrifiée (à gauche) de la zone des « chanceux », même si les dommages y sont considérables.
Photo Agence QMI, Maxime Deland
Cette digue sur la 23e Avenue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, dans les Laurentides, construite à la hâte après l’inondation qui a ravagé le tiers de la ville samedi, sépare désormais la zone sacrifiée (à gauche) de la zone des « chanceux », même si les dommages y sont considérables.
On voit sur la photo aérienne la digue en train d’être complétée lundi, alors que les deux côtés se retrouvaient inondés. Une fois terminée, la barrière temporaire de roches a permis aux autorités de pomper l’eau à droite.
Photo TVA Nouvelles, Kariane Bourassa
On voit sur la photo aérienne la digue en train d’être complétée lundi, alors que les deux côtés se retrouvaient inondés. Une fois terminée, la barrière temporaire de roches a permis aux autorités de pomper l’eau à droite.

 

« Le frigo flottait sur le dos »

Photo Hugo Duchaine

Maxime Jean retirait un à un les items du réfrigérateur de ses parents, mardi, sur la 31e Avenue. Leur résidence, sans sous-sol, a été durement touchée par les inondations.

« Le frigo flottait sur le dos [quand ils sont retournés dans leur demeure mardi] », explique-t-il. La famille n’a presque pas eu le temps de sauver des meubles en les montant à l’étage. Le plancher flottant, installé cet été, s’est décollé avec la crue, ajoute-t-il, et les morceaux détachés encerclaient le terrain.

« Tout est scrap », résume l’homme de 27 ans, ne cachant pas son découragement devant la tâche à accomplir.

– Hugo Duchaine

Solidarité fraternelle

Photo Hugo Duchaine

« J’avais envie de pleurer pour ma sœur [...] c’est désolant », souffle Jean-Yves Bigras, qui lui donnait un coup de main mardi, sur la 30e Avenue.

L’eau a monté si haut que tout le sous-sol a été inondé. Les propriétaires ont même dû abandonner une voiture à quelques mètres de la maison à cause de la rapidité de la montée des eaux.

M. Bigras rageait contre la municipalité, qui était au courant d’une faiblesse dans la digue depuis de nombreux mois. « On paye des taxes pour être en sécurité », lance celui qui pointe sur la photo jusqu’où l’eau a grimpé.

– Hugo Duchaine

Il va se rappeler de sa fête

Photo Dominique Scali

Une pancarte de « bonne fête » accrochée à l’entrée d’une maison de Sainte-Marthe-sur-le-Lac contrastait avec la désolation des lieux, mardi. C’est que Yan Rolland fêtait son 45e anniversaire, samedi, le jour de l’évacuation massive.

– Dominique Scali

Crier comme dans un film d’horreur

Photo Dominique Scali

« Ma copine a crié comme dans un film d’horreur », dit Gabriel Paquin, racontant le moment où ils sont entrés dans leur résidence pour la première fois. Le sous-sol était complètement rempli d’eau.

Le couple s’y est rendu à pied dimanche afin de récupérer les sept chats laissés derrière au moment de l’évacuation.

M. Paquin estime qu’ils ont en quelque sorte risqué leur vie en chemin puisqu’ils avaient de l’eau jusqu’à la poitrine.

Ils ont ainsi sauvé les six chats qui avaient pu grimper au-dessus du niveau de l’eau. Le septième n’a pas survécu, explique sa copine, Sabrina Ranger.

Au moment où Le Journal est passé mardi, ils s’affairaient à empiler à l’extérieur tous les meubles et objets du sous-sol.

« Aujourd’hui, ça fait du bien, on se défoule », dit Kim Lavoie, une amie qui participait à la corvée.

– Dominique Scali

« On a tout perdu »

Photo Geneviève Quessy

Un couple de sinistrés et ses locataires étaient en colère lorsqu’ils ont vu l’état lamentable de leurs logements, mardi. Jean-Philipe Laplante, Émilie Beauchamp et leurs locataires, Louis et Danièle Laurin, ont pu se rendre à leur résidence de la 22e Avenue, mardi.

« En arrivant là, on a vu qu’ils construisent la digue temporaire au-delà de notre maison. Ça veut dire qu’ils vont la laisser dans le lac ? On avait entendu dire que des maisons seraient sacrifiées, mais on ne s’attendait pas à ce que ce soit chez nous », s’enrage M. Laplante.

« C’est difficile de ne pas être informé, de tout apprendre à la télévision », se désole Mme Beauchamp. Le logement de leurs locataires est inondé jusqu’au plafond et deux de leurs animaux sont morts. « On a tout perdu », s’attriste Mme Laurin.

– Geneviève Quessy, collaboration spéciale

«Que peut-on faire de plus?»

Photo Geneviève Quessy

Un homme dont la maison a été inondée partiellement était résigné mardi lorsqu'il a pu regagner sa maison qu'il avait évacuée samedi dernier.

Daniel Dagenais, résident de la 22e avenue à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, a pu aller faire un tour dans sa maison sinistrée. «J'ai retrouvé ma maison le sous-sol complètement inondé, mais heureusement, le premier plancher n'a pas été touché. Avec mes connaissances de charpentier-menuisier, je suis confiant de pouvoir sauver le reste.» Monsieur Dagenais s'attend à ne pas pouvoir réintégrer sa maison avant un mois. «En attendant, je suis allé chercher des vêtements. Que peut-on faire de plus?»

– Geneviève Quessy, collaboration spéciale

À peine les rénovations terminées, ils doivent recommencer

Photo Geneviève Quessy

Michaël Poulin et Julie Cornut ont vu l'eau se retirer de leur terrain de la 30e avenue lundi, quand les pompes se sont mises à évacuer l'eau d'une partie de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. «On avait de l'eau jusqu'à la taille partout sur le terrain et le sous-sol a été complètement inondé. On venait de rénover et il ne restait que le revêtement extérieur à finir. On va tout recommencer», se désole M. Poulin. La maison est inhabitable, les chambres des enfants étant situées au sous-sol inondé. En attendant, ils logent dans le chalet d'un proche. «C'est un peu loin pour reconduire les enfants à l'école, mais on va s'arranger. L'école aide beaucoup, ils servent des repas chauds le midi aux enfants» explique Mme Cornut.

– Geneviève Quessy, collaboration spéciale

« Il cognait comme un énervé »

Photo Claudia Berthiaume

Un résident de la 26e avenue prenait sa marche vers 18h30 lorsqu'il s'est aperçu que la digue avait cédé. « J'y allais pas mal souvent depuis le début des inondations », a précisé l'homme qui a préféré demeurer anonyme.

« Mon mari ne trustait pas la digue », a ajouté sa conjointe, rencontrée à l'angle de la rue Louise et de leur avenue toujours envahie par les eaux, mardi.

N'ayant pas son cellulaire sur lui, le résident aux aguets a couru chez Robert Sisler, qui habite la quatrième maison à partir de la digue.

« Il cognait comme un énervé. Je pensais qu'il venait m'écoeurer parce que Boston est en série et que son Canadien est fini », a relaté M. Sisler, sourire en coin.

Quand il a ouvert la porte, son voisin lui a dit de composer le 9-1-1 sans attendre.

« Cinq minutes après, tout le monde [les autorités] était là. J'ai travaillé dans les aqueducs, je sais ce que ça fait une fuite d'eau. Là, c'était comme si un tuyau de 84 pouces venait de lâcher, c'était brun, c'était pas beau », a-t-il détaillé.

– Claudia Berthiaume

Les sinistrés résilients devant la catastrophe

Plusieurs sinistrés de Sainte-Marthe-sur-le-Lac rencontrés mardi gardaient le moral, malgré l'eau qui les empêche toujours de regagner leurs résidences. Résilients devant la catastrophe, de nombreux résidents refusaient de blâmer qui que ce soit, trois jours après que la digue protégeant leurs maisons ait cédé.

« C'était dû pour être réparé et on ne le savait pas. Mais en même temps, ça va me faire quoi de rager contre ça ? Rien », a laissé tomber Chantale Rioux, qui réside sur la 22e avenue.

« Qui est le coupable ? Le gouvernement qui a branlé dans le manche ? La mairie qui n'a pas fait la demande à temps ? Les environnementalistes qui ont dit « ne touchez pas à ça, ça va faire mal aux petites grenouilles ? » Honnêtement, je ne cherche pas de coupable, je cherche juste à me démerder. La vraie coupable c'est Mère Nature. On l'a malmenée et là elle est écoeurée », a souligné André Dehoux, un résident de la 24e avenue qui attendait impatiemment de retourner chez lui chercher quelques effets.

« Une chose est certaine, il va falloir faire une étude pour voir si la digue peut résister aux nouveaux niveaux d'eau. Elle n'a peut-être pas été conçue pour les inondations qu'on connaît maintenant. Celle-là dépasse largement le niveau de [celle de] 1976 », a mentionné Gabriel Trottier, dont la maison de la 20e avenue est toujours inondée.

– Claudia Berthiaume

Timbits pour les policiers

Photo Claudia Berthiaume

Mardi matin, un citoyen est venu porter une grande boîte de 50 Timbits aux policiers de la Sûreté du Québec qui gardaient la 26e avenue, à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. « Merci pour votre bon travail, c'est très apprécié », a insisté l'homme, précisant offrir ce simple présent de bon cœur.

– Claudia Berthiaume

Submergés quelques mois après s’être bâti

Photo Antoine Lacroix
 
C’est avec grande tristesse que Charles Sanscartier et sa conjointe Carolane Lajeunesse ont été inondés, quelques mois après avoir terminé de construire leur maison sur la 32e Avenue, dans la zone des « chanceux ».
 
« On avait tout terminé en novembre, explique M. Sanscartier. On a été inondés alors qu’on n’était pas censés l’être. C’est une bonne malchance, mais on garde le moral ! »
 
Mardi, ils pouvaient compter sur plusieurs proches afin de procéder au grand nettoyage du sous-sol, qui a été inondé par 4 pieds d’eau. « On doit arracher tous les murs à la grandeur. Il me semble qu’on était à l’étape des murs
il y a quelques mois seulement », laisse tomber Mme Lajeunesse.
 
Le couple compatissait beaucoup pour le secteur qui a été sacrifié. « C’est vraiment triste pour eux. Nous, de notre côté, c’est vraiment surprenant comment la Ville a réussi à pomper l’eau vite. On a seulement été 48 heures
dans la flotte », souligne M. Sanscartier.
 
– Antoine Lacroix