/news/green
Navigation

Inondations: Des sinistrés stressés et résignés

Inondations: Des sinistrés stressés et résignés

Coup d'oeil sur cet article

À pied, en camion et en canot, un sinistré de Rigaud réalise chaque jour un parcours du combattant pour aller vérifier l’état de sa maison qu’il a évacuée il y a dix jours. Mais c’est la charge émotionnelle de ce retour qui est le plus difficile à vivre pour lui.

«Ça me rappelle ma femme décédée», souffle Gérard Fuentes, en contemplant sa maison ceinturée par les flots.

En 2017, le septuagénaire avait affronté les inondations avec sa conjointe atteinte d’un cancer à ses côtés.

M. Fuentes raconte leurs trajets en canot pneumatique pour se rendre à l’hôpital où sa femme recevait ses traitements de chimiothérapie.

«Une fois, je suis tombé tout entier dans 10 pouces d’eau en voulant monter dans le bateau. Je me souviens encore de son rire», confie le sculpteur sur bois.

Après le décès de son épouse, M. Fuentes n’a pas osé faire le changement qui s’imposait pourtant : déménager. Difficile dans un moment pareil de quitter son coin de paradis où de nombreux oiseaux viennent le saluer quotidiennement.

«Mais là, c’est trop, il faut que je sorte d’ici», dit-il, espérant pouvoir compter sur un dédommagement de l’État parce que «personne ne voudra acheter [sa] maison».

«J’ai 75 ans, je ne peux continuer à m’imposer ça tous les deux ans, poursuit-il. Je vais me trouver autre chose, en hauteur si possible.»

«Plus de notre âge»

C’est aussi ce qu’envisagent ses voisins, Michel Larocque et Francine Quesnel, qui ont accompagné M. Fuentes hier dans sa ronde. Pour se rendre dans leur quartier qui baigne dans quatre pieds d’eau, il faut avancer à pied dans l’eau, puis en camion et enfin en canot à mesure que la profondeur augmente.

L’objectif pour eux était de s’assurer que leurs pompes fonctionnent. Ils ont pu voir que l’eau n’avait pas monté depuis la veille, un répit après une hausse fulgurante de près de 40 pouces la semaine dernière.

M. Larocque et Mme Quesnel, deux enseignants à la retraite, ont bien résisté dans leur maison jusqu’à samedi dernier, mais l’absence d’eau courante et d’évacuation des eaux usées a eu raison de leur volonté.

«Notre maison n’est pas inondée, les pompes font leur travail, mais on est coupé du monde», indique M. Larocque qui affirme que sa maison valait près de 500 000 $ il y a quelques années.

«La maison est très agréable la plupart du temps, mais les inondations à répétition ce n’est plus de notre âge, dit l’homme de 70 ans qui habite le secteur depuis 43 ans. Peut-être que quelqu’un de plus jeune en voudra. Les levers de soleil sont spectaculaires.»

Stressé

À quelques kilomètres de là, dans un autre secteur inondé de la municipalité, William Bradley, 73 ans, résiste encore.

Inondations à Rigaud. William Bradley voyage sur son canot pour se rendre sur la terre ferme.
Matthieu Payen / Le Journal
Inondations à Rigaud. William Bradley voyage sur son canot pour se rendre sur la terre ferme.

«Ma femme est partie, elle ne pouvait plus supporter, mais moi j’essaie de protéger mon château», dit-il en riant devant sa petite maison.

L’homme qui a été pilote dans le Grand Nord affirme avoir déjà vécu des situations pires, mais il avoue se sentir stressé et avoir perdu 10 livres depuis le début des inondations, alors que quatre pouces d’eau stagnent dans son sous-sol.

«L’eau est au même niveau qu’en 2017, mais ça pourrait encore monter avec les pluies attendues, dit-il. Alors, je m’occupe à mettre mes outils à l’abri et à boucher les trous. On pensera plus tard à ce qu’on fait de la maison.»