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Enfant martyre: il faut que l’indignation populaire persiste, disent des ex-juges

Nicole Gibeault
Photo Martin Alarie Nicole Gibeault
Ancienne juge

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L’indignation soulevée à la suite du décès d’une fillette martyrisée à Granby doit durer et inciter les gens à continuer à dénoncer tout acte de violence sur des enfants, croient d’anciennes juges.

« On a des drames d’enfants qui reviennent sans cesse. Mais le problème, c’est que la semaine d’après, on n’en parle plus. J’espère que, cette fois-ci, ça va amener de grands changements », lance l’ex-juge Andrée Ruffo.

Les détails de la courte vie de misère de l’enfant de sept ans, morte après avoir été retrouvée ligotée et bâillonnée à Granby, étaient largement documentés et connus des autorités dans différents écrits judiciaires, rapportait Le Journal, jeudi.

« N’arrêtez jamais »

Un jugement datant de mai 2018 révélait en effet qu’une pédiatre avait déjà avisé la DPJ de la « détresse psychologique sévère » de l’enfant, que les policiers s’étaient présentés plusieurs fois à la résidence familiale et que le couple avait grandement « besoin d’être outillé » pour intervenir auprès de l’enfant.

La juge Pascale Berardino de la Cour du Québec l’avait décrite comme une petite « au court passé tumultueux et instable ».

« Je n’ai jamais vu dans ma pratique un rapport aussi dramatique pour un enfant. Malgré tout, on n’a pas pris les mesures pour la protéger, c’est inconcevable », a indiqué l’ex-juge Ruffo, qui a longtemps pratiqué en chambre de la jeunesse.

Elle se désole aussi que plusieurs personnes, dont la famille élargie de l’enfant, aient tenté de la sauver, en vain. Mais selon elle, il faut que les gens qui sont témoins de telles situations persistent.

« Je dis aux gens : ‘‘N’arrêtez pas. Sortez publiquement, dénoncez ! Quand un enfant est en situation de maltraitance, n’arrêtez jamais. Jusqu’à ce que l’enfant soit soulagé’’ », insiste-t-elle.

Trop dénoncer ? Et alors ?

La juge à la retraite Nicole Gibeault abonde dans le même sens.

« Collectivement, on doit tous dénoncer. On va peut-être trop dénoncer ? Et alors ? Si on pense [qu’il y a de l’abus] et qu’on a des doutes, alertons, dit-elle. J’aime mieux qu’on achale et qu’on renverse chaque pierre, si c’est pour enlever un potentiel de dangerosité envers un enfant.

« Si chacun, individuellement, on attend au lendemain, ça ne marche pas », ajoute-t-elle.

Mme Gibeault se désole qu’il ait fallu qu’un tel drame survienne pour qu’il y ait une indignation collective. Elle espère qu’un cas comme celui de cette enfant, qui est « morte seule, à petit feu », n’arrivera plus.