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Enseignante d'expérience forcée de rester chez elle en pleine pénurie de profs

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Alors que le manque de professeurs fait la manchette, Marie-Ève Côté, qui possède près de 15 ans d’expérience comme enseignante au primaire, apte au travail et disponible, ne réussit pas à se trouver du boulot dans une salle de classe.   

Depuis le 15 février dernier, l’enseignante de 37 ans est à la maison en attendant qu’on lui trouve une place où ses compétences d’enseignante pourront être utiles.   

Pourtant, les besoins pour du personnel qualifié sont criants. Le Journal nous apprenait cette semaine que la pénurie de professeurs est à ce point critique dans la région de Québec que même des éducateurs et des éducatrices sont appelés en renfort pour faire de la suppléance.  

Maman d’un jeune garçon qui vient d’avoir un an, Marie-Ève tente de se réconforter en se disant qu’au moins, elle passe du temps de qualité avec son fils.  

« Ma passion, c’est l’enseignement »   

N’empêche que l’enseignante se sent totalement exclue du système : « Je me réalise comme maman, mais j’ai besoin de me réaliser aussi comme professionnelle. Ma passion, c’est l’enseignement. J’ai fait quatre ans d’université pour devenir prof. J’enseigne depuis que j’ai 23 ans! »   

Classe difficile et santé mentale   

Tout se met à dérailler pour Marie-Ève, en janvier dernier, lorsqu’elle présente un billet du médecin pour un arrêt de travail. Son congé ne devait durer que deux semaines, le temps qu’elle se refasse des forces et une santé.   

Elle demande aussi à être réaffectée ailleurs que dans la classe où elle enseigne. « Sur 22 élèves, j’ai 10 cas particuliers. De l’autisme au TDAH, en passant par différents troubles. Je dois être honnête, pour moi, c’est trop dans ma condition. Mais je ne peux pas croire que je ne peux pas être utile ailleurs! »  

La condition dont parle Marie-Ève, c’est la bipolarité dont elle est atteinte. Un trouble de santé mentale qui exige que l’enseignante reste à l’écoute des signaux de son corps et évite l’épuisement afin de bien gérer sa maladie.   

Un congé de maladie souhaité se transforme en congé forcé   

Après deux semaines de repos, la psychiatre qui suit Marie-Ève depuis des années signe son papier de retour au travail.   

Mais voilà, ni la commission scolaire ni le syndicat ne trouvent de nouveau mandat pour Marie-Ève.   

Le congé de maladie souhaité se transforme donc en congé forcé.  

« Je suis consciente que ma maladie pose des défis. Je n’exige pas que l’on me trouve une nouvelle classe. Je suis prête à faire de la suppléance. Je veux juste enseigner. J’ai fait ça pendant des années au début de ma carrière et j’ai adoré ça! »  

Marie-Ève, qui, sur papier, occupe encore un emploi régulier d’enseignante, a tenté de se faire expliquer quelles sont les démarches à entreprendre pour refaire de la suppléance. Aucune réponse concluante pour l’instant.  

J’aurais bien aimé parler à quelqu’un du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec afin de mieux comprendre les règles syndicales. Malheureusement, après trois appels au SERQ, je n’ai reçu aucune réponse.   

Marie-Ève, qui est en pleine forme depuis la mi-février, reste donc à la maison, loin de l’école, en « situation d’invalidité ».  

Un enjeu de société   

L’histoire de Marie-Ève mérite d’être racontée, car elle dénote à quel point le monde du travail a encore beaucoup de chemin à faire pour intégrer les hommes et les femmes compétents qui vivent avec des problèmes de santé mentale.   

Et ils sont nombreux.   

Un Québécois sur cinq sera touché de près ou de loin par la maladie mentale au cours de sa vie.  

80 % des individus atteints de troubles de santé mentale graves (troubles de l’humeur, troubles anxieux, troubles psychotiques, troubles de personnalité, ainsi que troubles de l’alimentation et dépendances) qui n’ont pas accès à un programme de soutien à l’emploi n’ont pas de job, selon des chiffres transmis par Tania Lecompte, chercheure au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.  

Oser aller sur la place publique pour dévoiler ses problèmes de santé mentale et les enjeux qui s’y sont associés demande un courage incommensurable dans notre société où la maladie mentale est encore taboue et source de stigmatisation.  

Hier, le 1er mai, c’était la Journée internationale des travailleurs. Lundi, le 6 mai, commence la Semaine nationale de la santé mentale . Le contexte nous invite donc à réfléchir aux difficultés à l’emploi que vivent les individus comme Marie-Ève, qui n’ont pas choisi d’être atteints d’un problème de santé mentale.