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Cr#%# d’oiseau cave: entre tristesse et dérision

Cr#%# d’oiseau cave: entre tristesse et dérision
PHOTO COURTOISIE / Julie Rivard

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MONTRÉAL – Faire du neuf avec du vieux, voilà à quoi nous convie Cr#%# d’oiseau cave, une pièce présentée à La Licorne qui déconstruit La Mouette, une des œuvres phares de Tchekhov.

Des protagonistes, pour la plupart malheureux et aux prises avec des questions existentielles, y tentent de trouver l’amour et le bonheur. David (Sasha Samar) est épris de Macha (Roxane Bourdages), qui ne pense qu’à Conrad (François-Xavier Dufour), qui a le cœur brisé par Nina (Catherine Lavoie), qui s’éprend de Trigorine (Robert Lalonde), qui chagrine la mère de Conrad, Emma (Danielle Proulx), en la quittant.

Ils sont accompagnés du frère d’Emma (Richard Thériault), un vieux médecin regardant en arrière avec amertume. L’insatisfaction est donc au rendez-vous.

Sans décor ni changement de costume, avec presque aucun effet visuel ou sonore, ce spectacle mis en scène par Michel-Maxime Legault s’appuie sur un chamboulement des règles théâtrales classiques, en s’éloignant notamment du réalisme, pour susciter l’intérêt du spectateur.

On y retrouve ainsi une pièce dans la pièce, des personnages sortant d’eux-mêmes pour s’adresser directement au public, ainsi que de la dérision ou de l’absurde dans des moments plus sombres. Certains apprécieront certainement cette originalité. Cette approche misant sur les contrastes donne cependant un résultat plutôt froid au lieu de créer une étincelle qui emporte le spectateur.

 

Cr#%# d’oiseau cave: entre tristesse et dérision
PHOTO COURTOISIE / Julie Rivard

 

Toujours pertinents

Ce texte de l’Américain Aaron Posner, traduit par Benjamin Pradet, offre des moments drôles qui, encore une fois, viennent contraster avec le mal-être ambiant. David (Sasha Samar) est celui qui offre le plus de fraîcheur en la matière, et son optimiste presque niais sera finalement récompensé.

François-Xavier Dufour porte avec conviction Conrad, ce fils qui tente de s’affranchir de son étiquette de perdant auprès de sa mère (Danielle Proulx), une actrice imbue d’elle-même et plutôt détestable qui n’hésite pas à le rabaisser. Elle souffre à son tour lorsque son amoureux (Robert Lalonde), un écrivain de renom, la laisse pour la jeune Nina. Cette scène où elle essaie de le retenir constitue un des moments forts de cette production. L’écrivain, qui devrait avoir un certain ascendant puisque la jolie Nina tombe sous son charme, est malheureusement dépourvu de charisme, malgré une certaine sagesse.

Les propos concernant le besoin de reconnaissance, l’importance de la célébrité, le désir d’être aimé et l’envie de changement sont pertinents et abordés avec intelligence. Mais l’exercice de style de cette œuvre empêche une catharsis, c’est-à-dire une appropriation par les spectateurs des angoisses et des passions des personnages.

  • Cr#%# d’oiseau cave est présentée à La Licorne jusqu’au 25 mai.

 

Cr#%# d’oiseau cave: entre tristesse et dérision
PHOTO COURTOISIE / Julie Rivard