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La loi du sang

granby toutous
Photo tirée de Facebook

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La plupart des bébés et des enfants torturés le sont par leurs parents. C’est le cas de cette petite fille qui, à sept ans, avait accumulé tant de souffrances, tant de terreur.

Une petite fille sans nom — car il faut respecter l’anonymat, n’est-ce pas, cet anonymat qui protège avant tout les parents bourreaux — avait dans le passé réussi à faire appeler la police lors d’une crise de sa belle-mère, qu’a protégée son propre père, complice dans les exactions commises à son endroit.

Dès sa naissance, la petite fille fut confiée à sa grand-mère, car sa propre mère, atteinte de maladie mentale, n’était pas « adéquate », un euphémisme pour désigner une mère indigne ou incapable de protéger son enfant. Déjà à la naissance, d’ailleurs, le père fut écarté, car lui-même était « inadéquat ».

Calvaire

Cependant, le Québec a tendance à sacraliser la loi du sang, même après qu’on a retiré un enfant maltraité à sa famille abusive. Cette fillette allait subir un calvaire. Le père s’est un jour manifesté, alors que la mère biologique était toujours écartée. Il avait une nouvelle compagne et le tribunal lui a donc confié l’enfant. Le nouveau couple, dysfonctionnel, se déchirait et la belle-mère était à l’évidence incapable de supporter la fillette perturbée.

Malgré la pression de la famille élargie qui signalait l’abus à la DPJ et tentait de retirer la garde de l’enfant au père, rien n’a bougé. La petite fille était condamnée à mort, en quelque sorte.

L’obsession pour la loi du sang, qui donne aux parents biologiques, même psychologiquement démunis, la primauté de la garde de leurs enfants, doit donc être remise en question.

De mauvais parents, incapables d’aimer pour toutes les raisons du monde, cela existe. C’est plus fréquent qu’on veut bien le croire.

Cette petite fille, qui se battait pour vivre — on en veut pour preuve sa fuite en pleine nuit pour aller se réfugier chez les voisins —, avait compris que des adultes extérieurs à sa famille pouvaient, eux, la protéger. Hélas, son parcours d’enfant martyre arrivait à terme.

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Ruptures

De nos jours, tant d’enfants sont ballottés au gré des ruptures et des déraillements de parents, eux-mêmes perturbés et trop souvent sous l’emprise de la dépendance.

Qui peut prétendre que les enfants d’aujourd’hui sont mieux traités que ceux du passé ? Malgré la reconnaissance de leurs droits, malgré le discours lénifiant les concernant.

Dans une société qui aime ses enfants, tous les adultes dignes de ce nom devraient être des gardiens des plus petits. Autrement dit, les enfants ne sont pas sous la protection unique de leurs parents. Ceux-ci peuvent être déficients, voire toxiques, pour leur progéniture.

Nous vivons dans une société en train de se robotiser et qui carbure à l’instantanéité, à l’efficacité, et où l’on s’enfonce dans l’indifférence des autres. Y compris des plus faibles.

Cette petite fille a subi des sévices au fil de sa courte vie. Elle a crié au secours et seul l’écho de sa voix terrifiée lui a répondu. Et le pire est qu’elle meurt sans être prénommée.