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Bienvenue au Canada: un accueil «frustrant» pour un pâtissier français qui a frôlé la déportation

Hugo Fernandez (à droite) et David Cloutier, le propriétaire de l’Auberge des Falaises, à La Malbaie. L’homme d’affaires lui avait offert de se joindre à son établissement pour une période de six mois grâce à un programme pour jeunes travailleurs étrangers.
Photo Didier Debuscchère Hugo Fernandez (à droite) et David Cloutier, le propriétaire de l’Auberge des Falaises, à La Malbaie. L’homme d’affaires lui avait offert de se joindre à son établissement pour une période de six mois grâce à un programme pour jeunes travailleurs étrangers.

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Un pâtissier français embauché par une auberge de Charlevoix a connu un accueil plutôt ordinaire des douaniers canadiens, alors qu'il a passé près d'être déporté, dimanche soir, au lendemain de son arrivée au Québec.

Hugo Fernandez, un travailleur de 24 ans, croyait s’apprêter à vivre une expérience inoubliable en sol québécois. Il a toutefois déchanté rapidement devant les délais interminables et la rigidité du programme Expérience internationale Canada, sous l’égide du ministère fédéral de l’Immigration.

Impressionné par le jeune Français à l’issue d’un appel téléphonique, le propriétaire de l’Auberge des Falaises, David Cloutier, lui offre de se joindre à son établissement de La Malbaie pour une période de six mois par l’entremise du programme, destiné aux travailleurs étrangers de moins de 35 ans.

Les démarches administratives sont complétées le 27 janvier comprennent le contrat de travail d’Hugo débutant le 16 mai. Puis, c’est le silence radio jusqu’au 26 avril, alors que la demande est refusée puisqu’il manquait certaines informations au dossier.

«Durant le processus, j’ai téléphoné 63 fois à Immigration Canada. J’ai réussi deux fois à parler à quelqu’un, sinon la ligne coupait sèchement», raconte l’aubergiste avec amertume.

Le 29 avril, à distance, ils passent une journée complète à remplir les papiers nécessaires. Une nouvelle demande envoyée, ils se croisent maintenant les doigts pour que le permis de travail soit livré le plus rapidement possible. Seul hic : le billet d’avion d’Hugo était déjà acheté pour le 4 mai, soit 12 jours avant l’entrée en vigueur prévue du permis qu’il n’a toujours pas entre les mains.

«J’avais un bon emploi et un appartement, mais j’ai tout laissé pour venir au Québec», rumine le pâtissier.

Rebrousser chemin

Aussitôt débarqué à l’aéroport Jean-Lesage samedi, les douaniers refusent que le Français séjourne au Québec pendant l’attente de son permis de travail. Toute gymnastique est vaine : en l’absence d’un vol samedi, c’est celui de dimanche, à 20 h, qui sera le sien pour retourner dans son pays natal.

Un comportement «zélé», selon David Cloutier, alors que son protégé français parle d’un accueil «frustrant». Le résultat est le même: à moins d’un miracle, Hugo sera renvoyé à Paris jusqu’à ce que son permis soit délivré, ce qui peut aussi bien être deux jours que deux mois plus tard.

Messie parlementaire

Informée de la situation urgente, la députée fédérale Sylvie Boucher ajoute un détour à son trajet de retour vers Ottawa, s’arrêtant à l’aéroport de Québec pour plaider la cause de l’aubergiste et de son futur employé auprès des douaniers.

«Je suis allée rencontrée le superviseur. On a discuté 30 minutes et je lui ai présenté le dossier au complet, raconte l’élue conservatrice. Un moment donné, il faut s’humaniser.»

Le dénouement survient dimanche entre notre entrevue avec M. Fernandez et son vol de déportation. Les autorités canadiennes ont rappelé Mme Boucher pour lui faire savoir qu’un délai de trois semaines lui serait accordé pour «régulariser» sa situation.

Des «bâtons dans les roues» pour les employeurs

Malgré la pénurie généralisée de main-d’œuvre, les lourdes démarches pour engager des travailleurs étrangers mettent «des bâtons dans les roues» aux employeurs qui font des pieds et des mains pour recruter ailleurs, dénonce un aubergiste de La Malbaie.

Le copropriétaire de l’Auberge des Falaises, David Cloutier, mise presque tout sur son recrutement à l’étranger pour passer à travers la saison estivale. Or, il n’a jamais eu autant de difficulté à mener à terme ses démarches que cette année. Sur les onze travailleurs étrangers qu’il comptait employer cet été, trois ont vu leur dossier être refusé après de longues attentes auprès d’Immigration Canada.

«Mon équipe est en train de se désagréger. J’ai deux cuisiniers qui se sont fait refuser. J’engageais Hugo (voir texte principal) comme pâtissier, c’était mon seul. Je n’en ai plus. Nos employés sont déjà surchargés. Avec trois de moins, on n’y arrivera pas», s’inquiète M. Cloutier, qui estime que les délais sont presque cinq fois plus longs qu’auparavant pour obtenir des permis de travail.

Bien qu’il ait recours aux travailleurs de l’extérieur depuis une dizaine d’années, son expérience des derniers mois rejoint celle de nombreux confrères dans le milieu de la restauration. Même en affichant un poste à 21 $ l’heure, avec un logement payé, il n’a eu aucune réponse.

Trop de paperasse

La députée conservatrice Sylvie Boucher, qui a volé au secours de l’un des employés français de M. Cloutier, dresse le même constat. «On est en plein emploi, on manque d’effectifs dans tous les corps de métier. On va chercher des travailleurs étrangers. Le dédale à l’immigration au Canada est effarant. Il y a beaucoup trop de paperasse», pense Mme Boucher.

«Les travailleurs étrangers temporaires sont le monde le plus économiquement rentable qu’on peut avoir. Ils ne coûtent pas une cenne à l’État. Je m’occupe de tout pour les faire venir. Mais au moins, laissez-nous les faire venir facilement!», lance comme message David Cloutier.