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«C’est sûr qu’un jour, je vais remarcher»

Il apprend à vivre différemment sept mois après l’accident de motocross qui l’a laissé paralysé

Kevin Gamelin
Photo PIerre-Paul Poulin À Montréal, Kévin Gamelin utilise un robot d’entraînement, appelé G-EO System Evolution, pour réussir à marcher suspendu à l’aide d’un harnais. Il reçoit en même temps de la stimulation électrique sur ses muscles.

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Sept mois après l’accident de motocross qui lui a paralysé les deux jambes, le jeune Kévin Gamelin peut se targuer de faire des pas de géants en réadaptation, retrouvant presque une autonomie entière.

« Ce n’est pas parfait et ce ne le sera jamais. [...] Mais on a juste une vie à vivre, il faut en profiter », confie avec un optimisme désarmant le jeune homme de 23 ans, qui a frôlé la mort devant des milliers de spectateurs inquiets au Stade olympique le 15 septembre dernier.

L’athlète de Pierreville, dans le Centre-du-Québec, réalisait « un grand rêve » en participant au Supercross de Montréal, mais il n’en garde presque aucun souvenir. « Je me souviens du départ », dit-il.

Les images de son accident glacent le sang. Après deux tours, le jeune pilote s’est engagé dans un saut à la sortie d’un virage. Dans les airs, il a perdu le contrôle de sa moto. Il est tombé violemment tête première sur le sol, roulant sur lui-même et gisant inconscient sur la piste.

Pendant que la course continue, les secouristes lui ont font un massage cardiaque avant de le transporter d’urgence à l’Hôpital général de Montréal pour une opération. Deux tiges de métal et huit vis ont été nécessaires. Sa vie a été sauvée, mais il reste paralysé des deux jambes. Sa moelle épinière n’a pas été sectionnée en entier, « mais presque ».

Kévin Gamelin a été victime d’une violente chute lors du Supercross de Montréal au Stade olympique le 15 septembre. Il a eu les jambes paralysées.
Photos d'archives
Kévin Gamelin a été victime d’une violente chute lors du Supercross de Montréal au Stade olympique le 15 septembre. Il a eu les jambes paralysées.

Injuste

À son réveil, il refusait d’y croire.

« Je me disais, ça va revenir. Ce bout-là a été plus dur », souffle-t-il.

Chaque jour, il s’attendait à bouger un orteil et il prenait chaque spasme dans ses jambes comme un signe.

Puis, il a dû endurer des douleurs si intenses, qu’encore aujourd’hui il n’arrive pas à les décrire.

A-t-il ragé, trouvé la vie injuste ? Bien sûr que oui, admet-il. Né un 22 février, l’année de ses 22 ans devait être chanceuse... Mais Kévin Gamelin refuse de s’apitoyer sur son sort.

Le Journal l’a rencontré récemment à la clinique Neuro-Concept dans l’arrondissement de Verdun à Montréal, où il fait des exercices de réadaptation afin d’éviter l’atrophie de ses muscles et la dégradation de ses os. C’était d’ailleurs la première fois qu’il s’y rendait seul, en voiture.

Il a commencé des cours dès janvier afin d’obtenir un permis de conduire pour une voiture aux commandes manuelles, sans pédales. Un petit plaisir qui lui permet de retrouver un sentiment de liberté et il tenait à montrer qu’il pouvait « se prendre en main ».

En plus de la réadaptation à Montréal, il en fait aussi deux fois par semaine à Drummondville et il s’entraîne au gym.

« C’est sûr qu’un jour, je vais remarcher », assure-t-il à propos de son souhait le plus cher.

Patience

Même s’il n’a toujours pas ressenti aucun mouvement depuis sept mois sous sa blessure, il est prêt à attendre cinq, 10 ou 20 ans pour une innovation de la médecine.

Ses rêves ne s’arrêtent pas là. Déjà, il songe à quitter le nid familial pour vivre seul et à recommencer à travailler.

« Je suis capable de me débrouiller », dit-il déjà, si peu de temps après son accident.

Ses progrès sont fulgurants. Il y a seulement sept mois, à l’hôpital, il était incapable de manger seul.

« Je m’étouffais », se souvient-il.

Après un mois à l’hôpital, il partait pour l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal, où il transférait seul de son fauteuil roulant à son lit, alors qu’il n’était pas censé le faire sans aide.

Être autonome le plus rapidement possible était sa priorité, explique-t-il.

Deux passions

Malgré les succès, il a quand même dû se résigner à faire une croix sur ses deux passions, le motocross et la mécanique.

En 10 ans, Kévin Gamelin avait participé à plusieurs championnats provinciaux et même une course nationale de motocross. Il adorait aussi son métier plutôt unique de mécanicien de camions d’incendie.

« Ça c’est dur à accepter, de ne plus être capable de le faire », poursuit-il la mine basse.

Mais son employeur lui a promis qu’il aurait toujours une place pour lui, que ce soit pour du travail de bureau ou pour vendre des pièces par exemple.

Il a aussi commencé à chercher un parasport. Cet hiver, il a essayé le ski alpin adapté et le hockey sur luge.

À travers cette épreuve, le jeune homme s’estime chanceux d’avoir pu compter sur ses parents, sa sœur et ses nombreux amis.

« Je ne pensais pas que j’avais autant d’amis », raconte-t-il à propos des visites successives à l’hôpital, alors que jusqu’à 12 personnes en même temps pouvaient s’entasser dans sa chambre.

Il a aussi reçu des centaines de messages sur les réseaux sociaux, ajoute-t-il.

C’est grâce à tout ce soutien qu’il garde le moral et qu’il fonce avec autant d’optimisme.

Un exemple parfait de réadaptation

Kévin Gamelin est un « exemple parfait » d’une réadaptation réussie, selon le chirurgien qui lui a sauvé la vie il y a sept mois, à la suite de son accident de motocross.

Le neurochirurgien Carlo Santaguida ne tarit pas d’éloges pour son jeune patient de 23 ans.

« Il a démontré énormément de force et de motivation pour devenir indépendant, malgré sa paralysie. [...] Si jamais je devais me trouver dans la même situation, je ne peux qu’espérer être capable de trouver la même énergie », soutient-il.

En pleine nuit

Médecin à l’Hôpital neurologique de Montréal et à Hôpital général de Montréal, il a opéré Kévin Gamelin en pleine nuit, quelques heures à peine après son accident.

« Une chirurgie rapide est le seul traitement ayant fait ses preuves pour limiter les dommages d’une blessure à la moelle épinière », explique le Dr Santaguida. Son équipe et lui s’entraînent constamment pour que ces délicates interventions de dernière minute deviennent instinctives lui permettant d’agir sans délai.

Il décrit comme un « échafaudage » le mélange de tiges et de vis installées dans le dos de son patient afin de soutenir sa colonne vertébrale et lui redonner une position la plus normale possible. Il a aussi dû enlever des morceaux d’os cassés et un caillot de sang.

Malheureusement, le neurochirurgien reconnaît que la médecine actuelle ne permet que de « limiter les dégâts » lors d’une blessure à la moelle épinière et d’offrir de la réadaptation.

Frustrant

« C’est frustrant, car nous voudrions pouvoir faire plus, mais il semble y avoir un mur dans les connaissances. [...] Ça me tient éveillé la nuit », souffle-t-il.

Il souhaite que diverses recherches en cours trouvent bientôt une façon de régénérer les fonctions motrices et sensorielles des patients paralysés, ce qui n’existe pas encore.

Comme Kévin Gamelin, il garde espoir qu’une percée majeure est à portée de main.