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De l’usager à client!

De l’usager à client!
Photo courtoisie

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Intéressante la chronique de ma collègue Lise Ravary, titrée À la DPJ, les parents sont des clients. Elle mettait en perspective la différence entre les failles d’un système et la bonne volonté des personnes qui œuvrent dans celui-ci. Les intervenantes de la DPJ ont énormément besoin de réconfort ces temps-ci. Lise semble toutefois se surprendre de l’approche client de la DPJ, pourtant c’est l’effet du néolibéralisme pratiqué ces dernières décennies. 

Plusieurs considéraient inutilement alarmiste la trame des associations étudiantes et des syndicats qui s’insurgeaient contre la disparition de programmes sociaux et la marchandisation de services publics, comme l’école ou la santé entre autres; ces mêmes personnes déplorent aujourd’hui la perte d’humanisme de nos institutions. À défaut d’attention, nos services publics se sont transformés en objets de consommation. Nous sommes passés de l’élève à la clientèle scolaire, du patient au client, de l’usager du transport public à un acheteur de titres et ainsi de suite. Puis nous nous sommes mis à magasiner ces services en dehors des institutions de l’État comme tout bon consommateur qui se plait à comparer les différents produits. 

Nous avons graduellement oublié que les services publics sont notre propriété citoyenne et que s’il est vrai que nous avons des droits, ceux-ci comportent tout de même des obligations. Au lieu d’entretenir et d’améliorer cette propriété citoyenne nous avons contribué à sa détérioration en y abandonnant les plus démunis et en laissant se développer une offre privée pour les mieux nantis de notre société.  

Ainsi, très peu des élèves qui ont un parcours scolaire dans une classe régulière, iront vers des études supérieures. Aussi, se faire traiter pour une maladie dans le système public s’avère un véritable parcours du combattant avec des listes d’attente de plusieurs mois et des urgences qui débordent, plusieurs médecins préférant les émoluments d’une pratique privée.  

Le bilan pourrait s’allonger, je vous laisse cependant imaginer jusqu’où la dégradation a pu s’étendre dans des services sociaux comme la DPJ qui s’adresse aux plus poqués de notre société et sur lesquelles les classes supérieures préfèrent fermer les yeux. Mince prix de consolation, cette perte de sens de la Cité n’est pas exclusive au Québec, car elle traverse l’ensemble des pays occidentaux. S’il y a quelque chose de positif à en retirer, c’est de constater que malgré la croissance des inégalités, nous sommes moins pire qu’ailleurs.  

Le drame de Granby ravivera peut-être le citoyen qui sommeille chez plusieurs et chez qui le comportement de consommateur avait fait perdre le sens de la solidarité dans la grande chaîne humaine. Lorsque nous mettrons un terme à la ségrégation scolaire, à la médecine à deux vitesses, aux compressions budgétaires des assistés sociaux, au principe d’utilisateur payeur dans les services publics et aux iniquités fiscales, nous aurons l’État que tous les citoyens méritent et sûrement moins d’enfants ou d’adultes misérables.