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Le prix du porc risque de bondir au Québec

L’augmentation du prix au détail pourrait atteindre 8% à 10% selon des experts

Le prix du porc risque de bondir au Québec
Photo Didier Debusschère

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À l’arrivée de la saison des barbecues et en raison de la croissance anticipée de la demande de la Chine, le prix du porc dans l’assiette des Québécois bondira au cours des prochaines semaines, estiment différents experts.  

Si la tendance se maintient, «l’augmentation dans les supermarchés pourrait être entre 8 % et 10 % de la facture», avance au Journal Sylvain Charlebois, professeur en distribution et en politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie d’Halifax. Les indicateurs du marché sont frappants et risquent de se refléter à court terme sur la facture à l’épicerie. Par exemple, le prix moyen pour l’acquisition de porcs auprès des producteurs a déjà grimpé de 52 % depuis janvier. Il atteint 202 $/100 kg.   

Par rapport à cette même période l’an dernier, le prix moyen est plus élevé de 47 %.   

Les prix avaient atteint un sommet record en 2014 (221,60 $/100 kg) et la tendance permet de croire que les prix pourraient être aussi élevés.   

Peste porcine  

Au cours des derniers mois, le principal élément qui a influencé le prix à la hausse est la peste porcine africaine qui a frappé la Chine et qui a engendré d’importantes pertes dans ce pays. C’est ce qu’explique la responsable du secteur d’économie et de gestion au Centre de développement du porc du Québec, Geneviève Berthiaume.   

La demande en Chine, plus grand consommateur mondial, a ainsi un impact direct sur les prix américains et canadiens, qui grimpent.   

Soulignons que le Québec produit entre 8,5 et 9 millions de porcs par année et que 70 % de sa production est exportée.   

La peste porcine, qui n’est pas dangereuse pour l’humain, a aussi sévi du côté du Vietnam et du Cambodge. Si elle frappe le Canada, l’effet pourrait toutefois être l’inverse sur le prix. Plusieurs pays pourraient alors émettre un embargo.   

Mme Berthiaume prédit aussi qu’il y aura prochainement un bond du prix au détail. «Il y a toujours un certain délai avant de voir l’impact dans les épiceries.» Elle estime que la hausse va dépendre des marges des abattoirs.   

Déjà moins populaire  

À la boucherie Le Boucan, située dans le secteur Charlesbourg, le prix du porc n’a toujours pas bougé. La direction concède qu’en raison de la situation du marché, une pression à la hausse des prix plus importante qu’à l’habitude en période estivale pourrait se faire sentir.   

Guillaume Couture (à droite), copropriétaire de la boucherie Le Boucan, souligne que le porc n’est déjà pas la viande la plus populaire dans son établissement.
Photo Stevens LeBlanc
Guillaume Couture (à droite), copropriétaire de la boucherie Le Boucan, souligne que le porc n’est déjà pas la viande la plus populaire dans son établissement.

«Cela peut prendre un certain temps avant qu’on le ressente. Nous achetons des inventaires que les distributeurs ont payés il y a plus longtemps. S’il y a une augmentation, cela ne sera pas une bonne nouvelle. Chez nous, le porc a déjà une moins bonne popularité», affirme le copropriétaire, Guillaume Couture.   

Du côté des Éleveurs de porcs du Québec, le président David Duval tient à rappeler que le prix, qui est lié à celui des États-Unis, est très bas depuis trois ans.   

«Nous arrivions à peine à couvrir les coûts de production», dit-il. «Je suis d’accord qu’il pourrait y avoir une légère ou une moyenne augmentation à l’assiette, mais il ne faut pas oublier que nous sommes en compétition avec le bœuf et le poulet. Il faut garder une valeur comparable», ajoute-t-il.   

  

Le prix des fruits et légumes aussi en hausse   

Il n’y a pas que le prix du porc qui aura possiblement un impact en 2019 sur la facture du panier d’épicerie des consommateurs. Depuis un an, le prix des fruits et des légumes a bondi de 8,6 % et 15,7 % respectivement à travers le pays.   

En avril, Statistique Canada a révélé que l’indice des prix des aliments avait grimpé de 3,6 % en mars, comparativement au même mois en 2018. Cette donnée a été principalement affectée par une hausse des tarifs pour les fruits et légumes, rapporte le rapport de l’agence fédérale.   

Selon le professeur en distribution et en politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie d’Halifax, Sylvain Charlebois, le marché pour les fruits et légumes devrait toutefois se rétablir au cours des prochains mois.   

En décembre dernier, il prévoyait dans son analyse annuelle du marché alimentaire pour 2019 une augmentation du prix des légumes entre 4 % et 6 % et des fruits entre 1 % et 3 %.   

Pas d’autres viandes en hausse  

Quant à ses prévisions pour les autres protéines, à moins d’un imprévu, l’expert n’anticipe pas d’augmentation significative d’ici la fin de l’année.   

«Je ne pense pas qu’il va y avoir d’autres hausses. Pour le poulet, le marché est relativement stable. Même chose du côté du bœuf. C’est vraiment le porc qui pourrait connaître la plus importante augmentation», avance-t-il.   

Selon Statistique Canada, le prix de la viande a grimpé de 1,9 % entre mars 2018 et le même mois en 2019. Pour les poissons et les fruits de mer, la hausse a été de 4,4 % durant cette même période à l’échelle du pays.