/weekend
Navigation

L’anarchie à dix ans, c’est brillant!

<i>L'évasion d'Arthur ou La commune d'Hochelaga</i></br>
Simon Leduc</br>
Le Quartanier, 337 pages
Photo courtoisie L'évasion d'Arthur ou La commune d'Hochelaga
Simon Leduc
Le Quartanier, 337 pages

Coup d'oeil sur cet article

Y aura-t-il révolution dans Hochelaga ? Quand les poqués et les insoumis se regroupent, ça peut faire des flammèches. Et Arthur, dix ans, est aux premières loges pour y voir. Ce sera jubilatoire !

C’est bien par hasard qu’Arthur atterrit dans la commune d’Hochelaga. Il fuyait les bums de son école primaire et dans sa course pour se cacher, il atterrit dans une autre école, désaffectée celle-là et pourtant bel et bien occupée.

S’y trouvent en effet un géant schizophrène surnommé Barbe bleue – pour qui Arthur se prend aussitôt d’amitié – et bien d’autres gens qui veulent changer le monde, à coups de réunions, de comités et de mille revendications.

Rien pour perturber Arthur : papa, glaneur et patenteux, est un spécialiste de la marge. Au point même où ç’a fini par lasser maman, travailleuse sociale qui en a pourtant vu beaucoup.

Arthur se promène donc entre ses parents séparés, l’école officielle et l’école de l’anarchie. Et dans les égouts montréalais aussi, aux côtés de Barbe bleue.

À quoi s’ajoute son implication dans un trafic de pilules avec les petits bums qui l’intimidaient. La vie a de ces détours !

Or ce trafic rapporte de l’argent ; argent dont la commune a besoin ; et le père d’Arthur, qui fréquente la commune, travaille comme préposé aux bénéficiaires, donc dans un hôpital où se trouvent les précieuses pilules ; sauf que le papa est plutôt adepte de l’antipsychiatrie, alors veux-tu-bien-me-dire-pourquoi-j’embarque-là-dedans...

Évidemment, la police s’en mêlera et ça finira en pédalo sur le fleuve en plein hiver, là où on aura auparavant joué au golf ! Avec quelques pétarades en prime vu la révolte des communards qui ont monté des barricades autour de « leur » école.

C’est fou ? Oh oui ! Mais fou comme dans attachant, déroutant, jouissif ! La soif de révolution mâtinée d’ironie, avec clin d’œil au lecteur en prime. Page 235, on lit : « S’ils se sont rendus jusqu’ici, la lectrice et le lecteur ont déjà dû accepter bien des invraisemblances [...]. Leur patience a-t-elle atteint ses limites ? »

Main de maître

Bien sûr que non, parce que Simon Leduc, dont c’est pourtant le premier roman, mène la charge de main de maître !

Il décrit avec réalisme un quartier et ses gens – ça va d’Arthur jusqu’à la brève apparition de la conductrice de l’autobus de l’avenue Mont-Royal en passant par les policiers qui surveillent la bande. Il trace en fond de scène tout un éventail de considérations politiques. Et il saupoudre le tout d’images qui collent à ce récit échevelé.

Le secret de cet heureux mélange tient au parcours de l’auteur.

Simon Leduc vient du punk : chanteur, guitariste et parolier, avec albums pour le prouver. Aujourd’hui, il enseigne la littérature au collégial. Ce qui donne « un écrivain à l’esprit contestataire et à l’optimisme radical », comme l’indique la quatrième de couverture.

Or sous la contestation et l’amusement pointe aussi la tendresse. Que demander de mieux ?