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L’illusion de la force

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La question est de savoir, va-t-il ou ne va-t-il pas ? Donald Trump en aura-t-il bientôt assez des défis que continue de lui poser Nicolas Maduro au Venezuela ? Sur un coup de tête, dépêchera-t-il quelques milliers de troupes pour donner à l’opposition l’ultime coup de pouce qui semble lui manquer ? Le Venezuela viendra-t-il s’ajouter à l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie parmi ces guerres qu’on démarre et qu’on ne sait plus comment arrêter ?

Si ce n’était que des plus proches conseillers du président Trump en matière de politique internationale – John Bolton, son conseiller à la sécurité nationale, et Mike Pompeo, son secrétaire d’État –, l’armée américaine serait déjà mêlée aux troubles que connaît le Venezuela.

John Bolton est un « faucon » qui a rarement vu une crise dans laquelle il ne souhaitait pas investir la puissance militaire américaine. Il a applaudi les campagnes d’Afghanistan, d’Irak et de Libye, et a longtemps appelé à des frappes américaines en Corée du Nord pour dévaster le programme nucléaire de Pyongyang. En début d’année, il a demandé aux stratégistes du Pentagone de lui présenter un plan d’intervention en Iran, une autre de ses obsessions.

« Vous le brisez, il est à vous »

Cette semaine, il était de retour au quartier général des forces armées américaines pour discuter des suites à donner au pétard mouillé qu’a finalement été le soulèvement de l’opposition vénézuélienne, menée par le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido. Il était accompagné de Mike Pompeo, le secrétaire d’État, démangé lui aussi par un coup de force américain au Venezuela : « Une action militaire est possible », a-t-il admis sur les ondes du Fox Business Network, « si c’est ce qui est requis, c’est ce que les États-Unis feront ».

Soyons réalistes, on ne verra pas de sitôt les GI à Caracas. La moindre opération militaire exige du temps et beaucoup de moyens. Souvenez-vous de la première guerre du Golfe pour chasser les troupes de Saddam Hussein du Koweït : il avait fallu des mois pour rassembler l’équipement, organiser l’invasion, passer à l’acte. On ne voit pas le centième de cela sur les frontières vénézuéliennes.

Par ailleurs, on imagine mal, peu importe ce qu’en pensent Bolton et Pompeo, que les États-Unis mobilisent des soldats et se lancent à l’attaque, alors que leur patron, Donald Trump, cherche à tout prix à se sortir de Syrie (au risque d’abandonner à leur sort les combattants kurdes qui ont fait le sale boulot contre les islamistes) et d’Afghanistan (quitte à négocier avec les talibans que les soldats américains combattent depuis 18 ans).

On raconte, enfin, que tout juste avant l’invasion de l’Irak en 2003, le secrétaire d’État d’alors Colin Powell avait rappelé au président George W. Bush la fameuse règle des magasins Pottery Barn : « You break it, you own it. » Si les États-Unis foncent au Venezuela, la suite leur appartient.

Le pays est plein, dit-il

Si l’armée, fidèle pour l’instant au régime Maduro, devait le moindrement résister, la crise humanitaire et l’exode de réfugiés deviendraient automatiquement une affaire américaine. Washington se verrait forcé d’ouvrir ses portes aux réfugiés vénézuéliens et cela non plus, ce n’est pas dans les goûts de cette administration.

Il y a tout juste un mois, le président Trump, lors d’une table à un poste-frontière en Californie, avait un conseil tout simple à tous les Guatémaltèques, Salvadoriens et autres Honduriens en route vers les États-Unis : « Notre pays est plein ; virez de bord ! » Le message tiendra aussi pour les Vénézuéliens : les Américains vous soutiennent, mais débrouillez-vous sans nous !

Les grands pays où sont partis les exilés vénézuéliens :

Nombre de réfugiés en...

  • 2015: 700 000
  • 2019: 3 400 000

John Bolton, 70 ans

Photo AFP
  • Conseiller à la sécurité nationale depuis avril 2018
  • Ambassadeur des États-Unis à l’ONU, 2005-2006

■ Avant même des gestes d’agression de l’Iran et de la Corée du Nord, il a encouragé des « attaques préemptives » contre leurs installations nucléaires.

■ Il s’est prononcé en faveur d’opérations militaires américaines en vue d’un changement de régime en Libye, en Syrie, à Cuba, au Yémen, en Corée du Nord, en Somalie, en Iran et au Venezuela.

■ Il continue d’affirmer que l’invasion de l’Irak en 2003 était la bonne décision, malgré l’absence d’armes de destruction massive, la mort de plus de 4400 soldats américains et la création de l’État islamique.