/news/education
Navigation

Une prof qui insulte des élèves et crie

Deux mères dénoncent la difficulté de faire aboutir leurs plaintes contre une enseignante de Montréal

Prof folle CSDM
Photo Dominique Scali Les deux mères ont préféré témoigner de façon anonyme pour éviter que leurs filles subissent des représailles, puisqu’elles sont toujours élèves à l’école Sophie-Barat.

Coup d'oeil sur cet article

Deux mères et leurs filles dénoncent le « laxisme » de la Commission scolaire de Montréal qui maintient en poste une enseignante qui aurait l’habitude de faire des crises de colère, d’insulter et d’humilier les élèves.

« Tu devrais vraiment aller à l’hôpital psychiatrique », se serait déjà fait dire Jasmine (nom fictif*) par sa prof devant toute la classe.

Cette enseignante de français de 5e secondaire serait toujours en poste à l’école Sophie-Barat, dans le quartier Ahuntsic, malgré les plaintes de plusieurs parents et élèves.

Le Journal a rencontré deux ados de 16 ans accompagnées de leurs mères. Elles ont préféré taire leur nom pour éviter que leur témoignage ne se retourne contre elles à l’école.

L’enseignante aurait déjà lancé des insultes comme « conne » et « cave » à des élèves et aurait tendance à exploser de colère de façon imprévisible, criant par la tête des jeunes, disent les élèves.

Enquête policière

En décembre, elle aurait poussé Jasmine à la poitrine pour l’empêcher de sortir du local pendant une pause.

« J’étais sous le choc », raconte la jeune femme.

La mère de Jasmine a rencontré la direction, espérant que l’enseignante se calmerait, en vain.

Jasmine a donc rempli un rapport de voie de fait. Le Service de police de la Ville de Montréal confirme qu’une enquête est en cours sur un incident impliquant un prof à l’école Sophie-Barat.

Depuis, Jasmine a changé de classe et ses notes ont été révisées par un autre correcteur. Mais sa mère s’inquiète pour les autres élèves.

« Je suis révoltée que la CSDM [Commission scolaire de Montréal] tolère [cela] ».

Le Forum des parents de l’école a reçu au moins trois plaintes concernant cette professeure, confirme la présidente Valérie Eme.

Ce genre de cas n’est pas isolé. Mais ils sont de moins en moins fréquents, assure Hélène Bourdages de l’Association montréalaise des directions d’établissement. Par exemple, crier en classe n’est plus acceptable.

Les directeurs doivent toutefois procéder avec délicatesse quand ils montent un dossier sur un prof, car ils risquent de se faire accuser de harcèlement psychologique en retour, explique Mme Bourdages.

« Terrorisée »

« Ma fille est terrorisée [...] Et pendant ce temps, on tente d’inculquer aux jeunes le respect et l’importance de ne pas intimider les autres », ironise la mère de Frédérique [nom fictif].

Ces crises se feraient au vu et au su de tous, confirme un membre du personnel de l’école, dont l’identité ne peut être révélée sans nuire à son emploi. Des employés songeraient d’ailleurs à changer d’école en raison de cette collègue, ajoute cette personne. Des élèves viendraient souvent en pleurs se confier.

De son côté, la CSDM dit être intervenue, mais ne peut commenter le dossier d’un employé, explique Alain Perron des relations de presse.

Après un échange de trois courriels, la principale intéressée a enjoint au Journal de « cesser son harcèlement inutile ».

* Le Journal a choisi de ne pas nommer l'enseignante tant que son dossier n'a pas fait pas l’objet de procédures publiques et officielles.

D’AUTRES CAS DE PROFS INADÉQUATS

Connotation sexuelle

Un enseignant de l’Outaouais aurait fait pendant des années des commentaires à connotation sexuelle envers ses élèves du secondaire, a confié une prof de son école au Journal. Il aurait par exemple dit à une ado qui portait un pantalon taille basse de le descendre encore plus « pour qu’on voie son string », rapporte celle dont le nom ne peut être révélé sans nuire à son boulot. Son attitude inadéquate serait si connue que d’autres profs auraient recommandé aux filles de ne jamais être seules avec lui, relate-t-elle.

Elle criait après ses élèves

Une prof du primaire de Waterloo, en Montérégie, qui criait après ses élèves et les dénigrait devant la classe a été congédiée de la Commission scolaire Val-des-Cerfs en 2015, ce que son syndicat a tenté de contester. Selon des parents, elle aurait plaqué une élève contre un mur et frappé la tête d’un autre contre son pupitre, peut-on lire dans une décision de juillet du Tribunal d’arbitrage. L’arbitre n’a pas accordé de crédibilité à ces plaintes de mauvais traitement physique, mais a donné raison à l’employeur de l’avoir congédiée.

Sur Facebook au lieu de surveiller

Une enseignante de la Mauricie qui consultait Facebook et son cellulaire en classe, même quand elle surveillait les jeunes dans la cour, a été remerciée par la Commission scolaire des Monts-et-Marées en mars 2017. Dans une décision du Tribunal d’arbitrage de novembre 2017, on peut lire que l’employeur lui reprochait également de sacrer et de menacer de démissionner devant ses élèves. Elle serait peu intervenue pour faire cesser l’intimidation, prétextant qu’il s’agissait d’« affaires de bébés », relate-t-on aussi dans la lettre de fin d’emploi retranscrite dans le document de cour.

 

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.