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Incohérences et liberté d’expression

Trump hosts National Day of Prayer service at the White House
Photo d'archives, AFP

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C’est fou comme nous pouvons être à la fois pour la liberté d’expression et pour sa limitation.

Par exemple, la compagnie Facebook vient d’interdire à vie six personnes sur son site. Ce sont des gens d’extrême droite qui tiennent des propos antisémites ou haineux. Ce samedi, Donald Trump s’est porté à leur défense, au nom de la liberté d’expression.

Mais la veille, son Secrétaire d’État, Mike Pompeo, n’avait pas hésité à déclarer que tout le monde doit repousser « le langage antisémite ». Ensuite, il a laissé entendre que les États-Unis allaient prendre des mesures pour lutter contre l’antisémitisme et les propos anti-israéliens partout sur la planète.

Les politiques d’Israël doivent-elles être soustraites à la liberté d’expression ? Quelle est la politique du gouvernement Trump sur la liberté d’expression ? Celle de Trump ou celle de Pompeo ? Il faut croire que la liberté d’expression de la Maison-Blanche est à géométrie variable.

Des incohérences ici même

Nul besoin d’aller bien loin pour trouver des incohérences sur la liberté d’expression. Les députés du Québec se sont soumis eux-mêmes à une liste de quelques centaines de termes qu’ils ne peuvent pas utiliser dans les débats à l’Assemblée nationale.

Dans une logique d’école maternelle, les grands enfants de l’Assemblée nationale s’offusquent dès que quelqu’un parle des « amis du régime », « d’omerta », de « torchon », de « tartuferies », etc.

Comme si les élus étaient incapables d’empêcher les débats de dégénérer sans l’aide de cette censure. Eux qui devraient être un exemple de liberté d’expression.

La palme de l’incohérence

La palme de l’incohérence revient sans doute aux guerriers de l’appropriation culturelle. Depuis des siècles, des gens se battent pour que le savoir soit accessible à tous sans distinction de race, de sexe, de langue, de religion, de nation, etc.

Mais selon les nouveaux censeurs, le savoir devrait être réservé à certains groupes ou à certaines races. Les gens qui ont la peau blanche ne devraient pas avoir le droit de parler d’esclavage ou de jouer du jazz ; les croyances des autochtones devraient être placées sur un pied d’égalité avec les connaissances scientifiques ; les cuisiniers ne devraient préparer que des plats de leur culture d’origine... Cette censure raciste se fait au nom de la préservation des libertés des minorités.

Liberté et pressions extérieures

Reporters sans frontières nous apprenait cette semaine que seulement 9 % de la population mondiale habite des pays qui jouissent d’une véritable liberté de presse, une composante essentielle de la liberté d’expression.

Malheureusement, les oasis où la liberté d’expression existe pleinement sont de moins en moins nombreuses. Et elles sont sous la pression des censeurs qui viennent de l’extérieur.

C’est en effet un des points communs de plusieurs épisodes de censure que nous avons connus ces derniers mois. Des robots à l’extérieur du Québec ont banni de Facebook un article innocent de Richard Martineau. Des censeurs, influencés par une idéologie d’origine américaine, ont fait annuler une conférence de Mathieu Bock-Côté et un spectacle de Robert Lepage. Et maintenant, l’administration Trump menace de représailles ceux qui n’adopteront pas son discours laudatif sur Israël.

Heureusement qu’il nous reste l’Assemblée nationale pour défendre la liberté d’expression... Enfin peut-être.