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Le film qui m’a virée à l’envers

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On a passé la semaine à parler des mauvais parents. Mais si on prenait un instant pour parler des parents fous de leurs enfants...

Il y a en ce moment sur nos écrans un film touchant qui raconte une belle histoire de relation mère-fille. Ça fait du bien. Mon bébé raconte l’histoire d’une mère parisienne déchirée à l’idée que sa fille quitte le nid familial pour s’en aller vivre... à Montréal !

Vous ne pouvez pas savoir comme ce film m’a virée à l’envers.

DROIT AU COEUR

Être parent, c’est un drôle de contrat. On met au monde des enfants à qui on doit apprendre à se séparer de nous. Ces petits êtres sans qui on ne peut pas vivre, on doit absolument leur montrer comment vivre sans nous.

Il y a plusieurs années, une de mes amies, femme d’affaires accomplie, m’avait confié, les larmes aux yeux, qu’elle vivait la plus grande peine d’amour de sa vie. Ce n’était pas que son mari l’avait laissée. C’était pire : sa plus jeune fille s’en allait étudier à l’université, à Sherbrooke.

Elle me racontait qu’elle pleurait tous les matins en mettant du beurre d’arachide sur ses toasts et que sa fille n’était pas attablée à la table de cuisine. J’avoue que je trouvais cette amie un peu intense jusqu’au jour où... j’ai moi-même eu un choc en voyant mon fils grandir, beaucoup trop vite.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Le matin où je me suis réveillée en me disant : « Dans huit ans, il part en appartement », j’ai craqué.

C’est pour cette raison que j’ai été si bouleversée en voyant le très beau film Mon bébé, de Lisa Azuelos. Sandrine Kiberlain est absolument formidable en mère gâteau, hyper couveuse, qui jongle constamment avec son désir de laisser toute son indépendance à sa fille et son désir de la retenir le plus longtemps possible.

Tout est dans le titre : mon bébé. Nos enfants ont beau avoir 18 ans et toutes leurs dents, quand on les regarde parfois, on a des « flash-backs ». On les voit en robe de bal, prêts pour leur cérémonie de collation des grades, mais en un clignement des yeux, on les revoit en pyjamas à pattes, suçant leur pouce.

La plus grande réussite de Lisa Azuelos, c’est d’arriver à nous faire rire et pleurer dans la même scène. Comme dans la vie. Une minute on se réjouit que nos enfants aient appris à prendre leurs propres décisions, la minute suivante on est effondré à l’idée qu’ils vont très bien vivre sans nous. Ce n’est pas toujours facile de se rendre compte qu’on n’est pas indispensable...

DE L’ATTACHEMENT AU DÉTACHEMENT

Mon bébé, c’est exactement le contraire du film Tanguy : au lieu d’un enfant qui s’accroche, c’est un enfant qui veut voler de ses propres ailes. Au lieu de parents qui rêvent de voir leur progéniture décoller, c’est une mère qui capote à l’idée que sa plus jeune délaisse le nid familial.

Un jour, très bientôt, « mon bébé » à moi va vouloir voler de ses propres ailes. Ce jour-là, je me dirai que j’ai réussi ma « job » de parent.

Mais je sais que, moi aussi, je vais pleurer en mettant du beurre d’arachides sur mes toasts le matin...