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Le sevrage des millénariaux

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Je vous annonce que dans les prochaines semaines, ma génération sera en manque, aura des tremblements et des sueurs froides.

Mercredi dernier, le réseau social Instagram annonçait que l’affichage du nombre de « J’aime » serait désormais uniquement visible par le détenteur du profil.

Ça, ça veut dire que plus personne ne pourra mesurer l’amour que les autres lui portent à l’aune de sa popularité. Absence de « J’aime » : disparition de l’importance que l’on croit avoir ?

Ma plus grande richesse, c’est ma famille. On se voit toutes les semaines, on se dit « je t’aime » toutes les deux secondes. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. J’ai rapidement compris que ma véritable valeur n’avait rien à voir avec le nombre de personnes qui m’aimaient virtuellement.

Accorder une telle importance au fait de recevoir des « J’aime » en pixels, est-ce une façon de compenser pour ceux qu’on ne se fait pas dire avec chaleur humaine ?

Après les alcooliques anonymes, verrons-nous se former des groupes Likers anonymes ?

Cure de désintox

C’est une bonne nouvelle pour les 500 millions d’utilisateurs quotidiens d’Instagram. Apprendre à ressentir le vide. Apprendre à le remplir par du vrai, du tangible, par des relations humaines. Apprendre à toucher l’autre sans écran protecteur.

Ma génération en sera-t-elle capable ? J’en doute fort. Se voir en chair et en os, pleurer ensemble, vibrer, se prendre dans nos bras. Pas un petit pouce en l’air distribué virtuellement, mais une vraie main tendue, un vrai café pris en tête-à-tête, un cœur vivant qui bat dans un corps d’humain et non un gif de cœur qui fait des clins d’œil.

À force de vivre ses amitiés à coup d’émoticônes, on en vient à ne plus savoir comment aimer, comment vivre des relations humaines. S’il faut alors retirer des « J’aime » virtuels pour voir poindre de véritables « je t’aime » humains, je suis partante.


Madeleine Pilote-Côté est diplômée de l’École nationale de l’humour. Elle a remporté notre compétition « Les novices », visant à faire connaître à nos lecteurs de nouveaux chroniqueurs d’opinions.