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Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés

Plusieurs PDG de très grandes entreprises québécoises ont des revenus phénoménaux

Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés
Photo d’archives

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 Il n’y a pas qu’aux États-Unis que les salaires faramineux font sourciller. Certains chefs d’entreprises québécoises cotées en Bourse empochent un salaire 100, même 300 ou 700 fois plus élevé que celui de leurs employés, révèle une compilation du Journal.

 « Il y a de plus en plus une surenchère des salaires de PDG, particulièrement depuis que la rémunération de la haute direction fait partie des informations qui doivent être rendues publiques par les entreprises cotées en Bourse », observe Willie Gagnon, porte-parole du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). 

 Depuis quelques années, l’organisme calcule lui-même le ratio entre la rémunération de certains PDG et celle de la moyenne de leurs employés. Le Journal a mené le même exercice pour les 30 plus grandes entreprises québécoises cotées en Bourse. 

 Selon les défenseurs de cette formule, le ratio permet de comparer la paye de plusieurs PDG au sein d’un même secteur de l’économie, et l’évolution des salaires au sein d’une même entreprise au fil du temps. 

 « Que ce soit pour les actionnaires, le personnel ou le gouvernement, cette information fait partie du coffre à outils pour évaluer la performance. On peut mesurer l’acceptabilité sociale de la compagnie. » 

 Même secteur, ratios différents

 Les résultats sont frappants. Au sein d’un même secteur d’activités, des entreprises peuvent avoir des ratios de rémunération complètement différents. 

 C’est dans les secteurs où le salaire minimum est répandu que les ratios sont les plus choquants, par exemple chez les vêtements Gildan (où le PDG touche 735 fois le salaire de l’employé moyen), les dépanneurs Couche-Tard (485), ou encore Dollarama (199). 

 « Gildan emploie environ 50 000 personnes à travers le monde. Les installations sont situées en Amérique du Nord, en Amérique centrale, dans les Caraïbes ainsi qu’au Bangladesh. Nos employés sont principalement situés dans des pays autres que le Canada », souligne la porte-parole Geneviève Gosselin, pour expliquer cet écart. 

 Le MÉDAC préconise que le ratio de rémunération des entreprises se situe sous la barre des 30. L’organisme se dit déçu de constater que les sociétés adhérant à une telle cible se font plutôt rares au Québec. « Il devrait y en avoir une quinzaine » parmi le palmarès, dit M. Gagnon. 

 Au Canadien National, le PDG Jean-Jacques Ruest fait près de 76 fois le salaire de l’employé moyen, qui s’élève tout de même à 111 197 $. 

 « Le CN offre des salaires compétitifs à l’ensemble de ses employés qui sont très souvent des personnes ayant des compétences spécialisées », explique le porte-parole Alexandre Boulé. 

 « Nous croyons que la rémunération de nos hauts dirigeants est adéquate, compétitive et principalement fondée sur leur performance. D’ailleurs, le salaire de base de notre PDG est le plus bas parmi les PDG des autres compagnies de chemins de fer nord-américaines. » 

 MTY, la grande anomalie

 La plus grande anomalie dans le palmarès compilé par Le Journal reste toutefois celle de MTY, propriétaire d’une panoplie de chaînes de restauration rapide comme le Bâton Rouge, Café Dépôt, Thaï Express, Casa Grecque, Mikes, Tiki-Ming et le Vieux Duluth. 

 Le PDG de la société a touché l’an dernier un peu moins d’un demi-million de dollars, l’un des plus bas salaires de PDG parmi les entreprises québécoises cotées en Bourse. 

 Lors de l’assemblée générale des actionnaires tenue jeudi, un d’entre eux a poliment demandé au PDG Éric Lefebvre de sortir de la salle... pour réclamer du conseil d’administration qu’on le paie davantage. 

 « L’actionnaire craignait qu’on perde M. Lefebvre si on ne le paie pas davantage. Le ratio de rémunération de huit est réellement spectaculaire », observe M. Gagnon. 

 Soulignons que le géant de l’imprimé et de l’emballage Transcontinental, dont l’actionnaire de contrôle est la famille Marcoux, a dû être exclu du palmarès. Une porte-parole de l’entreprise a refusé de divulguer la masse salariale de la société, plaidant qu’elle n’a pas l’obligation de le faire au Canada. Le PDG de la société François Olivie, qui est également l’époux de la présidente du conseil Isabelle Marcoux, a été payé 7,3 millions $ l’an dernier. 

 Des rémunérations de PDG qui font réagir 

 Metro inc.

 PDG : Eric R. La Flèche 

Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés
Photo d'archives, Philippe Orfali

 Salaire : 6 580 728 $ 

 ► Salaire 354 fois plus élevé que celui de l’employé moyen  

 Dollarama

 PDG : Neil Rossy 

Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés
Photo d'archives, Philippe Orfali

 Salaire : 3 940 604 $ 

 ► Salaire 199 fois plus élevé que celui de l’employé moyen  

 Groupe CGI

 PDG : George Schindler 

Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés
Photo courtoisie

 Salaire : 13 157 219 $ 

 ► Salaire 143 fois plus élevé que celui de l’employé moyen  

 ​BCE Inc.

 PDG : George Cope 

Entreprises québécoises: des PDG payés 100 fois plus que le salaire moyen de leurs employés
Photo courtoisie, Toronto Sun

 Salaire : 12,1 M$ 

 ► Salaire 142 fois plus élevé que celui de l’employé moyen 

 Une divulgation obligatoire aux É.-U., mais pas au Canada 

 Les compagnies américaines cotées en Bourse sont maintenant obligées de rendre public le salaire médian de leurs employés, en plus du salaire du chef de l’entreprise. Cette mesure qui vise à offrir plus de transparence aux employés et aux actionnaires n’est toutefois pas obligatoire au Canada, déplorent des experts.  

 Le mouvement pour que soit rendu public le ratio entre la rémunération de l’employé médian (ou moyen) et celle du PDG remonte à la crise économique de 2008, mais la loi rendant cette mesure obligatoire n’est entrée en vigueur que l’an dernier chez nos voisins du Sud. 

 Pour plusieurs employés, le choc a été total : chez Humana inc., l’employé médian a empoché 57 385 $ US en 2017 et son PDG a gagné presque 344 fois plus, avec un gagne-pain de 19,8 millions $ US.  

 Cette année, c’est le controversé président de Tesla, Elon Musk, qui l’emporte. Avec un salaire de 2,28 milliards $ US, l’homme d’affaires a touché 40 668 fois le salaire de l’employé moyen du fabricant d’automobiles électriques. 

 En fait, selon une compilation d’Equilar, au moins 11 PDG ont empoché 1000 fois le salaire de l’employé médian en 2018, parmi les 100 plus grandes entreprises des États-Unis. 

 Pas d’intention à Ottawa

 Ottawa n’a pas, pour l’instant, l’intention d’imposer une telle divulgation aux entreprises canadiennes.  

 Une situation que déplore Willie Gagnon, du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). 

 « Ce serait très simple pour les sociétés de rendre publiques ces informations, car elles doivent déjà les compiler à l’interne. Mais elles ne le font pas. On aimerait qu’Ottawa force la divulgation pour que les employés, les actionnaires et la population soient mieux informés », explique-t-il.  

 Il est malgré tout possible d’obtenir une idée assez précise de la situation en tenant compte de la rémunération du dirigeant le mieux payé, du nombre d’employés et de la masse salariale.