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Des diplômés étrangers abandonnés

Les compétences de plusieurs ne sont pas reconnues malgré les promesses qu’on leur a faites avant leur arrivée

Omar Waedh
Photo Philippe Orfali Ingénieur au Maroc, Omar Waedh n’a pu faire reconnaître son titre au Québec. Après quelques déceptions, il travaille maintenant comme gestionnaire de projet senior pour Mondev à Montréal, notamment sur le projet DOMO dans le Vieux-Montréal.

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On avait dit à Omar Waedh que son titre d’ingénieur serait reconnu en quelques mois au Québec. Huit ans plus tard, le Marocain d’origine a depuis longtemps fait son deuil, à l’instar de nombreux immigrants.

Comme lui, chaque année, des tonnes de personnes immigrantes « décrochent » de leur ambition d’obtenir un équivalent québécois à leur titre professionnel, révèle un sondage Léger mené pour le Conseil interprofessionnel du Québec.

Un phénomène critique alors que 1,4 million d’emplois seront à pourvoir au Québec d’ici 2026, en raison du départ à la retraite de baby-boomers.

Des 3661 personnes qui ont tenté de faire reconnaître leur équivalence de diplôme ou de formation acquise à l’extérieur du Québec en 2016-2017, seulement 34 % ont obtenu une reconnaissance complète.

Le tiers des immigrants à qui l’on a demandé d’effectuer une formation d’appoint, des stages ou des examens auront fini par abandonner, pour une multitude de raisons, révèle le sondage.

Constat d’échec

Les répondants affirment avoir échoué ou abandonné leur stage ou formation parce que le processus était jugé trop long (35 %), parce que leur situation personnelle ou financière les en empêchait (22 %), parce que leur situation familiale était difficile (11 %) ou parce que les conditions du stage ou de la formation ne leur convenaient pas (11 %).

M. Waedh a de la chance : il est parvenu à se trouver un emploi dans un secteur connexe au sien, notamment parce qu’il a choisi d’effectuer une maîtrise au Québec. Il est aujourd’hui gestionnaire principal de projet pour un important promoteur immobilier à Montréal.

« Quand tu arrives au Québec, la priorité, c’est de nourrir ta famille, affirme M. Waedh. J’ai été chanceux, j’ai changé ma stratégie et j’ai déniché un bon emploi. Mais je connais des gens qui n’ont pas eu cette chance et qui travaillent dans des dépanneurs pour arriver à payer les factures. »

Il souhaite que le Québec en fasse davantage pour mieux épauler les immigrants qui arrivent avec un diplôme valide en poche.

« On a tous à cœur la protection du public, dit-il. On sait que c’est important qu’on ne reconnaisse pas des diplômes bidon. Mais la communication doit être meilleure. Un grand nombre d’immigrants ont une vraie éducation, et arrivent ici et voient leurs rêves brisés par la lourdeur du processus ou en raison de fausses informations. »

À la tête du Conseil interprofessionnel du Québec, Gyslaine Desrosiers partage en partie ce point de vue.

« Ça amène des difficultés financières, c’est un frein énorme. On constate que c’est un frein énorme à l’intégration au marché de l’emploi. » Près de la moitié des répondants disent que l’information obtenue de l’étranger était carrément erronée, s’inquiète celle qui a été présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec pendant 20 ans.

À la lumière de ce premier sondage, elle souhaite que les ordres professionnels québécois, le gouvernement et l’ensemble des intervenants en immigration collaborent davantage pour s’assurer de l’exactitude des informations obtenues par les immigrants potentiels.

« On ne peut pas être moins exigeant pour reconnaître un diplôme étranger qu’on l’est pour l’obtention d’un diplôme au Québec. Mais il faut une meilleure information. »

Des immigrants inquiets

  • 48 % ont trouvé que l’information sur la reconnaissance professionnelle ne correspondait pas à la réalité
  • 75 % ont dû suivre une formation d’appoint
  • 65 % ont dû passer des examens professionnels
  • 38 % ont dû faire des stages

Source : Sondage Léger